Eric ORSENNA nous fait connaître l’homme Jean de LA FONTAINE

Les personnes de ma génération connaissent bien sûr Jean de LA FONTAINE, le fabuliste français immortalisé par ses petits chefs-d’oeuvre que nous avions appris avec plaisir.

Nous pouvons réciter aujourd’hui encore – presque par cœur – la mésaventure de Maître Cordeau, sur un arbre perché face à Maître Renard Renard, par l’odeur du fromage alléché.

Nous nous souvenons, sans effort que “la raison du fort est toujours la meilleure”, ainsi que nous l’avaient appris “Le loup et l’agneau”.

Et bien sûr, qui de nous a oublié que “rien ne sert de courir, il faut partir à point“, comme le fit la tortue face au rapide et inconscient lièvre.

Quelques uns d’entre nous ont peut-être eu l’occasion, par curiosité ou par obligation, de découvrir un autre aspect de l’oeuvre du poète qui écrivait dans la deuxième préface à Monseigneur le Dauphin du Livre Premier de ses Fables : “Je me sers d’animaux pour instruire les hommes”. Je veux parler de ses contes où la grivoiserie la plus osée côtoie le libertinage le plus dévoyé..

Mais, il faut bien reconnaître que nous ne connaissions pas l’homme, dans son quotidien, avec ses difficultés, ses problèmes, ses amitiés, ses relations!

Erik ORSENNA, de l’Académie Française, nous le fait découvrir dans son petit ouvrage “LA FONTAINE, une école buissonnière” paru chez STOCK/FranceInter en 2017.

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Dans un style brillant et subtil, avec humour et intelligence, l’auteur nous guide à travers la vie débridée, insouciante et parfois volage de Jean de La Fontaine.

Nous imaginons mal La Fontaine ami fidèle au point de sacrifier sa propre sécurité et son propre confort pour défendre Nicolas FOUQUET, l’intendant général honni par Louis XIV et condamné au bannissement à vie. Pourtant La Fontaine ne l’a jamais relié alors que toute la Cour l’avait oublié pour plaire au Roi Soleil.

Nous imaginons mal La Fontaine, travaillant et retravaillant ses textes, tellement, ses fables nous semblent naturelles et comme coulant de sources! Pourtant le fabuliste était un habitué “des ratures, des refontes, des supresssions de paragraphes entiers, des réécritures, des reprises”.

Nous imaginons mal La Fontaine dans le besoin matériel. Et pourtant toute sa vie n’a été qu’un long calvaire qu’Eric Orsenna résume en rappelant la triviale formule utilisée par Jacques Chirac : “les emmerdes, çà vole toujours en escadrilles”! Dettes, mauvaise gestion de son patrimoine et de sa charge de maître des Forêts, qui aurait pu être lucrative, inconscience tout simplement, ont obligé notre homme se faire loger par quelques connaissances, tant son dénuement était évident.

Nous imaginons mal La Fontaine en repenti, s’imposant à la fin de la vie une confession publique pour effacer les traces de ses “contes érotiques”. Pourtant, enfin académicien, il a dû faire amende honorable sous l’influence d’un obscur abbé qui voyait là l’occasion de soigner sa propre réputation.

Ainsi dans ce petit ouvrage – presque savant mais surement sans prétention – les amoureux de Jean de LA FONTAINE se délecteront de lever le voile sur la personnalité et la personne du grand fabuliste.

Une lectaure saine et enrichissante à ne pas rater.