Voyage à Alger du temps où les livres y avaient une place …

Découvrir un auteur que je ne connais pas m’est toujours un doux plaisir, plus encore quand cet auteur manie la langue avec subtilité, qu’il a de l’imagination et qu’il sait nous émouvoir!

Ce fut le cas avec l’écrivaine algérienne Kaouther ADIMI et son roman “NOS RICHESSES” paru durant l’été 2017 chez les Editions du Seuil.

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Que pouvait bien se cacher derrière ce titre court, mais prometteur déjà avec ce “NOS” qui invite d’emblée le lecteur au partage des richesses promises par l’auteur.

Nos richesses” est un roman sur les livres et sur ceux qui les font, les auteurs, les éditeurs, les imprimeurs, les libraires et bien sûr les lecteurs.

Il raconte l’histoire vraie et authentique grâce à une technique narrative originale mais très agréable – que je vous laisse le plaisir de découvrir – , de Edmond CHARLOT dont la vocation est de “d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion”.

Ce personnage assez rêveur a pourtant été l’éditeur de Albert CAMUS, encore inconnu, Jules ROY, Max-Pol FOUCHET, Emmanuel ROBLES, André GIDE à ses débuts et il a lancé L’ARCHE, une revue littéraire qui a marqué l’époque.

Le récit de la vie de Edmond CHABOT est l’occasion pour Kaouthat DIMI de rappeler en quelques pages bouleversantes les terribles événements de Sétif en mai 1945, les mois sanglants où l’O.A.S faisait régner la terreur à Alger et le tristement célèbre 17 octobre 1961 quand le préfet Papon a ordonné le massacre des algériens de Paris.

Mais le roman n’est pas que cela !

C’est aussi l’histoire de Ryad, jeune algérien de France, qui revient à Alger d’après la décennie de guerre civile, qui découvre un ^pays où vit “un peuple docile”, où la culture n’a plus sa place, et encore moins les livres!

C’est aussi l’histoire de Abdellah, vieux témoin de la lente et irrémédiable déliquescence d’un pays..

“NOS RICHESSES” raconte plus que la vie riche et presque aventureuse d’un éditeur! Le roman est le roman d’un lieu : la librairie algéroise installée dans un local minuscule dans le quartier des facultés “LES VRAIES RICHESSES“, entre une pizzeria et une épicerie.

Étrange roman, bien écrit, fourmillant d’informations sur une période révolue de l’Algérie française des années 1930 à 1960, sur le monde de l’édition, ses difficultés et ses moments de bonheur.

A lire absolument.

2017 ….je ferme les yeux et je me souviens.

Encore une année qui s’achève et qui va nous laisser des stigmates qui devraient être inoubliables, mais que le temps effacera forcément et que d’autres stigmates viendront recouvrir et faire disparaître!

Dans le monde, une litanie d’attentats qui endeuillé pratiquement tous les pays.

D’Istanbul à Gao, de Bagdad à Kaboul, de Damas au Sinaï, de Mogadiscio à Azaz (et je dois en oublier malheureusement), des dizaines de victimes tombent innocentes tombent sous les balles,, les explosions de voitures pièges et autres engins meurtriers. Dans l’indifférence la plus totale.

Ailleurs, quelques victimes, par ci par là, font pourtant les unes des médias occidentaux, ces medias qui comptent : un policier sur les Champs Elysées, 7 morts à Londres, 16 morts à Barcelone, 8 morts à New Yord, ces trois derniers attentats ayant été exécutés selon le même opératoire : un véhicule qqui fonce dans la foule. Gros émois dans les monde occidental, bien entendu!

Cette année a été également marqué, notamment en France, par la disparition des grands noms de la culture et du spectacle comme Emmanuelle RIVA (rappelons-nous HIROCHIMA MON AMOUR), Claude RICH, Jeanne MOREAU, Mireille Darc, Simone VEIL, et tout récemment Jean d’ORMESSON et Johnny HALLYDAY.

Au Maroc, nous avons perdu de grandes figures de notre culture : à coté des très médiatiques Abdellah CHAKROUN, écrivain-journaliste, et Mohamed Hassan AL JOUNDI,l’acteur à la voix si particulière, on déplore la disprition de figures moins connues : l’artiste peintre et écrivaine Zahra ZIRAOUI et l’acteur Larbi EL SASSI.

Le monde politique national en pleine déconfiture à perdu l’une de ses icônes emblématiques avec la disparition de Si M’hammed BOUCETTA, l’un des derniers dinosaures de parti de l’Istiqlal.

A travers le monde, nous avons assisté à l’arrivée tonitruante à la tête des USA de Donald TRUMP et de ses décrets, plus décriés les uns que les autres (immigration, climat,Jérusalem, etc..) et au départ discret mais attendu ear ses pairs et espéré par ses compatriotes du prédisent du Zimbabwe Robert MUGABE, avec l’apparition d’un OVNI comme président de la République française avec Emmanuel MACRON que personne ne connaissait il y a quelques années.

Entre tremblements de terre< , ouragans et inondations, qui ont ravagé le monde, nous nous souviendrons des frémissements sociaux qui ont marqué quelques pays..

Le Mroc a connu le “Hirak” mouvement soco-politique qui a secoué le Rif durant tout le premier semestre de l’année et l’Espagne a traversé une crise qui n’est pas prête d’oublier : le “Process” qui aurait pu mener ce pays à l’éclatement avec la sécession avortée de la Catalogne!

L’Europe d’une part et l’Angleterre d’autre part continuent d’être ébranlées par le “Brexit” et par les modalités de sa mise en oeuvre.

Le Maroc a finalement – après six mois de blocage politique dont personne n’a voulu assumer la responsabilité – pu se doter d’un gouvernement, bancal certes et rendu encore plus bancal par le coup de balai royal suite au rapport de la Cour des Comptes.

Et enfin, un événement – qui aurait dû être un non-événement en fait – s’est produit le weend-dernier : Abdelillah BENKIRANE n’est plus patron du P.J.D. et ses alliés mis au ban des instances du parti!

Pourtant, quelques moments de joie dans cette grisaille sont venus nous redonner esopoir !

La qualification de l’Equipe Nationale de foot-ball à la Coupe du Monde Russia2011 a donné lieu à des scènes de liesse populaire à travers tous le pays, comme seuls les marocains savent les vivre! Tout comme la victoire du WAC en finale de la Ligue des Champions d’Afrique. mais malheureusement le club casablancais est vite redescendu sur terre après sa petite prestation au récent “Mudialito” de Abou Dabi où il a montré ses vraies limites tactiques, techniques et physiques! Espérons que les Lions de l’Atlas s’en sortiront mieux que les prétendus Winners!

Mais avec cela, je n’oublierai ni l’élu et ses 147 milliards de Had Soualem ni le fiqh des quartiers chics de Casablanca et les 15 malheureuses victimes venues chercher un panier de denrées de première nécessité au prix de leur vie

Pendant ce temps, à travers le monde, des peuples continuent à vivre dans la guerre ou dans l’exil qu’ils n’ont pas cherché : le Yémen par exemple dont presque personne ne parle, les Rohingihas de Birmanie qu’on a vite fait d’oublier, certaines zones de l’Afrique que les groupes terroristes se disputent et qu’ils disputent aux autorités centrales!

Encore quelques jours avant de voir 2017 disparaître des radars de nos préoccupations !

VIVEMENT 2018 !

AL HOCEIMA a eu aussi un film éponyme …

Il n’y a pas que Casablanca à avoir donné son nom à un film, juste son nom, sans ajout, sans fioriture, sans enjolivement.

Le monde entier connait le film “CASABLANCA” de Michael CURTIZ avec Humphrey BOGARD et Ingrid BERGMAN. On se souvient de la réplique culte lancée au pianiste noir par Humpreey Bogard : “Play it, Sam”. On se rappelle du Rick’s qui existe encore et fait partie des hauts lieux à visiter de Casablanca.

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Aucune autre ville ne semble avoir lié son nom et seul son nom à un film aussi fortement et aussi intimement que Casablanca…Ni Paris (Un américain à Paris), ni Rome (Rome …ville ouverte), ni New York (New-York-Miami), ni Tobrouk (Un taxi pour Toubrouk), ni Boston (L’étrangleur de Boston), ni Dublin (Les gens de Dublin)! chaque fois le nom de la ville était accolé à un autre mot …

Aucune? Rien n’est moins sûr !

AL HOCEIMA, la capitale du Rif, le centre névralgique de l’histoire récente du Rif, le noyau dur des revendications sociales, économiques et même politiques de ces derniers mois, a donné elle aussi son nom à un film…

Juste son nom, sans ajout, sans fioriture, sans enjolivement. Exactement comme Casablanca et le “CASABLANCA” de Michael CURTIZ.

En 1948, le metteur en scène espagnol Jose LOPEZ RUBIO avait réalisé “ALHUCEMAS” avec des acteurs peut-être moins connus que les interprètes de “CASABLANCA” mais qui étaient de grosses vedettes de l’Espagne franquiste de l’époque, notamment la star Sara MONTIEL, à la carrière impressionnante.

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Bien sûr “ALHUCEMAS” n’a pas eu le succès phénoménale de “CASABLANCA” : le cinéma espagnol de l’époque n’avait rien à voir avec le rouleau compresseur cinématographique de Hollywood!

Le sujet du sujet de “ALHUCEIMAS” tournait autour d’un concept hispano-espagnol : l’histoire d’un capitaine d’infanterie de l’armée franquiste, novice et un peu maladroit, qui parvient à devenir en un officier répondant au modèle martial de l’époque.

Film de propagande, bien sûr, de propagande franquiste, tourné dans le décors naturels des environs de Al Hoceima, “ALHOCEMAS” n’a bien sûr accordé aucun regard aux rifains, tout comme CASABLANCA n’avait prêté le moindre intérêt aux marocains de la ville de Casablanca!

Cinéma des vainqueurs, bien sûr …

C’est à nous de réaliser des films sur nos villes, pour les glorifier ou du moins les immortaliser …Nous n’avons eu droit qu’à “CASANEGRA“!

Comme nous serions fiers de voir un film simplement intitulé “TANJA”, ou “ESSAOUIRA”, ou “MARRAKECH” réalisé par un(e) marocain(e) rien que pour les marocains et les marocain(e)s, et pour le reste du monde éventuellement!

P.S. : j’ai découvert l’affiche du film “ALHOCEMAS” en feuilletant “مقتطفات من حديث مستمر عن الحسيمة“, traduction en langue arabe par Abdellah JERMOUNI de l’ ouvrage de Juan ROMAN, artiste et écrivain espagnol né à Al Hoceima : “Fragmentos de una conversacion continua sobre Al Hoceima“, dont je parlerai quand j’en aurais fini la lecture.

P.S. 1 (le 13 décembre 2017) : après la lecture du livre en question, il ne m’a pas paru nécessaire de vous faire part de mon sentiment, car ces “fragmlents” ne présentent aucun intérêt particulier, sauf quelques anecdotes croustillantes et quelques photos sur l’histoire de la ville de Al Hoceima durant la présence espagnole.

Une jeune institutrice raconte son enfer, ses espoirs, sa vie quoi …

Un titre fort sympathique “LES ATTACHANTS” …Une écrivaine que je ne connais pas : Rachel COREMBLIT…Un éditeur plutôt discret “Les Editions du Rouergue” Mais un sujet qui me passionne : l’enseignement, la vie des enseignants, leurs problèmes! Et c’est normal : je partage la vie d’une enseignante depuis plus de quatre décennies.

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J’ai donc tout de suite été intéressé par cette nouveauté de la rentrée littéraire 2017, dont je doute fort qu’elle intéresse les jurys des grands prix! Mais peu importe : le roman est une petite merveille.

Dans ce livre, Rachel Coremblit – enseignante dans le primaire puis formatrice – fait appel à sa mémoire pour nous raconter le quotidien d’une jeune institutrice dans un quartier périphérique de Toulouse, ville où les difficultés de la vie normle se conjuguent à celles nées de la diversité et de la crise.

Le témoignage de l’auteur est authentique et parfaitement rendu : elle ne peut pas avoir inventé tous les petits élèves

Le petit Rémy, le transparent Michel, les gros bagarreurs comme Allan ou Abdel, la coquette Karima, le malfrat en puissance Emir, Yaël le gamin de dix ans qui s’oublie et se salit encore en pleine classe, tous ces gosses et les autres ont dû exister dans la vie réelle de Rachel et Emma l’héroïne du livre les évoque avec amour, tendresse, nostalgie et pourquoi pas une certaine appréhension parfois :

“Emma les a regardés, ses élèves, ses enfants, sa troupe, ses mômes, ses monstres, ses pourritures,ses petits loups, ses horreurs, ses gamins, ses grands morveux, ses mignons. ses attachants, ses chiants. Ses attachiants. Sa classe”.

Quelques moments forts de ce livre sont à retenir. Ainsi, le calvaire de la nouvelle institutrice obligée d’assurer son horaire au gré des remplacements qu’elle effectue relève du cauchemar:

Le lundi, la première école se trouvait sur les coteaux ; petites sections ; des minus qui se mouchaient sur ses jambes du mois de septembre – premiers rhumes – au mois de juin – allergies… le mardi, grand écart. Une classe unique dans un petit village que même le GPS ne semblait pas connaître. Le jeudi, c’était juste l’horreur, un CP dans la banlieue nord

Mais parfois la tendresse l’emporte, souvent le doute, la colère en quelques occasions. Bref la vie d’une institutrice dans toute sa vérité!

Un témoignage authentique poignant de crudité et de sincérité, sans complaisance mais sans surenchère, d’une justesse à vous glacer le sang parfois.

En fait, un hommage aux enseignants qui ont choisi ce métier.

Le livre que Leila SLIMANI aurait dû s’abstenir de publier!

On ne peut pas prétendre que je ne reconnais pas le grand talent d’écrivain de Leila SLIMANI !

Je l’ai dit à propos de son premier roman, “DANS LE JARDIN DE L’OGRE” qui ne m’avait pas intéressé en tant que lecteur lambda mais qui laissait prévoir un bel avenir littéraire pour l’auteur.

Son second ouvrage, “DOUCE CHANSON“, m’avait impressionné ! La preuve en est que j’avais conclu mon billet par une vraie déclaration d’admiration : “Vous êtes une belle plume (un beau clavier), en tous cas une grande romancière”!

Mais quand j’ai lu son dernier opus “SEXE ET MENSONGES – La vie sexuelle au Maroc” paru il y a quelques mois chez ARENES EDITIONS, puis en édition pour le Maroc et l’Algérie, chez LEFENNEC, je me suis dit deux choses.

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La première est j’a bien fait d’attendre l’édition marocaine à 25 dirhams plutôt que l’édition française à 230 dirhams car c’est le juste prix, à mon sens, pour ce livre. Et en prime les éditions Le Fennec ont réussi une couverture génialement artistique.

La seconde est que Leila SLIMANI aurait été plus inspirée de laisser à Tahar BENJELLOUN le soin de faire de l’argent sur les malheurs psychosociologiques de ses compatriotes : il en a plus l’habitude et elle a beaucoup trop de talent pour le gaspiller dans ce genre d’écriture.

Leila SLIMANI a voulu donner la voix aux prétendues sans-voix marocaines : elle a réussi surtout à ouvrir la voie aux poncifs les plus éculés que les critiques français attendent chaque fois qu’il est question de sexuelle dans un pays arabe, musulman et notamment au Maroc.

Leila SLIMANI n’est pas une quelconque “Madame TAAAZI”, héroine de Gad EL MALEH : il s’agit d’une écrivain pleine d’imagination et de talent, qui connait mille fois mieux le monde parisien que les dédales des sociétés marocaines !

Le titre de son livre est assez surprenant : “SEXE ET MENSONGES” ! Elle ne s’est même pas donné la peine de s’éloigner du titre du film de Steven Soderbergh qui raconte l’histoire d’un homme qui “collectionne les interviews vidéo de femmes qui racontent sans ambages leur vie sexuelle”.

Le sous-titre en est presque grotesque par la charge de prétention qu’il porte : “La vie sexuelle au Maroc”. Même Soumaya NAAMANE-GUESSOUS, éminente sociologue et spécialiste émérite de ce sujet tabou s’il en est – n’a pas osé donner à l’une de ses publications – autrement plus nombreuses, plus sérieuses et plus documentés que le “livricule” de Leila SLIMANI – un sous-titre aussi ronflant.

Je ne parlerai pas du contenu du livre : vous en jugerez par vous-mêmes, mais je crois qu’il peut irriter certains par sa crudité tout comme en ébahir d’autres par son audace. A mes yeux, il ne présente qu’un intérêt tout relatif tant les évidences qui y figurent sont évidentes, tant les clichés sont rabâchés et tant les formules relèvent du lieu commun mille fois répétés, et ce malgré l’apport de certains noms censés donner du crédit intellectuel au reste des témoignages.

Bref Leila SLIMANI, par la publication de cet opus, a gagné certes son pari commercial mais elle a perdu son crédit littéraire gagné haut la main par ses deux précédents romans!

Attendons donc sa prochaine livraison en espérant y retrouver la véritable Leila SLIMANI mais non pas la beurette de service qu’elle n’est absolument pas!