hmida on February 8th, 2010

L’émission « 45 minutes » diffusée hier soir sur la OULA a été un grand moment de télévision.

Une rencontre rare entre journalisme, société, justice !

Une  journaliste qui pousse son enquête jusqu’au bout,   jusqu’au ce qu’on appelle en droit « le commencement d’exécution » !

Un sujet social, crucial mais tabou : le trafic de nouveaux-nés, ce commerce ignoble qui sévit autour et dans les maternités des hôpitaux publics, parfois privés.

Une justice qui joue son rôle en organisant l’intervention de la police sur un flagrant délit dans une affaire de ce genre.

D’un autre coté, les images prises en caméra cachée mettent en évidence l’énormité du phénomène aux abords de certains établissements hospitaliers publics.

On découvre qu’un véritable « marché » semble s’être mis en place pratiquement au vu et su de tout le monde, avec  offre, demande et même prix crûment annoncés !

Au début de l’émission, des témoignages font état de disparitions, au sein même de maternités et dans des conditions plus que troublantes  sinon suspectes, de nouveaux-nés venus au monde dans des couples  n’ayant aucun souci ni aucun problème.

La télévision nationale a osé passer cette émission à une heure de grande écoute. Et c’est très bien ainsi, d’autant que la langue utilisée est la darija, pour atteindre le plus large public.

Mais le plus important reste à venir !

Quelle sera la réaction du ministère de la santé et quelles seront ses actions pour mettre un terme à l’état de déliquescence qui règne dans les établissements hospitaliers publics, notamment en termes de sécurité des lieux et des personnes et surtout de moralisation des personnels hospitaliers ?

Quelle sera la réaction du ministère en charge  de la famille ? L’intervention des différentes associations est certes efficace dans le soutien aux mères en difficulté et aux enfants abandonnés, mais elle ne saura suffire !

Quelle sera enfin la réaction finale de la justice dans cette affaire précisément ? Un verdict lourd et dissuasif   devrait être en la suite logique, sinon l’action de la journaliste et des autorités avec lesquelles elle a travaillé n’aurait été qu’un énième coup d’épée dans l’eau trouble de ce trafic innommable.

hmida on February 6th, 2010

J’ai appris dernièrement cette nouvelle  et j’en ai d’abord été amusé.

Il semblerait que plus de 130.000 français se trouvent depuis le début de l’année dernière dans une situation assez ubuesque : leur nationalité française est contestée par l’administration chargée de renouveler leurs papiers, carte d’identité ou passeport !

A priori, le sort de ces français et leurs problèmes avec l’administration de leur pays m’indiffère de la manière la plus totale.

Mais ma curiosité du droit et mon intérêt des imbroglios  administratifs m’ont poussé à en savoir un peu plus, d’autant que parmi les « victimes » de ce problème il y aurait des personnalités connues, entre autre l’ex-journaliste Anne Saint-Clair, épouse de Dominique Strauss-Kahn et l’actrice animatrice de télévision Laurence BOCCOLINI.

Il s’agit donc de français, nés de parents eux-mêmes français,   dont la « francité » ne fait aucun doute  d’aucune espèce, mais à qui l’administration  demanderait de « fournir la preuve de sa nationalité sur plusieurs générations ».
Ainsi des français, fils ou filles, petits-fils ou petites-filles de français, auraient à prouver aux yeux de l’administration de la France leur « francité » !
Tout cela n’aurait aucun intérêt pour moi, si je n’avais pas poussé le raisonnement un peu plus avant !
Quid demain de ces dizaines, ces centaines, ces milliers de nouveaux français, issus de nos contrées, sans compter ceux venus d’ailleurs  !
Qu’en sera-t-il de ceux d’entre eux qui sont   français, parce que leurs parents, venus des montagnes de l’Atlas ou des confins du Souss,  se sont trouvés, par les aléas de la vie, jetés en pâture à des marchands de main d’œuvre bon marché?
Qu’en sera-t-il de ceux qui eux ont choisi d’aller en France, de devenir français, laissant au pays famille et  racines, pour des raisons personnelles qui  les regardent !
Quand ils seront amenés,  dans quelques années, à renouveler leurs cartes d’identité ou leur passeport, encore tout neufs aujourd’hui, l’administration leur demandera de faire la preuve de l’impossible !
Devraient-ils abandonner la douce France et rentrer au pays qu’ils ne connaissent plus ou qu’ils n’ont jamais connu ?
Cette démarche administrative française s’inscrit-elle dans une politique plus large et plus profonde, et surtout plus insidieuse, de « purification  administrative » de la population française ?

En tout cas, elle semble  emboîter le pas  très logiquement dans le débat sur l’identité nationale dont on ne décelait pas les vraies raisons!

hmida on February 4th, 2010

J’avais lu,  il y a une dizaine d’années,  LES IDENTITÉS MEURTRIÈRES publié par Amine MAALOUF, aux éditions Grasset.  Le livre m’avait intéressé, sûrement !

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Je viens de le relire, à la lumière de tout ce qui se passe actuellement en France autour du fameux (fumeux ?)  débat sur l’identité nationale !

Cet ouvrage est simplement fondamental à ce propos,  parce personne d’autre que Amine MAALOUF n’est mieux placé pour traiter du concept de l’identité !

Bien avant Eric Besson et ses sbires, Amine Maalouf analysait, sans haine et sans passion, ce concept  et déjà il en  posait les jalons d’une approche intelligente.

Tout au long de son ouvrage, Amine MAALOUF a tenté de désamorcer l’opposition que l’on veut construire entre le « NOUS » et les « AUTRES », en prônant le principe de « RECIPROCITE ».

L’auteur retient la notion de « appartenances » (au pluriel) qui permet de définir l’identité de chaque individu. Pour Amine MAALOUF, faire son « examen d’identité »  revient « à fouiller sa mémoire pour débusquer le plus grand nombre d’éléments de son identité,   les assembler, les aligner et n’en renier aucun». Il arrive au constat que ce qui caractérise l’identité de chaque individu est qu’il est « complexe, unique, irremplaçable, ne se confondant avec aucun autre ».

La modernité, la religion, les religions, la mondialisation, l’histoire sont tour à tour abordées dans leur rapport à la formation de l’identité. Ainsi pour Amine Maalouf,  « l’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. »

Malgré la profondeur de l’analyse, l’auteur reste cependant optimiste quant à l’avenir de ces questions relatives à l’identité, ainsi qu’en témoigne le dernier paragraphe de son ouvrage :

« Pour ce livre, qui n’est ni un divertissement ni une œuvre littéraire, je formulerai le  vœu que mon petit-fils, devenu homme, le découvrant un jour par hasard dans la bibliothèque familiale, le feuillette, le parcoure un peu, puis le remette aussitôt à l’endroit poussiéreux d’où il l’avait retiré, en haussant les épaules, et en s’étonnant que du temps de son grand-père, on eût encore besoin de dire ces choses-là ».

P.S. : ce livre existe en édition de poche!

hmida on February 3rd, 2010

Suite et fin.

Le mythe de Kharboucha avait en effet tout pour devenir partie intégrante du patrimoine culturel marocain.
Tout d’abord, dans le domaine de la chanson populaire et notamment la « ayta », caractéristique de la région de Abda-Chaouïa-Doukkala.
On ne peut en parler sans mentionner l’apport de KHARBOUCHA à cet art populaire, souvent mal appréhendé  parce que méconnu et surtout mal compris par les citadins.

Toutes les interprètes qui comptent sur la scène artistique populaire  nationale ont repris les airs et les paroles chantées par Kharboucha,  de Fatna Bent El Houcine à Hajja Hamdaouiya !
La ville de Safi tente de sauvegarder cette mémoire collective en organisant, malgré moult réticences, un festival annuel de l’art populaire de la Ayta, qui regroupe   les nostalgiques de cet art et les jeunes qui s’y intéressent encore.

Dans le domaine de la recherche,   KARBOUCHA a inspiré soit directement soit indirectement un certain nombre de travaux.

Hassan Najmi, Président de la Maison de la poésie au Maroc a réalisé un essai littéraire en langue arabe, aux éditions Toubkal, intitulé  “Al-Aita, poésie orale et musique traditionnelle au Maroc” dont un chapitre est consacré exclusivement à Kharboucha.
Le critique cinématographique Khalid Khodari a pour sa part a publié  “Kharboucha, la femme, Al Aita”,   qui  retrace l’histoire de  notre héroïne.
Le cinéma s’est aussi emparé  du mythe. Le réalisateur  Hamid Zoughi a réussi, d’assez belle manière si l’on croit la critique, à retracer dans « Kharboucha ou Ma Ydoum Hal » l’histoire de cette chanteuse, avec l’aide des deux grandes artistes : Houda Sedki, qui personnifie Kharboucha et Khadija Merkoum, qui a prêté sa voix  pour  en faire revivre le répertoire.
D’autres espaces de la vie culturelle nationale ont puisé leur inspiration dans le mythe de Kharboucha.

Le théâtre, pour commencer .

Abderrazak Badaoui, l’homme de théâtre,  y a trouvé la matière  pour monter sa pièce «Milouda Bent Driss».

Le dramaturge Salem Gouindi a également écrit une pièce intitulée «Kharboucha», interprétée par la troupe de théâtre régionale d’El Jadida.

La téléivision, ensuite.

Le scénario de «Jnane El Kerma», la série télévisée de Farida Bourqia, diffusée sur la première chaîne nationale, est puisé dans l’aventure de cette chanteuse.

La chanson enfin.

« Hikayat Kharboucha », interprétée par Hayat Al Idrissi sur des paroles de Mohamed Al Batouli et une  musique de Saïd Limam  avait connu un certain succès.

Peu de personnes dans l’histoire de notre pays ont,  autant que KHARBOUCHA  simple chanteuse populaire, contribué à la formation d’une aussi grande partie de notre patrimoine culturel.

hmida on February 2nd, 2010

Au détour d’une récente conversation, j’ai utilisé spontanément  le mot de « kharboucha » à propos d’un gribouillage ! Je sais, j’aurai dû dire « tkharbicha » ! Mais c’est « kharboucha » que j’ai sorti et cela m’a valu d’être vertement tancé par l’ancêtre de la famille présent à la discussion !

« Tu parles de « Kharboucha » ? Sais-tu au moins qui était Kharboucha ? Renseigne-toi sur elle, tu verras que c’est une figure de proue de notre patrimoine national !»

Ainsi « Kharboucha » serait une personnalité connue, et qui plus est une « une figure de proue de notre patrimoine national » et je l’ignorais !

Je me suis renseigné et je vous livre le résultat de mes recherches !

D’abord, Kharboucha a-t-elle réellement existé et si oui, qui était-elle ? Attachons-nous aux faits.

Le mot de « mythe » revient souvent quand on s’intéresse à Kharboucha ! Existe-t-il des références historiques écrites irréfutables sur l’existence réelle d’un personnage ayant porté ce nom ?
Je ne suis pas qualifié pour le dire, mais on s’accorde généralement autour des affirmations suivantes :
·    Kharboucha aurait vécu dans les années à cheval entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, dans la région de ABDA, arrière- pays de la ville de Safi, au sein de la tribu des Oulad Zayd.

·    Il s’agirait de ce qu’il est convenu d’appeler une « cheikha », une chanteuse populaire prénommée Hadda. Belle ? Certains l’affirment ; d’autres prétendent que son visage était marqué par la petite vérole ou encore  qu’il portait des tâches de rousseur !

·    Son talent  de chanteuse et poétesse est reconnu ainsi que  l’engagement des textes de son répertoire. Kharboucha s’en prenait  aux  tyrans qui écumaient la région, en interprétant des « aitas » dans la pure tradition « marsaoui ».

·    La cheikha aurait été convoitée par le Caïd   Aïsa Tamri qui sévissait impunément sur ses administrés. Il l’aurait enlevée  et  séquestrée. Elle lui aurait résisté,  jusqu’à sa mort prématurée.

C’est de cette aventure qu’est né le mythe de Kharboucha.

Dans un prochain billet, je tenterai de récapituler  les conséquences du mythe de Karboucha sur le patrimoine culturel national.

A suivre ……

hmida on January 30th, 2010

Que dire d’un livre de Amine Maalouf, édité il y a cinq ans déjà, qui ne soit déjà dit et redit !

Je viens de découvrir ORIGINES, dans l’édition “Livres de poche” et je l’ai lu comme j’ai lu tous les autres ouvrages de Amine MAALOUF, d’une traite !
origines

Encore une fois, je me suis laissé emporté par  l’ampleur du récit, par la perfection du style, par la psychologie des personnages, par la précision des sources !

Mais « ORIGINES » n’est pas une fiction : l’ouvrage retrace la saga véritable et authentique des MAALOUF, dans le XXème siècle en construction, en marge de l’ empire ottoman déclinant et à travers le monde.

Amine MAALOUF, l’historien, le documentaliste et le romancier, met son art au service de ce récit.

Dans l’introduction, l’auteur apporte une précision essentielle pour justifier le titre de son ouvrage:

« …..Je n’aime pas le mot « racines »….Elles retiennent l’arbre captif …..au prix d’un chantage : « tu te libères, tu meurs ! ».

« ORIGINES » est à la fois le livre de l’exil et du retour, axé sur une famille. Du Liban à Cuba, de l’Australie à la France, des Etats-Unis au Liban, Amine MAALOUF nous guide sur les traces des MAALOUF.

La lecture de « ORIGINES », outre qu’elle apporte un éclairage sur l’auteur et sa personnalité multiple et complexe, nous aide à comprendre le Liban actuel, ses difficultés, ses contradictions et ses espoirs !

Le livre commence avec la mort du père de Amine MAALOUF et se termine avec cette mort, sans que l’on apprenne grand-chose sur ce père ! Les véritables héros sont  BOTROS, le grand-père de l’auteur et GEBRAYEL, son oncle paternel.

Espérons – Amine Maalouf l’a laissé entendre  – qu’une suite à ORIGINES consacrée au géniteur de l’auteur  sera bientôt publiée.

Pour mieux appréhender la portée réelle de « ORIGINES », il est intéressant de lire cet interview de Amine MAALOUF.