hmida on March 14th, 2010

Jean FERRAT est mort, hier samedi 13 mars 2010.

ferrat

Jean Ferrat ne chantait plus depuis des années, mais ses chansons n’ont pas été oubliées. La compilation reprenant  57 de ses succès – de  « La montagne » à « Potemkine » – s’est vendue depuis l’automne 2009 à plus de 100.000 exemplaires.

Dans sa carrière, cet auteur-compositeur-interprète a souvent connu la censure !

« Nuit et brouillard », écrite en l’hommage aux juifs déportés, avait été « déconseillée » par la direction de l’ORTF.

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent. »

« Potemkine », qui rappelait la révolte des marins du cuirassé russe, a été « interdite » lors d’une émission en direct.

« M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Qui chante au fond de moi au bruit de l’océan
M’en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents
Ma mémoire chante en sourdine : Potemkine. »

Communiste de conviction, Jean Ferrat a su pourtant rester à distance du P.C.F. qu’il a ouvertement critiqué, dans sa chanson « Camarade »,  pour son inertie face à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques en 1968.

«  Que venez-vous faire, camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit »

En 1980, il dresse dans  « Le bilan »  un état des lieux désastreux des méthodes de ses amis communistes !

« Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en œuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous. »

Artiste engagé, Jean Ferrat le fut, et ô combien et  ô comment !

Mais il faut aussi le poète de la terre et le chanteur de l’amour !

Dans « La montagne »,  il a su parler de l’exode rural avec beaucoup de tristesse, de cette terre où il finit par retourner vivre et y mourir

« Ils quittent un à un le pays, pour s’en aller gagner leur vie,
Loin de la terre où ils sont nés. Depuis longtemps qu’ils en rêvaient,
De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné. »

Ses chansons d’amour n’ont jamais été mièvres ou doucereuses : il a su choisir les textes les plus sublimes pour chanter l’amour. Comme ce poème  Louis Aragon par exemple :

« Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre,
Que serais-je sans toi, qu’un cœur au bois dormant.
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre,
Que serais-je sans toi, que ce balbutiement. »

Et quand il a chanté la femme, il l’a fait avec un respect infini :

« Le poète a toujours raison, Qui voit plus haut que l’horizon
Et le futur est son royaume. Face à notre génération
Je déclare avec Aragon, la femme est l’avenir de l’homme. »

Jean FERRAT nous a quitté ! ADIEU L’ARTISTE!


hmida on March 11th, 2010

Il y a cinquante ans leurs noms étaient sur toutes les lèvres et ils faisaient la une des journaux et des revues de l’époque.

Pourtant la majorité  d’entre eux n’était jusqu’à lors que de simples instituteurs, d’autres des employés de poste. D’autres  venaient du monde syndicaliste ou parfois ecclésiastique ! Deux d’entre eux seulement sortaient de   grandes universités ! Mais un certain nombre d’entre eux avaient siégé dans le parlement français  et même occupé de postes de ministres.

Durant les premières années  de la décennie 1960, ces hommes  dirigeaient leur pays !

Oui, je veux parler des chefs d’état africains au lendemain de ce que l’on a appelé « les indépendances ».

A la suite d’une série de péripéties relevant plus  de la politique intérieure française qu’à la lutte anticolonialiste, dix-sept pays africains ont accédé à l’indépendance et leur destin a été confié par la France à des personnes dont elle espérait fidélité sinon allégeance.

carte des indépendances 60

Ces personnalités qui se sont trouvées propulsées à la tête de ces états nouvellement indépendants, crées parfois sur des bases et dans des conditions pour le moins hâtives. Elle ont eu chacun un parcours différent, que je n’ai pas la prétention de résumer ici. Chacune a marqué à sa manière son passage au pouvoir de son pays mais toutes semblent, au fil des années,  être tombées dans un oubli quasi total.

A part Léoplold Sédar SHENGHOR ou peut-être de Felix HOUPHOUET BOUAGNY, qui se souvient encore de Modibo KEITA, premier président de Mali ou encore Kwame NKRUMAH, premier président du Ghana ?
sanghor houphouët boigny MODIBO KEITA NEKRUMA

Ahmed SEKOU TOURE, le guinéen ou Patrice LUMUMLBA, le congolais  ont-ils laissé plus de traces dans la mémoire des africains ?

SEKOUR TOURE LUMUMBA

Quand on parle du Gabon,  le nom du  premier président de ce pays Léon MBA est complètement effacé de nos mémoires.

MBA

Tout autant que celui de   François TOMBALBAYE qui a tenu d’une main de fer  l’unité du Tchad durant de longues années, avant que ce pays ne bascule dans des luttes intestines interminables.

TOMBALBAYE

Le premier président d’un pays voisin, la Mauritanie, aurait dû rester gravé dans notre mémoire collective tant son rôle a été important dans l’histoire commune de nos deux pays durant le demi-siècle passé ! Mais qui se souvient encore  qu’il s’agissait de feu Mokhtar OULD DADA?

OULD DADA

Il n’est pas nécessaire de rappeler l’ensemble des chefs d’état africains qui ont pris les rênes de leurs pays dans le courant de cette année 1960 ! Déjà que les plus emblématiques d’entre eux ont déjà déserté notre mémoire depuis belle lurette !

Il faut bien reconnaître que leurs successeurs n’ont pas laissé plus de souvenirs, ni surtout des souvenirs plus agréables !

Que ce soit le loufoque empereur de Centreafrique l’inénarrable Jean-Bedel BOKASSA ou l’indéboulonnable Gnassingbé Eyadéma qui a régné sur le TOGO pendant 38 ans après son coup d’état de 1967. Sans parler de Mobuto SESE SEKO, de sa toque en léopard et de sa canne, qui a mis a sac le Congo, deven Zaire. Et pour finir, on ne peut oublier le dernier des “monarques” africains disparu après 40ans de règne, le gabonais .

BOKASSA ayadema sese BONGO

Je ne peux pas clore laliste des successeurs des pionners de l’indépendance africaine sans citer, avec une sympathie particlière, Thomas SANKARA qui avait essayé de redonner sa dignité au peuple burkinabé.

sankara

L’Afrique francophone, cinquante ans après ses indépendances, dispose-t-elle de chefs d’état qui marqueront les esprits dans le siècle que nous entamons ? Les africains aimeraient bien le croire, mais les faits ne semblent malheureusement pas  le laisser penser !

Un quotidien national arborait hier  un bien beau slogan pour célébrer ce 8 mars : « Journée de la femme : la douceur pour aimer, le pouvoir pour agir, les mots pour parler ! »

Pour ma part,  j’ajouterai volontiers « le sourire ou même le rire pour vivre» !

En effet,  mesdames, vous nous faites souvent  sourire et même rire, et avec quel talent !

Et à  propos de talent, pour marquer  cette « journée internationale de la femme », pourquoi ne pas rappeler ces femmes savent si bien  nous faire rire !

Oui, les humoristes femmes sont terriblement efficaces ! Elles sont dévastatrices  dans la dérision et surtout dans l’autodérision.

Pour notre plaisir, je vous propose donc de partager quelques instants d’humour et de bonne humeur avec quelques humoristes femmes.

Le choix est parfaitement subjectif et ne porte aucun jugement de valeur sur le talent des dames présentées et ne préjuge aucunement du talent de celles que j’aurais oubliées.

Commençons, au hasard,  par Florence FORESTI, qui a débuté par de petits passages dans les émissions de Laurent RUQIUER, comme « on a tout essayé » ou « on n’est pas encore couché », avant de s’affirmer comme one-woman-show de très grand talent !

florence foresti

Nous la voyons ici dans un sketch sur « les enfants », qui semble bien dur envers ces chers petits anges, si nous oublions qu’elle-même est mère et heureuse de l’être !

Voici Anne ROUMANOFF, que l’émission  de Michel DRUCKER « Vivement dimanche » à fait connaître au large public, avec ses sketchs politiques.

anne roumanoff

Mais Anne Roumanoff a bien d’autres cordes à son arc, notamment comme ce moment délicieux d’une maman essayant d’aider sa gamine à faire ses devoirs !

Plus ancienne dans le métier, Sylvie JOLY a un style très personnel, la bourgeoise insupportable, sorte de « Madame TAZI » made in Paris.

sylvie joly

Découvrons là dans ce sketch qui résume assez ce qu’elle sait faire : exploiter une situation très banale  avec un humour très spécial.

Impossible de ne pas nous arrêter sur Muriel ROBIN et son humour direct et dévastateur.

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Dans ce sketch, elle aborde la solitude de la femme, sujet  bien sérieux et peut-être même triste, sans tomber dans la mièvrerie, mais avec un humour chirurgical !

D’autres humoristes femmes, issues de l’immigration, font une carrière prometteuse dans leur pays d’accueil, sans renier leurs origines.

Je pense à la marocaine  Rachida KHALIL,

rachida khalil

ou encore à la tunisienne Nabila BENYOUSSEF.

nabila benyoussef

Les humoristes femmes bien de chez nous ne sont pas très nombreuses, mais elles savent également garder leur bonne humeur et leur sens de la répartie !

Un bel exemple nous est proposé par Nehza REGRAGUI, grande actrice comique marocaine.

nezha regragui

Dans cet  échange genre « caméra cachée » ,  elle nous fait rire de bon cœur alors qu’elle est se trouve dans une situation assez saugrenue.

Pour finir, je ne peux pas ne pas  citer Hanane FADILI, cette humoriste multi-facette qui domine la scène et les écrans télés depuis des années, en renouvelant sans cesse ses prestations, plus délirantes les unes que les autres.

hanane fadili

Je vous laisse le choix de quelques prestations de Hanane Fadili, ici ou ici ou encore , où elle met en scène et en dérision des scènes de la vie quotidienne de nos compatriotes !

BONNE FETE, MEDAMES !

Et merci mille de tous ces délicieux moments que vous nous offrez !

hmida on March 4th, 2010

En général, les livres publiés par les hommes politiques sont rarement des ouvrages de qualité. On y sent toujours la marque du nègre  chargé de la rédaction ou du journaliste servant de faire-valoir !

Ce n’est pas le cas pour les livres  Dominique de VILLEPIN. Avant d’être un homme politique – d’ailleurs est-il un homme politique ou mieux, un homme d’état – est un homme de lettres : poète et historien !

dom dom

Dans son dernier ouvrage LA CITE DES HOMMES, édité chez PLON en juin 2009, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac reste égal à lui-même.

Il s’y livre à une profonde réflexion sur l’état du monde et surtout il propose une vision de l’avenir !

En historien accompli, il n’hésite  pas  à se référer à l’histoire pour étayer ses propositions !

En écrivain rompu au maniement des mots et des idées, il use d’un style en parfaite harmonie avec sa personnalité : flamboyant et pourtant très attachant.

En homme politique, doublé d’un homme d’état, il fait appel au sens de la  responsabilité et de la réciprocité des états pour relever les trois défis que le monde moderne doit affronter : la démographie,   l’éducation et   la mobilité.

Livre dense, peut-être pessimiste à force de clairvoyance !

P.S. : A signaler la dignité de l’auteur, qui en plein « affaire Clearstream », n’a pas porté le moindre jugement sur son adversaire personnel, à savoir Nicolas Sarkozy.

Oubliée  entre les pages d’un livre que je n’ai pas ouvert  depuis des lustres,  j’ai retrouvé une fiche bristol,  une fiche  que je n’arrive pas à dater et sur laquelle j’avais  soigneusement quelques vers prélevés de poèmes arabes anciens!

Je vous en  livre quelques uns,  dont certains semblent encore assez bizarrement d’actualité.

D’abord, le fameux poème de Abou Al Bakaa Ar-Rindi à propos de ses regrets après la perte de Al Andalouss par les arabes qui commençait ainsi :

لكل شيءٍ إذا ما تم نقصانُ — فلا يُغرُّ بطيب العيش إنسان

La suite du poème, empreinte de nostalgie douloureuse, nous rappelle la stupide guerre que certains européens ont récemment livré  aux minarets :
حيث المساجد قد صارت كنائسَ — مافيهنَّ إلا نواقيسٌ وصُلبان

حتى المحاريبُ تبكي وهي جامدةٌ — حتى المنابرُ ترثي وهي عيدانُ

Le poète semblait avoir eu une vision prémonitoire de la situation actuelle des musulmans qui se déchirent dans des luttes fratricides et inutiles :

لماذا التقاُطع في الإسلام بينكمُ — وأنتمْ يا عبادَ الله إخوانُ ؟

Et ce dernier vers qui résume si bien la situation de beaucoup de nos immigrés dans ce qu’ils ont considéré comme l’eldorado :


بالأمس كانوا ملوكًا في منازلهم — واليومَ هم في بلاد الكفرِّ عُبدانُ

Un autre poème  de Zoheir Ibn Abi Salma avait  marqué mon adolescence car je croyais ne jamais parvenir ni à l’âge adulte ni encore moins devenir un homme âgé !

سئمت تكاليف الحياة ومن يعش         ثمانين حولاً، لا أبالك، يسأم!

Ce poème était pourtant plein de sagesse et de conseils :
واعلم ما في اليوم، والأمس قبله،        ولكنني عن علم ما في غد عمي !
ومن يجعل المعروف في غير أهله       يكن حمده ذماً عليه، ويندم
ومن يجعل المعروف في غير أهله     يكن حمده ذماً عليه، ويندم
ومن يغترب يحسب عدواً صديقه       ومن لا يكرم نفسه لا يكرّم
لسان الفتى نصف ونصف فؤاده  فلم   يبقى إلا صورة اللحم والدم

Je n’oublierai jamais ce vers d’un poète anté-islamique, décrivant la fougue d’un fier étalon :
مكر… مفر… مقبل …مدبر معاً ….كجلمود صخر حطه السيل من عل

Je n’ai jamais saisi exactement le sens de ce vers mais son rythme m’a toujours impressionné !

Autre œuvre dont j’ai retrouvé trace sur cette fameuse fiche bristol : le poème  que Al Farazdaq aurait improvisé en réponse à la question anodine de quelqu’un voulant se renseigner sur une personnalité :

هَذا الّذي تَعرِفُ البَطْحاءُ وَطْأتَهُ    وَالبَيْتُ يعْرِفُهُ وَالحِلُّ وَالحَرَمُ
هذا ابنُ خَيرِ عِبادِ الله كُلّهِمُ            هذا التّقيّ النّقيّ الطّاهِرُ العَلَمُ

Je trouve ce poème comme l’exemple type de la rhétorique et de l’éloquence arabe !

Derniers vers soigneusement recopiés sur cette fiche, l’entame de la Moula9a de M’rouou Al Kaiss :

قفا نبك من ذكرى حبيبٍ ومنزل … بسقط اللوى بين الدخول فحومل
فتوضح فالمقراة لم يعف رسمها … لما نسجتها من جنوبٍ و شمأل

Un souvenir amusant me revient à l’esprit chaque fois que je relis ces vers : la manière pour le moins originale avec laquelle un professeur d’arabe expliquait ce texte assez hermétique.

hmida on February 25th, 2010

Considéré à l’échelle individuelle, les problèmes de l’immigration sont une suite de drames personnels, de traumatismes familiaux, avec parfois des succes-strories remarquables, le tout souvent noyé dans d’obscures et inavouables combinaisons.

Dans « LA PLANETE DES MIGRANTS », paru en juin 2007 chez les Presses Universitaires de Grenoble, collection « Politique en + », l’enseignant-chercheur spécialiste de l’immigration Jacques BAROU aborde le problème dans une approche « marco », en terme de « flux ».

planète migrants
Ainsi que le précise le sous-titre de l’ouvrage, ce qui intéresse l’auteur ce sont « LES circulationS migratoireS et la constitution de disporaS ». Notons ces pluriels !

Dans une présentation très académique – l’ouvrage étant destiné avant tout à des étudiants – Jean BAROU nous guide dans la planète des migrants en trois étapes :

·    En commençant par les pays d’où l’on part : l’étonnement est assez grand de savoir que l’Asie constitue la zone de départ la plus importante du monde et ce depuis longtemps, suivi de l’Amérique Latine sous l’effet de l’eldorado étasunien. L’Afrique et récemment l’Europe de l’Est viennent loin derrière.
·    En enchaînant sur les pays où l’on va : et là aussi, on découvre avec le même étonnement que l’Amérique du Nord (U.SA. et Canada) sont les zones les plus visées.  Viennent ensuite l’Asie Orientale et le Moyen Orient (du  Japon aux pays du Golfe) et bien entendu  l’Europe.
·    En concluant sur le devenir des migrants : à la suite ses réflexions entamées tout au long de son ouvrage sur les causes de l’immigration et ses conséquences sur les pays de départ et d’accueil,  l’auteur se pose des questions l’assimilation, les sociétés multiculturelles, les diasporas.

De nombreux tableaux, deux cartes et une bibliographie complètent ce petit condensé technique du problème de l’immigration, dépouillé de toutes considérations politiques ou politiciennes.