Il y a  longtemps que Citoyenhmida ne s’est pas lâché et qu’il n’a pas laissé vagabondé son imagination. Manque d’inspiration, sûrement! Manque d’imagination, aussi! Surtout appréhension  d’être ennuyeux! Mais bon, encore une fois, Citoyenhmida s’en remet à votre jugement et à votre indulgence.

Voici  donc une petite histoire concoctée durant ces journées de froidure et de pluie.

                                                                    A PARIS, ENFIN!

 

Premier geste dès son arrivée au bureau : allumer son PC. Elle  consultait son courriel avant d’entamer sa journée de travail. Dans sa boite privée, elle trouva un message qui la fit sourire :

 « Salut ! Tu ne me croiras pas ! Mais cette fois, c’est la bonne ! Je suis à Paris depuis une semaine ! Ciao ! » 

Décidément, Samir ne changera jamais ! Il ne savait pas faire dans la demi-mesure ! PARIS ! Son rêve depuis le lycée…Il voulait tellement y aller. Il avait fini par ne plus penser qu’à cela. Il y croyait  et, surtout, il voulait  y faire croire les autres. Les autres ont fini par se lasser de ce rêve sans cesse ressassé. Pas lui.

 

Régulièrement, il annonçait à ses amis qu’il partait  pour Paris. Qu’il avait demandé le visa…Que son dossier était à l’étude….Que ce serait pour la prochaine rentrée…Qu’il avait obtenu une pré-inscription à telle faculté.. .Qu’il s’était débrouillé une recommandation pour telle autre école….Il rêvait.

 

Et au fil du temps, ses amis s’étaient habitués à son petit jeu ; ils s’en étaient amusés au début. Puis ils s’étaient désintéressés, chacun préoccupé par son propre sort.

 

Elle était la seule à continuer  à lui répondre au téléphone. Les premiers temps, il l’appelait pour lui dire juste bonjour, demander de ses nouvelles, lui parler de Paris, toujours et encore.

 

Mais depuis quelques mois, Samir semblait  avoir changé. Sa voix. Le ton, surtout….Il manquait ce petit air chantant qui lui donnait de la gaîté.

 

Les appels de Samir se firent plus courts : après un bonjour rapide, il lui demandait de le rappeler. Elle le rappelait dans les trois minutes qui suivaient, car  elle supposait qu’il n’avait sûrement pas de crédit sur son portable.  

 

Un jour, il demanda de l’argent. Il en avait besoin pour un vague projet qu’il ne se donna pas la peine de lui expliquer. Elle ne chercha  pas d’ailleurs à savoir.

 

Depuis lors,  à chaque appel,  elle savait qu’il allait lui redemander de l’argent.  Elle savait qu’elle lui en donnerait, car jamais elle n’a pensé un seul moment le laisser tomber.

 

Rien ne l’obligeait à continuer cette relation bizarre, mais elle ne pouvait oublier le jour où Samir l’avait défendue quand trois voyous l’avaient attaquée à la sortie du lycée. Il les avait littéralement massacrés ; puis il l’avait accompagnée jusqu’au bus, sans rien dire d’autre que : « Fais attention à toi ! ».

 

                                                          

   

Depuis, ils se voyaient de temps en temps ; ils prenaient un café ensemble ; parlaient de leurs projets d’avenir. Elle parlait de son école de commerce et de la boîte de publicité qu’elle envisageait de lancer ! Lui de Paris, où il irait étudier et surtout entamer  une carrière dans le cinéma.

 

Elle a ouvert sa boite. Il n’est n’a jamais parti à Paris.

 

Samir avait vu ses camarades de lycée s’éloigner, les uns après les autres. Les camarades qui ont continué à lui téléphoner ou à demander de ses nouvelles étaient ceux  qui, bizarrement, n’étaient pas les plus proches de lui, pas ceux qui participaient avec lui aux quatre cents coups, ceux qui chahutaient les professeurs. Ceux-là avaient simplement disparu.

 

Et petit à petit, il s’est retrouvé seul.

 

Pour passer son blues, il avait fumé son premier joint, tout seul dans le jardin de la résidence. Adossé au lampadaire éteint, il a goûté à son premier voyage. Il avait été à Paris, sans avoir à se déplacer.

 

Depuis cette soirée, il partait de plus en plus souvent à Paris.

 

Puis Paris est devenu une obsession ! Il lui fallait plus qu’un joint. Beaucoup plus qu’un joint.

 

Elle se doutait bien qu’il s’enfonçait irrémédiablement : Samir changeait à vue d’œil ! Tout en restant poli et prévenant, il avait un regard parfois agressif, d’autres complètement hagard. Il parlait parfois, vite, en cafouillant. D’autres fois, il semblait très calme, presque trop calme.

 

Elle a compris qu’il avait basculé dans la drogue quand les demandes d’argent de Samir sont devenues plus directes,  plus fréquentes et surtout plus importantes.

 

Samir ne comprenait pas pourquoi toutes ses tentatives pour aller à Paris se heurtaient  à mille et un échecs. D’autres avant lui y étaient parvenus, alors pourquoi pas lui ?

 

Il sombrait alors dans  une rage profonde, que seules pouvaient calmer quelques bouffées tirées goulûment d’un joint bien tassé.

 

A chaque jour qui passait, cette rage se transformait en haine pour ceux qu’il pensait être la cause de ses malheurs. Et cette haine ne s’assouvissait que par des trips de plus en plus  difficiles à entamer et encore plus difficiles à arrêter.

 

Elle s’inquiétait du sort de Samir auprès de ses parents ! Mais elle ne trouvait chez eux que déception et lamentation ! Samir les avait déçus ! Samir les avait trahis ! Samir avait tout pour réussir mais n’a pas su en profiter ! Samir était leur honte, leur malheur.

    

Pendant des semaines, elle n’avait aucune nouvelle de lui. Elle en arrivait même à l’oublier, emportée par le tourbillon de sa vie professionnelle et par quelques rares aventures qu’elle entamait et qu’elle ne menait jamais à terme, faute de temps ou simplement d’intérêt.

 

Puis un appel ….La voix de Samir qui se faisait plus pâteuse ; il cherchait ses mots ; il finissait par trouver ceux qu’elle ne pouvait ignorer.

 

Ils se retrouvaient autour d’un café. Elle avait la chair de poule en voyant sa main tremblante s’avancer vers la tasse, en le voyant esquisser des mouvements furtifs et répétés vers son nez, en notant cette toux sèche et profonde à la fois.

 

Ils passaient ainsi dix minutes, sans parler, sans se regarder. Elle se appelait le garçon, réglait la note, se levait en laissant sur la table une enveloppe.

 

Elle savait qu’elle ne devait pas faire cela. Mais elle ne pouvait s’en empêcher ! Samir était plus qu’un ami, presque un frère. Elle le savait au bord du gouffre. Elle savait que personne ne pouvait l’aider. Mais elle avait une espèce de confiance diffuse en lui. Elle était convaincue qu’un jour il s’en sortirait.

   

                                                                      

 

Elle relut encore une fois ce mail : « Salut ! Tu ne me croiras pas ! Mais cette fois, c’est la bonne ! Je suis à Paris depuis une semaine ! Ciao ! ».

 Elle n’avait plus eu de nouvelles de Samir depuis bientôt trois mois. Elle n’avait pas osé en demander à ses parents, depuis qu’elle avait croisé le père. Il avait vieilli de vingt ans : ses cheveux étaient complètement blancs, son dos courbé et les épaules tombantes. Le bel homme de cinquante ans avait cédé le pas à un vieillard, fatigué et profondément malheureux. 

En relisant ce mail, elle était sûre que Samir l’avait envoyé d’un cyber-café de son quartier,  durant un trip qui aurait été plus intense que les autres.

 

Elle n’y pensa plus.

   

Elle était en pleine réunion avec ses collaborateurs quand son portable vibra….Elle y jeta un coup d’oeil rapide….Un appel inconnu…Elle ne répondit pas bien sûr.

 

Cinq minutes après, nouvel appel inconnu…Puis un autre encore un quart plus tard. 

 

La pause café et encore un appel inconnu….Elle répond.

 « Oui, c’est moi, je suis à Paris…Je te jure que j’y suis. Tout va bien …très bien …..Je t’expliquerai….Merci…..merci ….Merci mille fois ! ». 

Avant même qu’elle puisse répondre, Samir coupa la communication. 

          

11 Responses to “A PARIS, ENFIN…..”

  1. lixy says:

    Yey pour Hmida et la theorie du gateway drug!

  2. Emomo says:

    LA SUITE! LA SUITE! LA SUITE! :D

  3. hmida says:

    @ Emomo

    L’astuce est qu’il n’ya pas de suite ….Le deal est ouvert ..Chacun sa suite, selon son humeur …

    Puis au fond, je suis trop paresseux pour imaginer une suite …Je me contente d’imaginer des débuts d’histoires ..Baraka 3liya!

  4. Ewa welcome in Paris ;)

  5. Boutaina says:

    Salam
    Bel imaginaire vrai quand même :)
    Tu ne veux pas continuer l’histoire?
    Mais tu deviens radin là..
    On réclame une belle fin à cette histoire dans laquelle tu nous as embarqués :)
    Aucune excuse ne sera acceptée, hein :)
    Aid moubarak

  6. hmida says:

    @ boutaina

    Je suis dans l’incapacité totale de continuer cette histoire….Mais j’en écrirai une autre ….peut-être d’autres …..

  7. Hihi
    ça me rappelle un ami qui m’a envoyé un mail comme quoi il était en france!
    Au début je n’avais rien compris, puisqu’il m’a filé son num de tél 06 43… je croyais que c’t un numéro méditel, que monsieur a eu un job à Tanger…

    Alors que c’t faux!

    J’ai dû relire un deuxième mail pour comprendre qu’il était réellement en France!

    Par contre, lui il n’était pas en pétrin lool, il ne se droguait pas!…..

    Merci hmida pour cette esplanade à Paris, un gouffre comme toute les mégapoles de l’univers!

  8. joachim says:

    Là on reste sur notre faim ! Alors, il est vraiment à Paris ou non ? Mettez nous sur la voir, hmida. Ou bien on doit terminer l’histoire nous mêmes?

    Pour moi, il n’est toujours pas à Paris, il est sur la fin de son existence, miné par ses joints, il est, comme on dit, au bout du rouleau. Et il continue à divaguer. Très bientôt, elle n’aura plus jamais de nouvelles, et pour cause, il sera parti “de l’autre côté”.

    C’est une fin pessimiste, à quelqu’un d’autre d’en trouver une optimiste…

  9. hmida says:

    @ Joachim

    Est-il à Paris? Je n’en sais rien ….C’est LUI qui le sait….Mais cela a-t-il de l’importance ….Il a l’air heureux, c’est ce qui compte , non?

  10. richard says:

    Bravo l’imagination est là, et malgré ta crainte l’ennui pour le lecteur que je suis n’y est pas, loin s’en faut …..par contre la frustration est grande ….il n’y a pas ” ta ” fin….. et c’est bien dommage car cela m’a sorti brutalement de l’imaginaire dans lequel j’étais très vite entré ….ne dis pas que tu es paresseux ,ce n’est pas crédible…!!!!j’aime lire tes « histoires » mais s’il te plait ne me laisses pas sur ma faim/fin

    Merci quand même pour ce moment de détente

  11. Kamel says:

    La suite c’est dans le film Chouchou de Gad el Maleh !!!
    la Place Clicy, Les Sushi et en fin le mariage ……. sans enfants !!