Peut-être que quelqu’un – s’arrêtant par hasard sur cet espace – se reconnaîtra ou reconnaîtra une personne de son entourage dans l’une de ces mésaventures. Cela ne m’étonnerait guère, car ce qu’a vécu cet homme, bien d’autres marocaines et marocains l’ont vécu. Il s’agit de l’histoire absolument authentique d’un homme, qui à la suite d’un accident presque anodin, s’est retrouvé dans une clinique. Situation normale, certes sauf que le malheureux, en plus d’avoir laissé une partie de son anatomie lors de son passage entre les mains du chirurgien, n’y avait pas laissé toutes les économies d’une vie. Situation normale, certes sauf que le patient, victime d’un stupide accident physique de la vie, n’était pas aussi fragile du point de vue psychique, ce qui a contribué dans une très large mesure à son dépouillement systématique par l’administration de la clinique. Situation normale, certes sauf que un très grand patron de la chirurgie nationale, connu et reconnu par ses confrères nationaux et internationaux, ne s’était pas montré avec son patient d’une cupidité monstrueusement coupable. Je ne recenserai pas toutes les magouilles, toutes les combines, toutes les anomalies, toutes les malversations, organisées tant par l’administration de la clinique que par le grand praticien d’une part pour faire durer le séjour de ce patient dans la clinique, et d’autre part pour multiplier les séances de consultation et de traitement. Je me contenterai des plus aberrantes : 1/ la plus bête et la plus méchante : remettre au malade à sa sortie de la clinique une facture mal libellée, sans aucun détail, ne pouvant lui servir en rien dans la procédure de remboursement auprès de sa mutuelle. Priver ainsi – sciemment – un malade de son droit, déjà rachitique, au remboursement de la partie infime des frais médicaux qu’il a engagés relève bien plus du sadisme que de la cupidité! 2/ la plus scandaleuse : se voir exiger par un patron de la chirurgie, avant toute intervention un montant exorbitant, payable en numéraire (un chèque certifié a été dédaigneusement refusé) et bien entendu en dehors de toute procédure comptable ou légale. 3/ la plus honteuse : faire payer un changement de pansement mille dirhams, au motif que seul le grand patron peut faire cet acte médical et ne pas le porter sur les feuilles de mutuelle. 4/ la plus immorale : demander trois mille dirhams pour délivrer un certificat médical, attestant d’un état de santé déficient que le praticien suit régulièrement depuis des mois. Ce genre de pratiques existe, partout à travers le Maroc. Certains journaux en font parfois l’écho, quand l’énormité est trop énorme, quand il y a par exemple mort d’hommes, suite à ce comportement de vautour! Mais la plupart du temps la loi du silence l’emporte, l’omerta sévit devant le pouvoir du médecin sur la vie du patient. Les patients et leur famille préfèrent payer et se taire, craignant pour la vie des patients, qui de toute façon est en danger tant qu’elle dépend de certains praticiens de cet acabit. Ces médecins sont-ils conscients du mal qu’ils font à la société et du discrédit qu’ils portent à leur profession! Non contents de frauder le fisc et de contribuer à miner la confiance des citoyens vis-à-vis des instituions, ces sinistres personnages, aidés dans leur triste mission par des administrateurs de cliniques avides de gains, méritent que les autorités se penchent sur leurs pratiques et que celles-ci soient sanctionnées de la façon la plus exemplaire. Mais, je ne veux pas terminer ce billet, sans rendre hommage à des dizaines d’autres médecins, chirurgiens, spécialistes de tous ordres, agents paramédicaux, infirmiers et infirmières, aides soignantes, qui s’acquittent de leurs tâches avec dignité, abnégation et compétence.