“ARTICLE 353 DU CODE PENAL”

Non, ce n’est pas un sujet d’examen d’une quelconque faculté de droit française!

ARTICLE 353 DU CODE PÉNAL” est bien le titre, pour le moins bizarre, du dernier opus de Tanguy VEIL paru en 2017 chez “Les Editions de Minuit“.

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Ce roman m’a étrangement rappelé les ouvrages de Georges Simenon de la belle époque, avec ses héros qui sont en fait de véritables anti-héros.

Notre Martial Kerlmeur n’a rien de martial malgré son prénom, chômeur paumé, père désabusé, mari abandonné et surtout petit épargnant floué et arnaqué .

Avec ses décors qui suintent l’ennui et la désolation, avec une petite bourgade de la côte bretonne, rongée par la pluie et la crise.

Avec ses protagonistes sans relief, mais attachants, comme le maire de la commune, le juge d’instruction.

Mais aussi avec un personnage-clé sur lequel repose toute l’intrigue : le promoteur immobilier, escroc sans état d’âme, qui n’hésite pas à narguer ses victimes jusqu’à ce que le drame survienne.

On peut apprécier ce genre de roman, si l’écriture est soignée, et pour celui-ci elle l’est, si le récit est bien mené, et pour celui-ci le lecteur est tout de suite pris, si les personnages sont crédibles et pour celui-ci tous les personnages sont parfaitement cernés, si le décor est est bien planté et pour celui-ci la Bretagne bruineuse et humide mais belle et attachante est particulièrement bien dépeinte par l’auteur lui-même breton pur jus.

Mais au fait pourquoi, ce titre assez technique : il s’agit de l’article du code de procédure pénala français qui demande aux juges de ne se référer qu’à “leur intime conviction” quand ils jugent.

Cette intime conviction du juge d’instruction est la clé de ce roman. Et elle pose en effet un certain nombre de questions que le lecteur aura à cœur de découvrir tout au long du roman.

Ce roman dur, sombre, glauque et noir respire pourtant une humanité particulière.

Pour ma part, je retiendrai une phrase de cet ouvrage où l’auteur évoque la manière dont le promoteur immobilier, escroc véreux et cynique, envisage le projet immobilier qu’il fait miroiter aux yeux de ses clients : cette phrase me fait penser aux projets immobiliers qui poussent comme des champignons dans nos villes et qui restent longtemps de tristes barres de béton inhabitées, dans l’espoir d’une éventuelle plus-value à venir :

“Il n’a jamais présenté la chose comme un endroit fait pour habiter, il a parlé d’investissement et de rendement, mais jamais d’habiter.”