A partir de la semaine prochaine, le Maroc va tourner au ralenti, du moins le Maroc officiel, le Maroc laborieux, le Maroc productif. Durant le mois d’août, le Maroc sera déclaré en vacances. Même les élections imminentes n’y pourront rien! Alors imaginons le mois d’août de mes compatriotes! Enfant de la mer, je ne conçois pas des vacances sans la mer, sans la plage, sans les rochers! Alors, sus sur les plages! Bien sûr, des milliers d’autres marocains seront à Ifrane, à Chaouen, dans la vallée de l’Ourika, dans les médinas de Fez ou de Marrakech, peut-être même dans les dunes de Marzouga ou de Zagora – au gré d’un voyage offert par Maroc Télécom ou Méditel. Mais les vraies vacances sont celles du bord de mer! De Saadia à Mir Left, les plages marocaines seront envahies par des milliers d’estivants. Le campeur basique ira squatter, en famille ou entre copains, un bout de terrain aux alentours d’un marabout quelconque entre Essaouira et Safi, sans eau, sans sanitaire, mais avec en face l’océan à perte de vue. L’estivant mieux loti s’entassera à 10 ou 12 – en famille – dans une petite maison de la médina de Asilah ou dans une bicoque de Oued Laou, au encore à Moulay Boussalham. Et il disputera son mètre carré de plage à des milliers d’autres estivants, venus de Meknes, de Fez, de Sidi Kacem, parfois de Marrakech! Les plus favorisés trouveront à loger dans des appartements à Sidi Bouzid, Martil ou Esaouira. Le séjour sera plus onéreux certes, mais sûrement plus agréable. Je n’oublierai pas les veinards qui pourront se prélasser sur la plage Al Mina, faire du jet-ski à Kabila Plage, bronzer sur le sable fin de Ksr Ar-Rimal, glisser sur les toboggans géants du nouvel aquaparc de Marina. Je préciserai juste que la plupart d’entre eux auront à leur disposition des villas ou des appartements qui ne leur appartiennent pas en propre. Ce sont en général d’heureux élus profitant de propriétés de leur employeur ou dans certains cas de leurs obligés. Les propriétaires des logements situés dans ces magnifiques ensembles balnéaires préfèrent traverser la Méditerranée et villégiaturer sur la Costa del Sol, la Côte d’Azur ou la Riveira italienne. Mais revenons sur terre, et pensons à ces milliers d’autres marocains qui n’ont pas la chance d’appartenir à l’une des catégories susmentionnées, mais qui pour rien au monde ne voudront renoncer à leur journée de plage. Leur journée : un singulier bien douloureux, car il ne s’agira que d’un malheureux dimanche, mais quel dimanche! A pied, à bicyclette, en mobylette, en bus, en grands taxis, ils seront des vagues entières à se précipiter vers les plages. Les plus proches, les plus accessibles, les plus fréquentée, les plus polluées et les moins attrayantes aussi! Mais que faire d’autre! Et l’assaut recommencera le dimanche suivant, et connaîtra la même retraite difficile au coucher du soleil, chacun traînant armes et bagages, en fait parasols et glacières, les difficultés de transport, les mêmes coups de soleil terriblement douloureux qu’une semaine à l’ombre n’aura pas suffi à calmer. Ainsi, les quatre ou cinq dimanches d’août enregistrement des flux et des reflux d’estivants du dimanche, mais estivants quand même. J’allais commettre l’irréparable et oublier de signaler une catégorie d’estivants nationaux très spéciaux. Je sens de je vais recevoir une volée de bois vert, mais j’ose, je me lance. Je veux parler de nos compatriotes installés à l’étranger, ceux que nos officiels ont nommés d’abord T.M.E., puis R.M.E. avant de les qualifier de M.R.E. ou de “membres de la communauté marocaine à l’étranger”. Bref, nos compatriotes qui ont choisi de vivre à l’étranger onze mois par an et venir en villégiature au Maroc au mois d’août. Depuis quelques années, ils viennent accompagnés avec leurs amis européens, pour leur montrer qu’au bled ce n’est pas la brousse. Ils fréquentent les endroits les plus chic. Ils claquent des liasses d’ euros à tout va. Saadia ressemble plus à Marbella ou même à Ibiza depuis que cette station est la destination préférée des jeunes franco – nééderlando – germano – italo -marocains. Jet-ski jadis réservé à une élite bourgeoise casablancaise, sorties nocturnes naguère l’apanage des touristes d’Agadir, tout est là pour nous prouver que notre jeunesse sait s’amuser, au grand dam des tenants d’un traditionalisme bien désuet. Enfin, heureusement que notre ami Mohamed ELGHASS a remis à l’honneur les colonies de vacances. Et durant ce mois d’août, sur la plupart de ces plages, des plus populaires aux plus huppées, nous verrons des centaines d’enfants, dont la majorité n’ont jamais vu la mer, s’ébattre dans les vagues et avoir des tas de souvenirs à raconter jusqu’à août prochain.