MAL NOMMER LES CHOSES ……OU NE PAS LES NOMMER DU TOUT (2/2)

……SUITE et FIN

Ne pas évoquer un événement n’implique pas sa disparition, comme par enchantement ! >On ne peut nier un fait, en détournant le regard, en se bouchant les oreilles et en n’en parlant pas

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La réalité et la vérité sont têtues et elles finissent par s’imposent, aux puissants comme aus faibles, aux grands comme aux petits, aux gouvernants comme aux gouvernés!

Ne pas nommer une chose n’a rien d’intelligent ni d’efficace : la situation à Al Hoceima depuis octobre 2016 n’est pas normale, c’est le moins que l’on puisse dire et ne pas en parler officiellement ne change rien à l’affaire!

Or, c’est cette solution stupide et même répréhensible que le gouvernement, avec tous les organes et institutions qui gravitent autour, a choisi : ne pas nommer les manifestations d’Al Hoceima par le MOT qui leur convient ! C’est-à-dire “MANIFESTATIONS”! D’autant que les manifestations sont une forme d’expression populaire reconnue par la loi!

Mais reprenons l’affaire depuis le début !

1/ LES MEDIAS OFFICIELS : La mort tragique de Mouhcine FIKRI a été occultée, cachée, poussée du bout du pied dans le rayon des non-événements par les médias officiels jusqu’à la visite du ministre de l’intérieur à Al Hoceima.

L’impact de cette mort sur la population a été totalement “zappée” par les télévisions de l’état (AL OULA et 2M) et par la seule chaîne privée Midi1TV : tout le paquet a été mis sur la visite du ministre, ses rencontres et ses déclarations!

Les médias officiels et la presse en général, n’ont pas vu une ville et ses environs en ébullition, peut-être parce que cette ébullition était pacifique et ordonnée.

Mais n’accablons pas notre presse en général et nos médias publics en particulier : nous la connaissons et ils ne vont pas, en cette occasion précisément, se sentir pousser les ailes de la prise de l’initiative ou celles de l’objectivité et surtout celles de la compétence.

La MAP n’a rien dit parce que le gouvernement dont elle est le porte-parole n’a rien dit.

2/ LE CHEF DU GOUVERNEMENT : Le chef de gouvernement de l’époque, le sieur Abdelillah BENKIRANE, n’a pas jugé nécessaire de nommer ce qui se passait à Al Hoceima. Il a dû considérer que les événements se déroulant dans des localités échappant à son parti : rappelons que 36 des 39 communes de la province d’Al Hoceima sont gérées par des conseils non-PJD contrairement au reste de la région de Tanger-Tétaoun-Al Hoceima. Par ailleurs, la présidence de la région lui échappait également!

Donc, et comme à son habitude, M. Benkirane, secrétaire général du PJD et accessoirement chef du gouvernement, n’a accordé aucune importance aux éventements du Rif. Nous nous rappelons qu’à la fin de sa mandature, il avait présenté le bilan des ministères relevant de son parti, passant sous silence le bilan – bien mince par ailleurs – de ses alliés de la coalition. Donc pour lui, la région de Tanger-Téaouan-Al Hoceima et surtout la province d’Al Hoceima ne devait bénéficier d’aucun intérêt de sa part.

Il s’est donc contenté de ne pas nommer ce qui survenait dans cette partie du royaume, ni par des mots dénigrants ou réprobateurs! Non, il était occupé à autre chose et a négligé le problème.

3/ LES MINISTRES : que devaient-ils et que pouvaient-ils faire come ministres chargés des affaires courantes. ILs avaient surtout envie de ne voir, ne rien entendre et ne rien dire et par voie de conséquence ne rien faire qui puisse nuire à leur reconduction comme ministre. A par le ministre de l’intérieur, qui est intervenu “sur instructions royales”, les ministres ont été aux abonnés absents jusqu’à ce la situation n’enlise et n’enveniment. Ils arrivèrent en groupe, leurs attachés-cases pleins de projets qui étaient oubliés dans les tiroirs depuis 2015! Trop tard, Mokhtar, comme dirait l’autre!

4/ LE PARLEMENT : comme d’habitude, notre parlement n’a réagi qu’après-coup! Complètement bloqués par l’incapacité de Benkirane à former un gouvernement, nos parlementaires ont failli à leur rôle en choisissant le silence, donc le déni de la situation : les élus de tous bords n’ont parlé que ces dernières jours pour tirer à boulets rouges sur le gouvernement! Mais où étiez-vous donc, messieurs et mesdames les représentants de la nation, quand un agitateur dénonçait ce même gouvernement et le faisant seul en héros, il a fini par semer le chaos dans sa ville et la zizanie dans le pays!

5/ LES PARTIS POLITIQUES LES SYNDICATS : normalement, ce sont les courroies de transmission démocratiques entre la population et les pouvoirs publics. Or, guidés par des con sidérations que j’ignore, aucun parti politque ni aucun syndicat ne s’est exprimé de façon claire et nette sur les événements qui nous intéressent. N’avaient-ils plus prise sur la population? Leur organisation locale n’encadre-t-elle pas suffisamment la base? Les dirigeants nationaux des partis et des syndicats ont-ils estimé que les événements d’Al Hoceime ne pouvaient pas les servir ou pire ont-ils jugé qu’ils pouvaient au contraire les conforter dans leurs positions respectives et œuvrer à la réalisation des ambitions personnelles des uns et des autres.

Dans cette affaire, les institutions en charge d’après la constitution de “l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques” ont lamentablement dans leur rôle : leur silence trop lent est aussi incompréhensible que leurs soudaines imprécations sous la coupole du parlement!

Quant aux syndicats, ils furent inexistants…Autant que les chambres ou organisations professionnelles …

Personne n’a parlé…Personne n’a mis un mot sur ce qui se passait sous ses yeux!

6/ LA JUSTICE Durant toute la période de contestation “pacifique”, les meneurs du Haraq ont maintes fois défié la justice par leur propos….mais liberté d’expression oblige, en 2017, au Maroc, la justice n’a pas son mot à dire quand il s’agit de MOTS…

Mais la justice aurait pu plus entreprenante dans la recherche de la vérité dans l’affaire Fikir : elle n’a vu et entendu qu’une partie de la vérité et elle a dit son mot sans nommer les vraies raisons du drame!

7/ LA SOCIETE CIVILE : Al Hoceima, comme la plupart des petites villes du pays, compte des dizaines, peut-être des centaines d’associations allant des associations de parents d’élèves à des antennes d’ONG ayant pignon sur rue à l’échelle nationale et même internationale.

Qu’a fait cette société civile si prolifique et parfois si entreprenante quand il s’agit de rechercher des fonds pour tels ou tels projets souvent fumeux sinon imaginaires?

Dans ce secteur aussi, à part les sempiternelles interventions des droits-de-lhommistes autoproclamés, le silence a été la règle! Par prudence, par ignorance ou par négligence?

8/ INSTRUMENTALISATION DES MOTS : Ainsi, le silence assourdissant des principaux acteurs et protagonistes ayant légitimement voix au chapitre a-t-il laissé la voie libre à d’autres intervenants qui se sont appropriés les MOTS pour qualifier à leur manière la situation dans la région du Rif !

Les facilités de la communication électronique ont permis en quelques semaines de transformer des revendications sociales et économiques tout à fait légitimes en une espèce de révolte, soutenue par des sources plus que douteuses et provocant ainsi un choc non pas de civilisation, mais un choc de communication dont les stigmates risquent de durer longtemps après la cicatrisation des blessures des uns et des autres!

9/ ET MAINTENANT ? Maintenant que le mal a pris, que le presque irréparable a été commis, que la violence semble être devenue la règle là où les uns se disaient “pacifiques” et les autres “garants de l’ordre public”, maintenant que la parole et même les paroles, comme par hasard, se sont libérées, tout le monde, dans une unanimité douteuse comme le sont toutes les unanimités, réclame non plus la réalisation des revendications légitimes des populations d’Al Hoceima mais la libération de ce qu’on appelle à tort – OUI A TORT – les prisonniers politiques!

Je veux terminer ce billet par des paroles de Léo Férré qui dit dans sa chanson “est-ce ainsi que les hommes vivent” :*

“Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien”.

En effet, nous autres citoyen/nes, nous tenons mal notre rôle dans cette grave crise : c’est que nous n’y comprenons rien! Mais cela ne nous empêche pas d’essayer d’y voir clair!