Le loto est une simple question de chance!
L’actualiTé est trop chargée en ces jours de canicule estivale.
Tony Blair qui joue Zorro au Moyen Orient pendant que son successeur Brown se démène comme il peut avec les innondations.
Sarkozy qui joue aussi à Zorro et qui envoie sa femme libérer les infirmiéres bulgares des griffes de Khaddafi alors que l’Union Eurpéenne prend en charge les frais de l’opération!
Le Maroc qui festivalise, qui inaugure, à tour de bras, malgré la menace, et c’est tant mieux!
Le Tour de France qui se dope jusqu’au ridicule mais quicontinue à attirer des millions de supporters…
Pendant ce temps, citoyenhmida a choisi de continuer à se lâcher et il vous propose une nouvelle! Et pour une fois, elle ne sera pas noire, ni triste…C’est les vacances, alors rêvons..
Nadra jouait au loto, deux fois par semaine. Chaque fois, la même somme. Une petite somme, symbolique, tellement symbolique qu’elle en était ridicule.
Son jeune frère aimait la taquiner à ce sujet.
- On voit bien que tu es une littéraire. Les combinaisons et les probabilités, ce n’est pas ton fort! Et tu espères devenir riche en misant deux sous deux fois par semaine. Ha ha ha!!!
Et il partait d’un long rire bien gras qui avait le don d’irriter Nadra.
Pourtant, le jeune homme n’avait pas intérêt à trop la titiller. Lui le statisticien, le spécialiste des chiffres, misait des sommes importantes, mais ses gains n’ont jamais dépassé des montants symboliques, pour ne pas dire ridicules.
Pour sa part, Nadra ne jouait pas pour gagner. Du moins “gagner la cagnotte” n’était pas son souci, ni surtout son espoir. Elle était convaincue que, à ce petit jeu-là, il ne s’agissait que de chance. Surtout depuis la mise en place du système de “flash”. La machine décide à votre place des chiffres choisis. Choisis? Ce n’est pas exactement le bon mot! Des chiffres retenus plutôt!
L’important pour elle était de jouer. Elle ne cherchait à savoir si elle a gagné que des semaines après, quand elle avait réuni une bonne quinzaine de tickets. Elle s’installait devant son P.C. et elle consultait tranquillement le site de la Loterie Nationale, sûre de ne jamais gagner. Et elle n’avait jamais gagné, même pas avec trois bons numéros! Rien, jamais!
Pourtant, elle espérait tout de même qu’un jour elle pourrait exhiber fièrement un ticket gagnant sous le nez de son père qui n’arrêtait pas de lui répéter:
” Comment veux-tu gagner alors que tu ne fais aucun cas de ce jeu. Au lieu de suivre le tirage au moins au jour le jour, tu laisses traîner tes tickets, tu ne vérifies qu’une fois tous les 36 du mois!”
Et il y allait de sa grosse habituelle plaisanterie, bête et méchante :
- Un jour, tu auras gagné un bon paquet mais il sera trop tard pour récupérer tes gains…Tu sais qu’il y a un délai de prescription à ce petit jeu pour les distraits ou les amateurs comme toi! Tu auras l’air fine, avec un ticket gagnant de 10 millions mais “périmé”.
Et il partait dans un rire, saccadé, entrecoupé de “Houhou! Hou!”, que Nadra supportait de moins en moins.
Elle déchirait alors ces tickets sans valeur, soupirait en se disant qu’un jour elle finira par gagner, ne serait-ce de quoi lui payer un bon dîner dans un beau restaurant, lui qui ne sortait jamais. Que cela serve à au mois cela!
Quand on demandait à Nadra ce qu’elle ferait si jamais elle héritait de la fameuse “cagnotte” du loto, elle se lançait dans une série de projets plus rocambolesques les uns que les autres, mais il faut bien l’avouer, tous très philanthropiques, très humanitaires.
Ce genre de discussion tournait toujours court, personne ne prenant au sérieux ces délires “kouchnériens” : elle prétendait vouloir régler tous les problèmes de la famille, si elle gagnait le gros lot. Cette naïveté, chez cette femme équilibrée et ayant les pieds sur terre, attirait les rires, sarcastiques ou hystériques, de toutes de tous les membres de la famille.
Elle haussait les épaules, changeait de discussion en continuant pourtant à penser : “C’est pourtant bien vers moi qu’ils ne tournent quand ils ont besoin d’un coup de main. Et si demain je devenais riche?”
Ce samedi matin, en revenant du marché, elle s’arrêta comme d’habitude chez le buraliste pour faire valider son ticket. Mais cette fois, elle choisira les numéros. Elle prendra en main son destin “lotique”. Depuis son réveil, elle avait décidé qu’elle cocherait les numéros correspondants aux dates de naissance, rien que les dates de naissance.
Quand elle a fini de cocher les chiffres retenus, elle s’est rendu compte que la première colonne comportait sa propre date de naissance, celle de son jeune frère et celle de son père. Des chiffres bizarrement distribués : 1-11, 2-12 et 19-9. Le reste des colonnes étaient mieux agencées; croyait-elle.
En tendant son ticket au buraliste, elle souriait et se disait :
“Si avec cette combinaison tordue, je gagne mille dirhams, ils seront obligés de croire en ma chance”.
Et pour la première fois de sa vie de joueuse de loto, elle entreprit de vérifier le tirage dès son réveil le lendemain. Très tôt, elle alluma son PC, se connecta sur Internet et alla au site de la loterie nationale. Elle sentait que ses gestes n’étaient pas gratuits, qu’elle serait récompensée.
“Je crois bien que pour une fois, je les aurais mes mille dirhams!”
Avant de cliquer sur l’icône LOTO, elle lut la petite phrase inscrite à côté : “Cà n’arrive pas qu’aux autres”.
Elle cliqua et vit sur la page qui s’ouvrit après un court moment :
Tirage n° 579 du samedi 13 Septembre 200X
Résultat : 1 – - 2 – 9 – 11 – 12 – 19 – Numéro complémentaire 43
Rapports :
6 bonds numéros – Nombre de grilles gagnantes 1 – Rapport par grille gagnante : NC.
ELLE AVAIT GAGNE!! C’était sa grille à elle, celle qu’elle avait choisie! Et cette combinaison tordue (1-2-9-11-12-19) lui rapporta la cagnotte! Et quelle cagnotte! Une vraie cagnotte…Celle dont on parle à la radio, à la télévision, dans les journaux.
Dix minutes après, toute la maison était réveillée, tout le monde était debout,
A moitié endormi, son frère faillit s’étouffer d’un long rire bien gras, qui n’arrivait pas à s’arrêter….Une véritable cascade….avec des tapes sur les cuisses tellement fortes qu’elles ont dû laisser des traces bien visibles!
Son père – ne sachant pas trop ce qui arrivait – se lança lui aussi dans un rire, saccadé, entrecoupé de “Houhou! Hou!”, qu’il n’arrivait plus maîtriser! Puis ses onomatopées ridicules se muèrent très vite en des “Toi alors…Mais toi alors…..” répétés dix, vingt, cent fois…
Quand elles apprirent la nouvelle, ses sœurs se lancèrent dans un concert de rires, bien plus hystériques que sarcastiques, qui se transformèrent vite en une explosion de you-yous, tellement tonitruants que les voisines – étonnées – ont cru qu’un heureux événement inattendu s’était produit dans le courant de la nuit.
Seule sa mère restait digne, cherchant à calmer son petit monde devenu fou ce matin. Elle ne comprenait absolument rien à la cause de tout ce ramdam!
Au milieu des siens, Oum Al Banat, brandissant son ticket gagnant, sautait de joie comme une folle en criant :
“Allez, faites la queue, le bureau des réclamations est ouvert!”
Elle ne savait même pas qu’elle avait gagné près de 2 milliards de centimes!
