J’ai exprimé ma profonde indignation dans mon billet précédent en me demandant si nous vivions, sans le savoir, sous la période de l’esclavage !
La mort de près de 60 personnes piégées sur leur lieu de travail avait provoqué ce cri d’indignation.
En effet, que serait-il advenu, en cas d’incendie, de ces ouvrières et ouvriers s’ils travaillaient dans de locaux dotés d’issues de secours, pourvus d’extincteurs en état de marche, avec des portes non bloquées, avec des fenêtres sans grillage, en bref des locaux tout simplement conformes aux lois et règlements en vigueur ?
Nous aurions assisté à un drame sûrement ! N’y aurait-il eu qu’une seule mort d’homme, cela aurait constitué un drame ! Mais un drame dont on pourrait accuser la fatalité ! On aurait pu l’imputer à l’absence du risque zéro !
Mais près de 60 morts, dues à la volonté délibérée d’un patron scélérat de réaliser des profits au détriment de la sécurité de ses salariés et pire au prix de leur vie…Comment qualifier cela ? Sans parler de leur salaires…ni de leur couverture sociale…ni de leurs horaires de travail…ni de leurs congés.. J’appelle cela de l’esclavage !
Cela dépasse l’exploitation, cela n’est plus de la pressurassion, cela va au-delà de la spoliation. Cela relève de l’esclavage !
Mais est-ce si étrange ? A priori, oui, bien sûr ! Nous sommes au XXIème tout de même !
Nous avons des institutions qui dévorent des budgets incroyables, des lois et des règlements à la pelle, des juges à ne plus savoir quoi en faire !
Nous avons des syndicats, une kyrielle de syndicats même, de tous bords et toutes les couleurs ! Des rouges, des verts !
Nous avons tout ce qui est nécessaire et suffisant pour fonctionner comme un état moderne !
Mais nous sommes aussi imprégnés d’une culture de l’esclavage ! Nous avons une tradition de l’esclavage ! Nous avons une religion de l’esclavage !
Ne nous voilons pas la face et soyons honnêtes avec nous-mêmes !
Dans une société où les « Madame TAZI » des quartiers huppés de Casablanca ou de Rabat rivalisent pour disposer et une « petite bonne » locale et une « gouvernante philippine », payées chacune deux sous pour 18 heures de travail par jour, l’esclavage semble bien ancré !
Dans une société où la femme, malgré la loi, malgré les conventions internationales, malgré les bouleversements socio-économiques du pays, est très souvent réduite à sa plus simple expression d’être humain, l’esclavage a encore de beaux jours devant lui !
Dans une société où les ouvriers agricoles ne savent pas ce que sont les allocations familiales ni la couverture sociale ni l’assurance maladie, alors que le Maroc a une vocation historique de pays agricole, savamment entretenue par nos responsables, l’esclavage n’est pas encore tout à fait aboli dans la réalité quotidienne de nos compatriotes !
Dans une société où le plus naturellement du monde, chaque fois que n’importe quel citoyen a besoin d’une femme de ménage ou d’un ouvrier du bâtiment, se présente au « mo9af » pour choisir la femme de ménage ou l’ouvrier, non pas en fonction de ses capacités professionnelles, mais de son apparence physique et son éventuelle capacité de supporter le « kterfiss », le modèle de l’esclavage n’est pas encore complètement effacé de sa mémoire !
Dans une société où les subsahariens, malheureuses victimes des trafiquants de chair humaine, se trouvent livrés au mépris le plus total sinon parfois l’exploitation la plus indigne de la part nos concitoyens – toutes catégories confondues : responsables comme simples citoyens - des relents de comportement esclavagiste dominent encore ses mécanismes !
Mon propos est dur, violent, cynique parce qu’il est provoqué par l’indignation et la honte !
Suis-je plus indigné que honteux ?
En tous cas, je suis impuissant et je n’ai que des mots assez durs pour exprimer mon impuissance, mon indignation et ma honte !
Comment notre société en est-elle venue là ?
Le désir de profit peut-il tout expliquer ? L’avidité rendrait-elle à ce point les hommes inhumains ? L’âpreté au gain serait-elle source de folie ?
Je ne crois pas que les marocains soient plus mauvais que d’autres ! Ils ne sont que ont fait d’eux leur histoire et leur culture avec TOUTES ses composantes !
Les marocains de 2008, qui n’ont pas fait l’effort de se secouer, qui ne se sont pas remis en question, qui ne se sont pas posés des questions, qui n’ont libéré leur esprit de l’emprise d’un passé révolu, ces marocains vivent encore un autre âge…
Et le pire, c’est qu’ils entraînent dans leur dérive tout pays, tout un peuple.
Certains me reprocheront de mettre toute la société dans le même sac ! Notre histoire et notre culture sont communes et indivisibles ! Que nous le voulions ou pas, nous sommes issus de la même tourbe et nous sommes condamnés à vivre ensemble, à évoluer ensemble, à changer ensemble !
Je reste un éternel rêveur ! Je crois en l’homme, je crois en l’homme et en la femmes marocains, je crois au progrès, je crois en l’avenir ! TOUT EST ENCORE POSSIBLE SI NOUS LE VOULONS !
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P.S. : Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur le sujet de l’esclavage dans la culture marocaine en particulier et arabo-musulmane en général, je conseillerai la consultation des deux ouvrages suivants :


Le sujet et le mamelouk (Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe) de
Mohmed ENNAJI – Essai – chez « Mille et une nuits » (2007). et L’Esclavage en terre d’islam de Malek CHEBEL – chez Fayard (2007).