En feuilletant un vieux manuel de français des années 1990, j’ai retrouvé un texte de Rabelais, réécrit en français moderne heureusement, où Gargantua, dans une lettre adressée à son fils Pantagruel, exprime, à travers une série de recommandations, sa conception de l’éducation.
Je m’en suis inspiré pour écrire ce texte, qui reprend en fait des recommandations dont je sais que mes enfants ont déjà suivi un certain nombre.
Le premier conseil que je vous donnerai, mes filles, mon fils, vous semblera bien ringard, un peu vieux jeu mais il est, je crois, d’une grande sagesse. Employez votre énergie, mes enfants, à mieux connaître le monde et à l’aborder dans la vertu.
Pour ce faire, mon fils, mes filles, il vous faudra compléter l’enseignement de vos professeurs par l’observation des hommes, des femmes et du monde, sans craindre de paraître curieux si votre curiosité reste saine.
Tu sais, mon fils, maîtriser les langues étrangères, c’est maîtriser le monde. Mes filles, l’anglais vous semble utile. Certes ! Mais n’oubliez l’arabe, mes enfants, pour sa beauté et pour que personne ne prétende vous dire ce que Allah a voulu dire. Le français vous apportera beaucoup par sa rigueur, l’italien par sa musicalité, l’espagnol par l’usage que vous serez obligés d’en faire par la force de la géographie. Et si vous le pouvez, pourquoi ne pas vos intéresser au chinois, la langue de demain.
Mais mes enfants, maîtriser les langues ne vous suffira pas. Il faudra vous forger un style qui ne soit qu’à vous, qui portera la marque de chacun d’entre vous et vous fera reconnaître comme le meilleur parmi vos pairs.
De nos jours, mon fils, mes filles, le problème ne consiste plus à accumuler le savoir, mais bien de dominer les moyens d’y accéder. Apprenez donc à mener une recherche, apprenez à savoir où trouver les réponses, car toutes les réponses à toutes nos interrogations existent. Encore faut-il savoir les chercher et pouvoir les trouver! Employez votre mémoire non pas à emmagasiner le savoir mais juste à retenir certaines données qui vous ouvriront les portes du vrai savoir ! Et vous avez la chance, mes enfants, que le savoir maintenant ne soit plus l’apanage d’une élite, même s’il n’est pas accessible à tous : il suffit de vouloir et de pouvoir chercher.
Depuis votre jeune âge, j’ai essayé, avec l’aide de votre mère, de vous donner, à vous mes filles et à toi mon garçon, le goût de la musique, de la littérature, du théâtre, du cinéma…Bien sûr, vous préférez Sting à Jaques Brel, Gad El Maleh à Molière, Dan Brown à Balza. Je comprends que vous appréciez plus le festival d’Essaouira à un concert de musique classique. Vous êtes de votre temps, mais n’oubliez jamais de lire, d’écouter la musique, toutes les musiques, de goûter aux joies du théâtre, du spectacle donné par les hommes pour divertir et instruire les hommes. Allez au cinéma, parce le cinéma c’est la vie! Intéressez-vous à toute forme d’art….Toi, ma fille, la peinture sur verre t’avait un moment attirée. L’écriture peut être un exutoire aux moments de solitude. Ta guitare, mon garçon, attend sagement rangée dans un placard que tu te souviennes d’elle.
Dans un autre registre, je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que nul n’est censé ignorer la loi. Donc connaissez vos droits et aussi vos devoirs.
N’oubliez jamais, mes enfants, que la loi n’est que ce qu’en font les hommes. Le texte de loi le plus juste, le plus clair, le plus équitable peut devenir un instrument de destruction de la société entre les mains de juges incompétents ou irresponsables.
N’oubliez jamais que tout texte de loi doit être inspiré par la philosophie de la société à laquelle il est censé s’appliquer.
Garde toujours à l’esprit, mon garçon, que la loi doit être au service de la société ! Ayez toujours, mes filles, la conviction que l’application de la loi doit aboutir à l’équilibre de la société !
Vous vivez, mes enfants, grâce à la nature ! C’est l’évidence même de vous le rappeler ! Mais nous avons oublié tellement d’évidences ! Bien sûr, qu’il est impossible de se passer de l’automobile, mais ne l’utilisez qu’à bon escient ! Toi, mon garçon, tâche de ne pas trop fumer….Vous, mes filles, soignez votre alimentation ! Rien ne vaut la bonne cuisine de chez soi, avec les produits choisis, variés, frais…Bien qu’une petite gâterie gastronomique de temps à autre n’a jamais fait de mal à personne.
Vous voilà mes enfants, sur le marché du travail, vous voilà en plein dans la vie. Vous êtes face à des femmes, à des hommes, à des responsabilités, à des missions souvent difficiles, à des objectifs à atteindre, à des décisions à prendre, parfois cruelles.
Ainsi, mes filles, mon fils, devrez-vous vous comporter avant tout en personnes d’honneur. Que chacune de vos actions professionnelles ne soit conduite, suggérée, menée que par l’honneur, l’honnêteté, l’intégrité.
Que votre travail, mes enfants, ne soit pas un simple gagne-pain, mais un apport à la communauté.
Soyez utiles pour votre entourage, soyez au service du faible, du nécessiteux, de la veuve, de l’orphelin.
Je sais, mes enfants, que la politique en général vous déçoit, que les politiciens vous horripilent même ! Mais je ne saurais trop vous rappeler que les « problèmes politiques sont des problèmes de tout le monde et que les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques ». Alors, votez, mes enfants, n’abandonnez jamais ni à personne le droit de choisir pour vous les grandes orientations qui engagent votre pays.
Défendez vos idées et vos idéaux en respectant les idées et les idéaux des autres. Apprenez à argumenter sans mépriser vos contradicteurs, à affirmer sans asséner vos vérités, à batailler pour chaque idée sans chicaner, à contester avant de conclure hâtivement, à construire votre raisonnement dans le respect de celui qui vous écoute. Pour cela, mon fils, sache parler en public. Pour cela, mes filles, sachez convaincre.
J’en arrive à mon dernier conseil. En cette période tourmentée que vivent les musulmans, partout dans le monde, n’oubliez pas, mes petits, que vous avez, que nous avons derrière nous des siècles et des siècles d’histoire, de grandeur, de doute, de réflexion, d’erreurs, d’avancées intellectuelles sans précédent et de périodes noires ! C’est cette riche histoire que fait de nous, de vous, de vos futurs enfants ce que nous sommes, ce que vous êtes, ce qu’ils seront. Ne laissez aucun virus attaquer et détruire ce que nos ancêtres vous ont légué. Pensez à ce que votre grand-mère vous a laissé comme souvenir de piété, retenez ce que votre grand-père vous montre comme tolérance, regardez le monde avec un œil toujours critique. Ajoutez-y votre propre âme et vous vivrez sereins, mes enfants.
Pour finir, je vous citerai une phrase de Rabelais qui a inspiré la façon d’être et de penser de votre mère : « Sagesse n’entre pas en âme malveillante et science sans conscience n’est que ruine de l’âme » !

[...] marocain lambda qui regarde et commente ce qui se passe autour de lui”. Le texte original est lisible ici : http://www.citoyenhmida.org/?p=97 Le premier conseil que je vous donnerai, mes filles, mon fils, vous semblera bien ringard, un peu [...]
Bonjour Hmida,
Je suis tombé au hasard de Google sur votre très beau post “Conseil d’un père à ses enfants”. Je cherchais au départ une chanson d’un père pour ses enfants …
Je me suis permis de reprendre ce post sur mon blog, cf http://enfantsdudivorce.wordpr.....s-enfants/ . J’espère que cela ne vous dérangera pas.
Bon blogging à vous … et le bonjour à tous vos amis marocains !
Hervé