Les philosophes français à la mode sont-ils libres?
Par la fréquence de leurs interventions, j’ai eu à moult reprises l’occasion de suivre les prestations et de subir la virulence des propos de ceux qui constituent, à tort ou à raison, actuellement la crème de l’élite intellectuelle de la France : Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et André Gluskmann.
En effet, depuis quelques années, il ne se passe pas une semaine sans que l’un de ces trois mousquetaires de la culture française n’apparaissent à la télévision (même la plus discrète), n’intervienne sur une radio (même la plus communautariste), n’aie droit à une page dans un journal ou même dans un magazine « poeple » (peu importe le titre pourvu qu’il y ait leur photo et que l’on parle d’eux).
Je n’ai rien contre ces trois messieurs, ni contre leur manière de voir et de concevoir le monde ! Après tout, ils seraient des philosophes…Et d’autre part, chaque génération possède l’élite culturelle qui la représente le mieux.
Mais, je suis enfin de compte lassé de la sempiternelle litanie que ces trois messieurs se croient obligés de véhiculer sur tous les médias qui s’offrent gracieusement et sans retenue à leur bon vouloir : soutenir Bush dans ses guerres plus ou moins folles et soutenir Israël sans ses entreprises plus ou moins hasardeuses.
Quand bien même des intellectuels américains ou israéliens prennent des positions contre leurs propres gouvernants, quand la logique la plus élémentaire le commande, où quand les droits de l’homme ou le droit des gens (droit international) sont bafoués par l’un ou par l’autre, quand les USA ou Israël violent trop effrontément la conscience morale de leurs propres peuples, le trio de philosophes français trouve toujours matière à applaudir, à justifier, à défendre, sans que personne ni aux USA ni en Israël ne leur demande rien !
De la défense du droit d’Israël à exister et à avoir des frontières sûres, ce que plus personne ne conteste aujourd’hui, à la monstrueuse et inadmissible destruction entreprise par ce pays sur le Liban, ils ne trouvent rien à redire, sinon applaudir des trois mains !!!
De la guerre contre l’Afghanistan à l’envahissement de l’Iraq, nos trois hurluberlus n’ont eu de cesse de trouver des justifications à toutes les actions de Bush.
Quand je repense aux grands penseurs français qui ont marqué une époque révolue de ma vie – Albert Camus, Jean-Paul Sartre, plus tard Pierre Bourdieu ou Michel Foucault, en passant Jacques Dérida, Louis Althusser ou Gilles Deleuze, des plus engagés au plus enragés – jamais il n’a été donné d’observer un tel asservissement des penseurs français à une cause ou à des régimes qui leur sont étrangers.
Je veux bien croire à la double allégeance et à la France et à la religion hébraïque ! Mais de là à jouer systématiquement la serpillière dans le vain espoir d’amadouer je ne sais trop quelle puissance occulte, je crois que les trois philosophes s’enlisent dans l’excès de zèle!
Pourtant, je ne sais pourquoi, mais il me vient à l’idée que cela ferait très bien sur la carte visite de BHL d’ajouter « prix Nobel » à philosophe, essayiste, cinéaste, journaliste, romancier, « romanenquêteur », jet-setteur ! Pour les deux autres, moins boulimiques, je crois que la reconnaissance de cœur de leurs coreligionnaires suffit largement à leur peine !
