hmida on January 28th, 2012

Mohamed KENBIB est une sommité reconnue de l’université marocaine. Professeur d’histoire, directeur de recherche, enseignant associé à des universités étrangères, il a voulu céder à un caprice et se donner du plaisir en écrivant un roman ”LES FUMEES DE LA GLOIRE”, publié en 2004 chez les Editions Porte d’Anfa.

 

 

 

 

 

Avec ce livre, l’auteur nous montre qu’il maitrise magistralement la langue française. C’est bien la moindre des exigences que l’on peut attendre d’un enseignant du supérieur qui a enseigné  et publié dans cette langue.

A travers une galerie de portraits parfaitement crédibles, Mohamed KENBIB nous montre qu‘il connait parfaitement la société marocaine, dans sa diversité et sa complexité. C’est bien aussi une autre exigence que l’on peut attendre d’un professeur d’histoire spécialisé dans les minorités religieuses du Maroc.

Il nous parle de la bourgeoisie urbaine et commerçante  de Fes, des bobos casablancais en mal de divertissements et de culture, des femmes exploitées du Maroc profond des campagnes reculées, des couples mixtes et des difficultés d’intégration des épouses européennes, des étudiants marocains en France, des femmes qui ont un compte à régler avec la société, des hommes d’affaires sans scrupule, et j’en passe!

Mais cette série de portraits, brossés avec talent et  avec justesse,  ne donne pas à “LES FUMEES DE LA GLOIRE” la fluidité  ni la continuité nécessaire pour constituer un roman digne d’intérêt.

Pourtant , Mohamed Kenbib aborde des sujets fort intéressants et aussi différents qu les problèmes des couples modernes, la situation de la femme dans la société marocaine, la sorcellerie, la stérilité, etc…

Il manque “un je ne sais quoi” pour faire du livre de Mohamed Kanbib un roman attachant : la lecture de cet opus donne l’impression que l’on feuillette un album de photographies, très réussies, mais sans lien entre elles, même si des visages ou des décors reviennent parfois dans certaines d’entre elles.

A lire, par curiosité et pour certaines pages qui sont particulièrement bien tournées.

hmida on January 26th, 2012

Ce jeudi restera dans les annales politiques du Maroc : nous avons assisté à l’investiture du premier gouvernement “politique” de l’histoire de notre pays.

En soi, cette investiture peut être considérée comme un non-évenement, tellement elle était attendue, malgré les critiques plus ou moins sévères, plus ou moins justifiées, plus ou moins malintentionnées de l’opposition.

Ce qu’il faut retenir la séance parlementaire de ce matin, c’est la performance assez impressionnante du chef de gouvernement qui a réussi l’exploit, je crois unique dans le genre, d’utiliser la DARIJA en plus de l’arabe classique de rigueur sous la coupole;

En bon pédagogue qui n’a pas oublié son expérience d’enseignant, il lisait son texte “officiel” qu’il commentait ensuite en darija. Certains parleront de populisme! Surement, mais l’important est que le peuple comprenne!

Autre élément à retenir également : l’investiture du gouvernement a confirmé le “pacte” passé entre les partis de la majorité. Le gouvernement Benkirane a recueilli l’ensemble des voix des quatre partis de la majorité, plus une voix : 107 PJD + 60 PI + 32 MP + 18 PPS.

L’opposition n’ a pa su mobiliser l’ensemble de ses troupes : sur les 161 députés de l’opposition (52 RNI + 47 PAM + 39 USFP + 23 UC) seuls 135 se sont prononcés. Cela ne change pas grand-chose mais on peut penser que l’opposition n’est pas aussi unie qu’elle veut le faire croire.

Le gouvernement Benkirane a donc à partir d’aujourd’hui la légitimité constitutionnelle pour commencer son travail.

D’énormes chantiers l’attendent, dont le premier celui du rétablissement de la confiance entre le peuple et les instituions gouvernementale et parlementaire.

Cette confiance doit avoir pour objet essentiel de rétablir l’ordre et le respect des lois par tous, gouvernants et gouvernés, dans tous les domaines de la vie de ce pays.

Le reste suivra!

Après avoir essayé de présenter le « guembri », instrument associé à la culture gwani, il est utile de parler de l’ « outhar » qui, en plus de sa voix et de ses chansons,  fit la renommée de feu Mohamed Rouicha.

 

 

 

 

 

Les différentes définitions de cet instrument s’articulent autour de deux points essentiels.

D’une part, l’« outhar » appartient à la famille du luth ou « oud » et d’autre part le « louthar » est un instrument rustique, spécifique des zones rurales du Maroc.

Voilà donc une première différence importante avec le guembri.

Si  l’outhar est doté de trois cordes, comme le guembri, sa caisse a une forme spéciale qui s’inspire de la poire ou plus exactement d’une poire coupée dans le sens de la longueur.

La table d’harmonie, contrairement à celle du luth qui est confectionnée en bois noble marqueté, est réalisée en peau tendue.

Instrument rural, le « loutar » se retrouve  dans la plupart des régions du Maroc, aussi bien en plaine, en zone arabophone qu’en montagne et en pays amazigh.

Le « loutar » est joué en improvisation dans ce que l’on appelle un « taqsim » ou comme instrument d’accompagnement d’une chanson.

La grande variété des sons et des tonalités que l’interprète peut obtenir de son instrument permet des performances remarquables: on a pu ainsi dire que certains spécialistes de louthar “faisaient parler leur instrument”.

On peut citer comme grands virtuoses de cet instrument, en plus bien sûr de feu Mohamed ROUICHA qui lui a donné ses lettres de noblesse et surtout la médiatisation qu’il mérite, des noms prestigieux provenant de toutes les régions du pays :

  • Des interprètes classiques, comme Mohamed Maghni

http://www.youtube.com/watch?v=pbAhWQHwNt0&feature=related

  • D’autres occasionnels comme Stati qui ont commencé par le louthar avant de choisir le violon, comme Stati.

http://www.youtube.com/watch?v=5qt1xyS4TtE&feature=related

  • Certains qui se servent  de louthar comme accessoire à leur véritable art, en l’occurrence l’art de faire rire, comme les sympathiques Qachbal wa Zeroual.

http://www.youtube.com/watch?v=6V9p4u93jto&feature=related

Je me fais un plaisir de signaler  également ce lien qui m’a été fourni par Abdesselam, un de nos amis blogueurs, peu connus mais très intéressant:

http://www.settatbladi.org/index.php?option=com_muscol&view=album&id=38&Itemid=60

Pour finir, il convient de signaler la vitalité des amateurs de l’outhar dans ce pays, malgré le fait que cet instrument ne soit plus confectionné que par très peu de luthiers : le preuve en est cette prouesse technique et artistique que constitue l’interprétation par une trentaine de spécialistes de louthar de la « Symphonie Fazaz », dont voici l’ouverture:

http://www.youtube.com/watch?v=aPZ-rmcyAW0&feature=related

La disparition de Mohamed Rouicha a été l’occasion pour beaucoup d’entre nous de découvrir, et pour d’autres  de redécouvrir, un instrument de musique qui contribua à sa gloire: louthar.

 Rouicha fut un grand chanteur, un grand musicien, un grand artiste mais il était surtout et avant tout un virtuose de louthar. Il en jouait avec un art consommé en mettant dans ses interprétations toute sa personnalité et toute sa sensibilité. Mohamed Rouicha a ajouté une quatrième corde au sien pour en tirer un maximum de sonorités.

 J’ai pu  lire ici et là que Mohamed ROUICHA jouait du « guembri ».

Avec tout le respect que je dois, que nous devons tous au « guembri », il ne faut pas confondre ces deux instruments, qui font partie tous les deux  de notre patrimoine musical et culturel.

 Mais chacun d’eux répond à des spécificités qui lui sont propres, quant à ses origines, à son rôle, quant à la manière d’en jouer.

Commençons par le GUEMBRI.

 

Cet instrument est spécifique aux troupes GNAWA. On ne le retrouve nulle part ailleurs, car il ne s’intègre pas dans les autres harmonies utilisées au Maroc.

Les très rares chanteurs ou troupes, en dehors des Gwana, utilisant le « guembri » dans leur répertoire ou leur orchestration, l’ont fait dans le cadre de leurs travaux de recherche de l’authenticité marocaine.

 Ainsi seuls les Nass Al Ghiwan, et dans une moindre mesure les Jil Jilalai se sont appropriés cet instrument d’origine africaine, et ce dans leur souci de remonter le plus loin possible dans leur quête des origines de notre musique.

 Le guembri est doté de trois cordes en boyaux de chèvres. Sa caisse est de forme allongée,  inspirée des pirogues africaines subsahariennes, et recouverte de peau de dromadaire tannée.

On peut trouver toute une littérature sur le rituel de la facture de cet instrument ancestral, rituel  qui remonterait aux traditions païennes des premiers noirs africains arrivés au Maroc.

Le manche du guembri, long et arrondi, se termine par la « sersara », sorte de hochet,  qui est mise en mouvement par les vibrations des cordes et qui produit un bruissement  particulier.

 L’usage du guembri consiste à pincer les  cordes et  à frapper en même temps sur la peau, en vue d’obtenir un double registre de « basse » et de « percussion ». On comprend ùmieux ainsi l’autre appellation de cet instrucment, à savoir le hajhouj.

 Le guembri, par cette double fonction, est essentiel dans l’ambiance très particulière qui prévaut lors des veillées gnawis.

 Pour vous  replonger dans le monde du guembri et des gnawa, cliquer sur les liens suivants :

 http://www.youtube.com/watch?v=j5fzTzi0kf8&feature=related   

 http://www.youtube.com/watch?v=BOzbhIlrQu0&feature=related   

 Nous sommes très loin de l’inspiration, du style et de l’ambiance musicale de feu Mohamed ROUICHA, qui sera évoquée dans un prochain billet.

hmida on January 21st, 2012

Le film INTOUCHABLES a fait un carton énorme sur les écrans et dans les critiques en France!

Tout le monde a vu le film, ou devait le voir : ils ont été plus de 17 millions à se précipiter dans les salles de cinéma pour se pâmer devant l’oeuvre des Toledano et Nakache, devant les prouesses de Omar Sy et François Cluzet.

Toute la critique n’est répandue en mille louanges sur le film!

Le film devenait donc “intouchable” : il fallait le voir et dire qu’il était un chef d’oeuvre!

J’ai vu le film et je n’ai pas trouvé que c’était un chef d’oeuvre. Et je le dis!

Un bon film, bien tourné, très bien joué, traitant d’un sujet sensible, très sensible,  abordé avec humour, avec légéreté même, mais aussi infiniment de tendresse et d’humanité c’est vrai,  une très belle musique, bien intégrée! Mais de là à crier au chef d’oeuvre, non!

Je parlerais plutôt de “film de la mauvaise conscience” d’une part et de “film de la crise” d’autre part.

Film de la mauvaise concience des français envers les minorités, toutes les minorités : les handicapés bien sûr, mais aussi les immigrés, les récupérables  comme les irréductibles, les lesbiennes, les prostituées, les vieilles filles, les bourgeois snobs!

Chacune a eu droit à son petit moment d’humanité.

Film de  crise des français qui sont rassurés de voir qu’il y a plus malheureux qu’eux, plus désespérés qu’eux, plus misérables qu’eux et que ces gens-là peuvent s’en sortir, s’ils le veulent ou si on  les y aide.

L’espoir est en fait le tuteur de ce film.

Bien sûr on  rit, on sourit plutôt! Les vannes de Driss  portent plus parce que elles sont  dites  par un Omar Sy au mieux de sa forme.

Je ne reviens pas  sur la génése du film : elle est connue, les faits sont réels, un documentaire en fait état dans l’indiférence générale, un livre en parle sans avoir connu de succès particulier. Et en 2011, INTOUCHABLES gagne le gros lot!

A voir finalement, si on n’a pas autre chose à faire!

Hier, le chef du gouvernement Abdelillah BENKIRANE a connu son baptême du feu gouvernemental.

La bataille s’annonçait facile mais elle ne se déroula pas tout à fait comme l’avait prévu le leader PJDiste.

Parler depuis la tribune du “congrès” (le terme et la notion n’existe pas en droit constitutionnel marocain, mais quand les deux chambres sont réunies c’est le terme consacré en France) est assez délicat, surtout que une grande partie del’auditoire n’est là que pour la forme : les conseillers écoutent mais ne voteront pas l’investiture du gouvernement Benkirane.

 

On a vu ainsi des élus bâiller et d’autres ne pas avoir l’air de trop s’intéresser au discours du chef du gouvernement.

Parler devant les représentants du peuple parmi lesquels la représentation féminine a doublé depuis le dernier scrutin est encore plus délicat quand le gouvernement qui demande l’investiture ne comprend qu’une seule femme, connue pour ses prises de position pour le moins rigides.

On a vu ainsi les femmes élues de la nation brandir des pancartes portant la mention “30  + 1 ! Est-ce cela la démocratie?” sous les applaudissements nourris de leurs collègues masculins. Ce moment restera surement gravé dans les annales de la politique nationale :

http://www.youtube.com/watch?v=71A8NDQnKY8&feature=player_embedded#!

On a aussi entendu des rires et  des murmures sous la coupole quand Monsieur Benkirane a abordé le problème de la femme.

On ne sait si le bruit de la manifestation orchestrée par les organisations féminines contre la sous-représentation de femme dans ce gouvernement arrivaient aux oreilles de M. Benkirane.

Parler pendant près d’une heure et demi, en lisant au mot près  un texte qu’il n’a bien sûr  pas rédigé lui-même fut pour le nouveau chef de gouvernement un exercice difficile : il est habitué à l’improvisation où il excelle en tant que tribun aguerri des meetings et de l’opposition.

On a pu ainsi entendre Monsieur Benkirane buter à plusieurs reprises sur des mots et sur des formules, mais il a su parfois prendre les accents pédagogiques de l’ancien professeur qu’il fut jadis.

Voilà pour ce qui est de la forme et de l’ambiance de ce baptême de feu gouvernemental. La suite de la bataille sera rude et peut-être violente.

Les partis de l’opposition ne pardonneront rien au chef du gouvernement, notamment le manque de chiffres précis, le manque de visibilité dans certaines propositions, et comble de l’hypocrisie politique la continuité dans l’action déjà entreprise par eux-même quand ils étaient au pouvoir il y a à peine deux mois.

Et au fait, quel est le contenu de la déclaration du chef du gouvernement?

Elle ne diffère pas en gros des déclarations des derniers gouvernements : elle n’est n’est plus précise ni moins précise, ni plus chiffrée ni moins chiffrée que celle de son prédécesseur Abbas Fassi en 2007!

Les réactions hostiles qu’elle a provoquées parmi les ténors de l’opposition ne diffèrent guère de celles suscitées par la déclaration de  Driss Jettou en 2002.

Pas la peine de remonter à la déclaration de Abderrahim  Yousfi en 1998 : la plupart de grands ministères échappaient à son autorité à l’époque et il connaissait parfaitement les limites du rôle qu’il avait accepté de jouer.

Que faut-il retenir de cette déclaration, malgré ses insuffisances et ses lacunes.

Pour ma part, je n’ai pas compris que le chef du gouvernement mette en numéro un des priorités de son gouvernement l’identité nationale.

Ce n’est pas à un chef de gouvernement, même démocratiquement élu, à me dire comment être marocain et comment me comporter en tant que citoyen : à ce petit jeu-là, il finira par me dire comment je dois penser.

Mon appréhension à ce sujet est très grande ; elle a motivé les réserves que j’ai toujours exprimées à l’égard du Parti de la Justice et du Développement. Ce sera donc aux forces démocratiques de ce pays de veiller au grain pour éviter les dérapages éventuels.

Pour le reste, la déclaration de Monsieur Benkirane demeure une “déclaration” et les critiques qui lui sont faites relèvent du jeu politique normal.

Ce sera face à la réalité que les marocain(e)s devront juger cette nouvelle équipe gouvernementale, face aux contingences de la crise endogène et exogène, face à sa réactivité aux demandes immédiates, face à la mise en place de sytèmes de gouvernance qui ne couteront pas un ddirham  à l’état mais qui ramméneront la confiance des citoyen/nes dans les institutions!

Bon courage, Monsieur Benkirane! Votre tâche sera difficile et délicate! Les attentes du peuple sont grandes et variées! La crise est rampante et menaçante, parce que universelle.