AL MOUNFARIJA ( المنفرجة ) : poème de l’espoir et de l’espérance

J’avais promis dans un de mes derniers billets de revenir sur le poème AL MOUNFARIJA ( المنفرجة ).

Le citoyen lamda que je suis ne connaissait que la version popularisée par notre grand chanteur national Abdelhadi BELKHAYAT et comme nombre de marocain/es novices en matière de chants religieux, je pensais que la composition musicale qui portait ces paroles était de ce grand artiste qui nous a donné tant de morceaux plus beaux les uns que les autres.

Or, la lecture du dernier roman de Mahi BENBINE (le fou du roi), où il parle de son père qui était bouffon du défunt roi Hassan II, m’a poussé à en savoir plus sur AL MOUNFARIJA. Et j’ai appris quelques détails que je partage avec vous.

Le texte du poème – de la qacida – est de l’imam Abu Al Fadhl Yûsûf Ben Mohamed Ben Yûsuf Al Tozirî Al Tilimsânî (né à Tozeur en Tunisie en 433 de l’Hégire – 1041 et décédé à Bejaïa, en Algérie en 513 de l’hégire – en 1119) et il avait le ” pouvoir » d’apaiser les malheurs comme celui d’exaucer les vœux de celui qui la réciterait “.

Mais selon la version romancée du père de Mahi BINBINE – poète lui-même et surtout grand connaisseur de la littérature orale arabe – le texte de ce poème aurait été écrit par un joaillier, un peu poète, à qui un sultan aurait ordonné de tailler pour le lendemain matin une émeraude d’une rare finesse en vue de l’offrir à son épouse qui allait accoucher. Le joaillier, par une malencontreuse maladresse, aurait brisé l’émeraude en deux morceaux pratiquement égaux.

Craignant les foudres colériques du sultan, le joaillier-poète a passé la nuit à composer ce poème et avant le lever su soleil, un émissaire vient lui annoncer que l’épouse du sultan avait accouché de DEUX JUMEAUX et qu’il devait donc présenter à son souverain DEUX JOYAUX…Il a pu ainsi tailler les deux pierres identiques et réaliser deux bijoux identiques.

Ce poème l’avait sauvé …

Depuis, ce texte est récité dans les mosquées et les soirées religieuses pour rendre grâce à Allah de nous donner espoir et de nous permettre l’espérance! La récitation est facilitée par le rhyme assez particulier de la métrique choisie par Abu Al Fadl.

Dans la tradition marocaine, nous continuons encore, à certaines occasions, à réciter AL MOUNFARIJA sans aucune référence musicale, en respectant juste le rythme du texte.

Quant à la composition musicale, elle serait due à un maître libyen du “maalouf” (genre de musique arabo-andalouse très apprécié dans l’est algérien, en Tunisie et en Libye) Hassan LARIBI qui a présenté son oeuvre musicale au public d’Alger lors du festival international des musiques anciennes organisé en 2006.

Il semblerait que feu le roi Hassan II, quand il a découvert la version chantée de cette qacida, aurait demandé à Abdelhadi BENKHYAT d’en réaliser une orchestration moderne, ce que donna la version que nous connaissons tous.

PS : Pour avoir le texte original de ce poème, sa traduction en français et son explication et pour d’autres renseignements qui ont nourri ce billet, voir ce lien