Le Bureau de la Circulation Urbaine de Salé est un modèle !
Je tiens à tirer un grand coup de chapeau aux agents du Bureau de la Circulation Urbaine de Salé pour la compétence et le sérieux ainsi que pour le zèle et le dévouement dont ils font preuve dans l’accomplissement de leur mission.
En ce qui concerne la compétence et le sérieux, je tiens à signaler que la soirée du samedi 30 septembre 2006, vers 23 heures, l’avenue Abdelkirm Khattabi, Hay Salam, a été le théâtre de leur remarquable efficacité. En effet, ils y ont mené une vaste campagne contre les véhicules en stationnement irrégulier.
Il faut cependant noter les quelques véhicules visés par cette action étaient garés, sur les trottoirs, de long des villas qui bordent cette avenue, et ne gênaient absolument en rien la circulation sur cet axe, surtout à cette heure tardive de la nuit.
Soyons précis ! La majorité de ces véhicules étaient alignés le long des villas laissant largement la place aux piétons. Leurs propriétaires, venus parfois de loin, certains d’une autre ville, en visite chez des parents ou à des amis, à l’occasion de cette période sacrée, propice au raffermissement des liens familiaux et amicaux, les avaient garées là, craignant les voyous et les « chmakriya » qui hantent le quartier, puisque la police n’y fait que de sporadiques et furtives apparitions.
Mais, ce soir du samedi, les agents du Corps Urbain étaient là et bien là ! Ils avaient pour mission des instructions strictes, les fameuses « ta3limat » dont personne ne sait qui les donnent ni en vertu de quoi elles sont données.
Alors consciencieusement, ils ont « ramassé » une bonne dizaine de voitures dont aucune, mais absolument aucune ne constituait le moindre danger, ni la moindre gêne, le moindre trouble pour la circulation automobile ou piétonnière sur cette avenue !
Elles étaient en infraction, certes ! Mais dans un pays où la norme la plus stricte se négocie – contrairement à la définition même de la norme – cette infraction, vraiment bénigne, ne méritait pas une telle sanction !
D’autant qu’au même moment, en cette soirée du samedi 30 septembre 2006, vers 23 heures, sur cette même avenue, des dizaines de conducteurs violaient allègrement les feux rouges, bafouaient systématiquement le droit de priorité à droite dans le grand rond-point près du château d’eau, stationnaient crânement en deuxième file près de tous les cafés. Des dizaines de motocyclistes roulaient, sans lumière et sans casque et se faufilaient à des vitesses folles entre les voitures et les autobus. Des piétons traversaient sans le moindre respect des règles minimales de sécurité !
Ce sont là les véritables dangers permanents, la gêne constante et la provocation délibérée des forces de police, et non pas des voitures en stationnement le long d’un mur !
Mais, en cette douce soirée du samedi, les agents de corps urbain n’avaient pas de « ta3limat » pour sanctionner ce genre d’infractions ! D’ailleurs, les sanctionnent-ils jamais ! Ce qui les intéressait, c’était les voitures en stationnement sur le trottoirs, proies tellement faciles à piéger, tellement plus rentables à pressurer !
En effet, dans ce genre d’infraction, tout le monde est gagnant :
a) l’état qui encaisse le montant de la contravention (DH 100,-).
b) le commissariat qui réalise son chiffre de recettes prévu (pour être bien noté par ses supérieurs) : à titre d’exemple, au mois de juillet 2006, le B.C.U. a enregistré 444 mises à la fourrière contre seulement en août 2006, donc il était nécessaire de gonfler les chiffres de septembre 2006).
c) la municipalité qui s’offre au passage un droit de gardiennage à la fourrière (40,- DH par jour et bien sûr le B.C.U. s’arrange pour que la voiture y reste le plus temps possible).
d) le concessionnaire de la fourrière (qui peut fermer les yeux sur un jour de gardiennage contre rétribution).
e) les entreprises de tractage (DH 12O,- ou plus selon la tête du client, négociables bien entendu) !
f) les boutiques de photocopie (0.50 DH la photocopie recto-verso des documents de voiture, cela chiffre..
d) les taxis pour les différents déplacements, sauf vous disposez d’une seconde voiture!
Nous sommes ici dans le cas typique de la collaboration entre les secteurs public et privé ! Et vive la libéralisation !
Pour ce qui est du zèle et du sérieux, la preuve en a été administrée de façon magistrale par les responsables et les exécutants de cette fameuse campagne, dès le lendemain dimanche 1er octobre 2006.
Pour récupérer les voitures «enlevées » la veille au soir, les citoyens devaient se présentaient au commissariat de Bab Al Khamiss, à l’ouverture normale des bureaux de la permanence. En principe, les services de police doivent avoir une permanence, même un dimanche, même un dimanche de Ramadan.
Or, la permanence du commissariat de Bab El Khemiss a ceci de particulier, en ce qu’elle n’est pas « permanente ». Les citoyens ont dû attendre le bon vouloir de l’agent chargé de voitures enlevées de 9 heures du matin jusqu’à 11 heures 30, pour s’entendre dire que cet agent ne sera présent que plus tard dans la journée. Les malheureux citoyens, qui ont cru profiter de ce moment de répit pour vaquer à d’autres occupations ramadanesques et qui sont revenus à 14 heures, ont été sidérés d’apprendre que l’agent en question avait déjà fini son service et qu’il sera disponible que le lundi matin.
Un officier de police, galonné et muni d’un talkie-walkie, qui avait l’air de veiller au bon fonctionnement du commissariat, a sèchement répondu à un citoyen protestant contre la situation ubuesque qu’il vivait depuis 9 heures du matin dans ce commissariat :
« Nous n’y pouvons rien ! S.M. le roi rentre à Rabat aujourd’hui! ».
Cet officier de police semble n’avoir rien saisi du « nouveau concept de l’autorité » prôné depuis des années. C’est à se demander qui se « fout » de qui dans ce pays ?
Ainsi, un certain nombre de citoyens n’ont pu récupérer leur voiture que le lundi dans le courant de la journée, après avoir encore une fois attendu que le préposé se présente à son service quand son bon plaisir l’a bien voulu ! Des citoyens ont dû s’absenter de leur travail lundi matin pour s’occuper de cette ridicule affaire de voitures enlevées et envoyées à la fourrière. Des citoyens ont dû annuler des rendez-vous importants, pour eux, pour leurs clients, pour d’autres citoyens, à cause du manque de sérieux et de responsabilité d’un agent de police qui n’a aucun respect ni pour son uniforme, ni pour ses compatriotes, ni pour le pays qu’il sert.
Dans cette affaire, je n’interpelle que la police ! Service public par excellence, en principe !
Je ne parle pas des espèces de « dépanneuses », conduites par des gosses, qui enlèvent les voitures dans des conditions désastreuses, qui les malmènent par manque de professionnalisme, qui endommagent les pare-chocs, les pneus, les phares, les carrosseries.
Je ne parle pas des tarifs absolument fantaisistes appliqués par ces individus en payement de leur « service ». Les citoyens sont en droit de se poser la question de savoir qui fixe ces tarifs, qui choisit ces entrepreneurs et à la limite à qui revient une partie de cet argent.
Je ne parle pas des conditions dans lesquelles les voitures sont gardées dans la fourrière, sans aucune sécurité, exposées au vol et au vandalisme !
Et pour revenir aux services de la police de Salé, je tiens à renouveler mes respects et mon admiration pour l’efficacité, la vigilance et le sérieux des agents du Bureau de la Circulation Urbaine, dont un certain nombre de citoyens ont fait les frais ce week-end de ramadan, pour avoir voulu tout simplement que leurs véhicules soient en sécurité !
Honnêtement, j’espère du fond de mon coeur de citoyen que les autres services de police fonctionnent de manière beaucoup plus professionnelle et beaucoup plus responsable ! Devant les dangers de toutes sortes qui guettent notre société, je crois que, dans le cas contraire, je devrais commencer à m’angoisser sérieusement pour la sécurité de ma famille, de mes amis, de mes compatriotes, de mon pays !
Avant de terminer, je me permettrais de donner deux conseils à Mr le Préfet de Police de Salé :
1/ Pour que le Bureau de la Circulation Urbaine soit plus performant, plus moderne, plus civilisé, il faudrait peut-être le munir de sabots de Denver, tellement pratiques et tellement efficaces.
2/ Il faudrait que les responsables de ce bureau se comportent de façon un peu plus citoyenne avec les personnes qui se présentent, en leur parlant avec plus de respect et plus de civilité. L’uniforme ne leur donne pas tous les droits, et surtout pas celui de mépriser les citoyens.
