Yasmina Khadra est le genre d’auteur qui évolue et s’améliore au fur et à mesure qu’il écrit. Je n’avais pas beaucoup apprécié ses premiers romans dont le commissaire Llob était le héros. Le style et les héros ressemblaient un ersatz de San Antonio, à la sauce algérienne. Depuis le romancier s’est affermi, il a pris de recul par rapport à sa propre réalité et il nous a gratifié de quelques ouvrages très forts, marqués par la douleur de la guerre civile algérienne : « Les agneaux du Seigneur » en 1998 – Julliard (Pocket 1999) et « A quoi rêvent les loups » en 1999 – Julliard (Pocket 2000). Yasmina Khadra s’est ensuite attelé, avec un talent sûr et une maîtrise parfaite du récit, au choc frontal entre l’occident et l’orient et ses conséquences sur les hommes et les femmes qui le subissent, en passant de l’Afghanistan, avec « Les hirondelles de Kaboul » (2002 chez Juliard), au moyen orient avec « L’attentat » (2005 toujours chez Julliard). « LES SIRENES DE BAGDAD » viennent clore la trilogie que Yasmina Khadra a consacré à ce douloureux problème. Récit de la dérive vers le terrorisme d’un bédouin irakien, qui ne voyait l’occupation de son pays par les américains qu’à travers les récits des autres puis de la télévision et enfin par l’expérience des autres. Jusqu’au jour où il a ressenti cette occupation dans sa propre chair, dans son propre honneur, dans sa propre déchéance. Récit parfois bouleversant de vérité, parfois d’un insupportable réalisme qui peut tout expliquer du comportement d’un homme blessé au plus profond de son être. « LES SIRENES DE BAGDAD », malgré des longueurs parfois inutiles restent un témoignage de la douleur d’un peuple, de la folie des hommes, de la dérive de la raison. Yasmina Khadra nous donne là un exemple de ce que peut la littérature quand elle est mise au service non pas d’une cause, mais de l’homme, des hommes.