Le discours du P.J.D, même bâclé, donne froid dans le dos.
L’émission « Polémiques » programmée le mercredi 3 mai 2006 par la seconde chaîne de télé nationale 2M abordait une question assez pertinente : « Faut-il avoir peur du PJD ? ».
Pour tenter d’y répondre une brochette d’invités très intéressante, surtout que le PJD était représenté par le député Daoudi, professeur universitaire, économiste reconnu, homme de conviction mais de dialogue, assisté pourrait-on dire de Lahjaouji, de Forces Citoyennes, signataire un pacte avec le PJD.
Face à eux, Mohamed El Ghaas, le sémillant dirigeant socialiste, Reda Benshemsi, de « Tel Quel » et Hamid Berrada, le doyen des grands journalistes marocains.
Au centre, un sociologue Layadi.
Au téléphone, de Paris, le profeseur Akroum. Dommage qu’on ait très peu entendu cet émiment penseur musulman.
Et comme médiatrice, Fadwa El Hassani, qui pendant toute l’émission a tenté avec une maîtrise certaine de ramener la polémique à ce qu’elle devrait être, c’est-à-dire un débat d’idées.
Un regret pourtant : l’absence des représentants des autres grands partis . D’aucuns ont semble-t-il repoussé l’invitation, d’autres n’ont pas été conviés…Mais il fallait bien faire un choix….
Mais en fin de compte, tous les ingrédients étaient cependant réunis pour permettre de répondre à la fameuse question : « Faut-il avoir peur du PJD ? ».
D’abord, pourquoi cette question ? Pourquoi « peur » ? Pourquoi le PJD ferait-il peur ?
Tout simplement, parce qu’un sondage, au départ confidentiel, concocté par un obscur institut américain, l’I.R.I. et réalisé par une officine marocaine donnait, pour les élections 2007, le PJD gagnant avec 47 % des voix ! Les autres partis ont été crédités de quelques miettes, la mouvance populaire dans son ensemble étant « zappée ».
Notons au passage que Hamid Berrada s’est donné la peine de vérifier les chiffres ce sondage, la manière dont ils ont été « montés » et le peu de sérieux qui a présidé à leur présentation ! Pour Hamid Berrada, discuter sur ces chiffres n’avait en fait aucun inérêt.
Ce sondage a atterri, par on se sait par quel miracle, chez l’hebdomadaire « Le Journal » connu pour ses envolées désapprobatrices dès lors qu’il s’agit de jeter de l’huile sur le feu de la vie politique nationale ! L’équipe de Abou Bakr Jaïmi y a trouvé pour sa part du pain béni pour alimenter sa fronde anti-tout !
Je ne vais pas reprendre ici les arguments des uns et des autres dans leurs réponses à l’interrogation existentielle de la peur du P.J.D.
J’étais interpellé surtout par la réponse que devait apporter Monsieur Daoudi à nos appréhensions.
Et à la fin de l’émission, je crois bien que, désormais, je vais encore voir ma peur du PJD s’accentuer dans des proportions dramatiques.
En effet, Monsieur Daoudi n’a donné AUCUNE mais AUCUNE réponse aux questions précises que ses contradicteurs lui posaient.
Passant de l’esquive à l’invective, du mensonge à la platitude, des langage de la rue à la langue de bois, de la vocifération aux effets de manche, Monsieur Daouidi a été tout, sauf convaincant, tout sauf responsable.
Il a nié l’évidence de la collusion du PJD avec le journal « Attajdid » pourfendeur de toute création artistique et maître à « penser » des xénophobes et racistes obscurantistes – et ce au nom de la démocratie.
Il n’a pas exclu une possible action lors de la sortie du film « Marock », qui serait menée par une « ONG » – il voulait parler d’une association satellite du PJD – toujours au nom de la démocratie.
Il a maladroitement esquivé la réponse à une interpellation au sujet du décalage entre le langage « officiel » des responsables du PJD lors des réunions publiques et celui « officieux » murmuré en coulisse par les mêmes responsables dans les oreilles attentives des militants qui agissent sur le terrain.
Il s’est attardé bien lourdement sur les techniques du sondage en général, comme si ses contradicteurs étaient des militants de quartier avec lesquels il est habitué à utiliser un langage simpliste.
Il a rappelé de façon très « intelligente » que son allié du moment, Monsieur Lahjouji, n’était pas « un bébé ».
Il a joyeusement mélangé Staline, Ben Laden, Mussolini et je ne sais plus quel autre fou……pour ne pas avoir à reconnaître la connivence – au moins idéologique – de son parti avec les extrémistes qui ont tenté de déstabiliser le pays.
Si au moins Monsieur Daouidi avait défendu son parti de manière brillante, on aurait pu lui laisser le bénéfice du doute. Mais son intervention a été en tous points « lamentable » (je mets le mot entre guillemets parce l’appréciation est d’un être qui m’est très cher et au jugement duquel je me fie presque aveuglément). Un journaliste a utilisé le vocable « affligeant » qui correspond très bien à ce que Monsieur Daouidi nous a donné à voir et à entendre.
En ce qui me concerne, je serais plus nuancé, parce que je crains le machiavélisme des dirigeants PJD.
Ils ont envoyé leur représentant à l’abattoir, pour le présenter comme un martyr, comme le dernier défenseur de l’ordre qu’ils prétendent instaurer.
Ils l’ont sciemment obligé à se faire massacrer en direct à la télévision pour fédérer leur base contre les « infidèles » représentés par une certaine presse francophone.
Monsieur Daoudi a accepté de venir se faire mettre en charpies dans un débat mené en français, parce qu’il savait que l’impact de ce genre d’émission sur son socle électoral est nul. Son électorat est plus réceptif au discours « officieux » de ses leaders.
Je dirais même que la manœuvre du P.J.D. s’inscrit parfaitement dans sa vaste et profonde campagne de conquête du pouvoir.
C’est pour cela que je crois que nous devons vraiment avoir peur du P.J.D.
Mais les autres partis politiques font-ils ce qu’il faut pour nous aider à combattre cette peur ?
Nous offrent-t-ils une alternative à cette peur ?
Nous permettent-ils d’espérer échapper à cette vague ?
Un réveil démocratique de notre société est-il encore envisageable pour ne pas sombrer dans ce que nos amis algériens ont connu en dédaignant de se rendre aux urnes, en abandonnant le champ politique aux extrémistes?
Les marocains et les marocaines, épris de démocratie, de liberté et de tolérance ont encore quelques mois pour répondre à ces questions.
Ensuite advienne que pourra !
