Des travaux des champs à la couture
Notre femme de ménage va s’inscrire dans des cours d’alphabétisation, qui seront complétés par des leçons d’arts ménagers et même un apprentissage pratique à la couture ou à la broderie…..Elle en est toute fière, et surtout très heureuse …..Elle va enfin assouvir un désir qui, depuis sa plus tendre enfance, elle garde enfoui au fond de son être….
Non pas le désir d’apprendre à lire, ni celui d’apprendre à écrire ou à compter….Elle sait reconnaître les chiffres, cela l’aide à ne pas se tromper de bus … Elle sait apposer sa signature manuscrite, il le faut bien quand elle passe à Western Union pour encaisser le petit pécule que lui envoie son frère d’Italie…Elle sait compter et cela lui permet de gérer tant bien que mal son maigre budget ..
Non, elle va enfin réaliser un désir bien plus profond….
Née dans une région dure à vivre, elle a très tôt appris tout ce qu’une petite fille de la campagne marocaine doit connaître en priorité : couper et ramasser le bois, aller cher l’eau au puits ou à la source, effectuer les travaux des champs, surtout les plus pénibles, traire et bichonner la vache, garder les quelques moutons. Elle a aussi appris à s’occuper de ses jeunes frères et sœurs, à leur préparer de repas frugaux, à faire le pain……
Pendant ce temps, son père et ses frères regardaient le temps passer, attendaient la pluie, se plaignaient de la sécheresse, rechignaient contre les autorités locales, préparaient le prochain moussem…..
Seul le grand-père travaillait ! Mais nous sommes dans le pays des contrastes, ne l’oublions pas ! Les femmes travaillent aux champs et l’honorable grand-père était « khayyat » (tailleur).
Il allait de souk en souk, sa vieille machine à coudre sur son âne, cousant, reprisant, raccomandant, ourlant….Et il continuait son labeur à la maison, laissant traîner sous sa machine à coudre bouts de tissus de toutes les couleurs, fils, boutons…..
Et le rêve de notre femme de ménage était de jouer avec ces chutes, de les assembler, d’en faire une « arroussa », une poupée de chiffons, de l‘habiller comme elle aurait voulu être habillée, elle…..Mais dès qu’elle s’approchait de cette fameuse machine, elle était immédiatement rappelée à une autre tâche plus urgente, plus pénible et surtout moins féminine…..
C’est ainsi que la petite-fille d’un tailleur n’a jamais pu donner libre cours à ses talents, peut-être énormes, de couturière ou qui sait peut-être de styliste….
Et grâce à la campagne menée contre l’analphabétisation et pour la promotion de la femme, elle pourra enfin peut-être assouvir son désir d’enfant…
