Réponses à la question “Que faudrait-il faire?”
« Et que faudrait-il faire ? » demandait Cyrano de Bergerac dans la scène VIII – acte II de la pièce éponyme créée en 1887 par Edmond Rostand.
Cette question, anodine en apparence, je me la suis posée et continue à me la poser de façon récurrente, mais lors de circonstances autrement plus dramatiques que celles qu’a connues Cyrano…
En fait, je me suis posé cette lancinante interrogation quand j’ai vu déferler les vagues immenses de barbus et de voilées dans les rues de Rabat à l’occasion de manifestations en faveur de la Palestine, de l’Irak ou de toute autre cause.
Quand les rues de Casablanca ont été submergées d’une foule immense, d’hommes et de femmes, oui de femmes, pour protester contre l’intégration de la femme dans le développement économique du Maroc…
Quand les évènements du 16 mai 2003 ont endeuilli notre pays et que certains ont tenté de justifier ces actes barbares.
Quand mon regard accroche par hasard la « une » de At-Tajdid toujours prêt à fustiger tel créateur artistique, ou tel festival ou tel évènement destiné à divertir le peuple, toujours prêt à souffler sur les braises du racisme, de l’intolérance, toujours prêt à l’insulte, à l’invective de l’autre quel qu’il soit
Quand je vois nos universités paralysées au nom de je ne sais quelle aventureuse idéologie inspirée d’un « islam » qui nous est étranger…
Quand une gamine est tabassée sauvagement parce que sa chaussure a frôlé le tapis de prière de son instituteur, plus préoccupé du salut de sa propre âme que de l’éducation de ses élèves….
Quand je parcours les blogs et les forums où les jeunes s’expriment et où ils semblent ne pas pouvoir ou vouloir ou savoir résister à l’avancée de la vague verte, et ce au nom de la démocratie…
Quand je lis dans les journaux les interviews des leaders islamistes, où tout et son contraire est avancé avec un cynisme hallucinant..
Quand je vois à la télévision un député islamiste mélanger Mussolini et Staline, envisager qu’un film qu’il n’a pas vu soit interdit ou accepter de tenir un double langage, selon les auditeurs, et cela toujours au nom de la pluralité
Quand je vois ce que l’Algérie a souffert depuis plus quinze ans et continue à souffrir pour avoir cédé à la panique verte instaurée par 3.500.000 votants, pour avoir laissé cette panique s’installer, par la faute de 5.000.000 d’abstentionnistes.
Quand je vois de paisibles et innocents touristes se faire exploser au nom d’un soi disant islam, rigoriste et moralisateur…
Quand je vois ce que l’on a fait de l’Irak , dans une lutte infernale menée au nom de l’islam, mais pas du même islam, un islam qui oublie l’occupant pour s’accrocher aux mythes……
Quand je vois les U.S.A. soutenir Nadia Yassine ou les frères musulmans égyptiens, leurs ennemis jurés mais pour le moment leurs alliés objectifs….
Quand j’entends un imam appeler à la destruction des pays entiers à cause de ridicules stupides petites images, dont personne ne se souvient, si tant est qu’un jour un être intelligent s’y soit intéressé.
Quand je vois tout cela, je me pose la fameuse question :
« Que me faudrait-il faire ? »
Mes réponses sont claires ! Et je vais tenter de les formuler – bien humblement – à la manière d’Edmond Rostand :.
« Que me faudrait-il faire ?
Suivre quelque fanatique, obéir à un émir barbu, Et comme un lierre obscur qui entoure un tronc Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce, Grimper au ciel par la seule prière et non par le bien, Non, jamais !
Dédier, comme tant d’autres le font, Mes fonds aux islamistes ? Me changer en tartuffe Dans l’espoir de voir sur les lèvres d’un « abou foulane », Naître un sourire et une promesse de paradis ? Non, jamais !
Déjeuner, chaque jour, de dattes et de lait ? Avoir le front marqué par le sceau de la prière ? Une peau Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient rugueuse ? Baiser une main qui ne soit celle de mon père ? Non, jamais !
D’une geste flatter la barbe – ou arranger un voile – Cependant que l’autre inciter à la haine, Teindre ma barbe au hénné et passer mon regard au khol Et avoir une main, toujours, trempée dans la magouille, Non, jamais !
Me montrer de prière en mosquée, Devenir un petit grand barbu dans un quartier perdu, Et naviguer, avec pour rames, des hadiths douteux, Et, dans mes voiles, des souffles de penseurs obscurs ? Non, jamais !
Chez un éditeur venu d’Arabie ou mieux de Perse Faire éditer, en payant, des discours menaçants? Non, jamais !
Me faire appeler « frère » dans des conciles Qu’à l’ombre des minarets tiennent des fanatiques ? Non, jamais !
Travailler à m’assurer une place dans l’au-delà Par la seule prière, en massacrant les miens, Non, jamais !
Ne trouver du talent qu’à des imams criards ? Être terrorisé par de vagues démocrates, Et me dire sans cesse : “Oh ! Pourvu que je sois Dans les petits papiers du Cheikh Abou Foulane ? Non, jamais!
Calculer, faire peur, soumettre en aveuglant, Préférer la prière publique à l’action patriote, Rédiger des sentences, me faire déclarer émir ? Non, jamais! Non, jamais ! Non, jamais !
Et à ces réponses tranchées, sans équivoque, j’ajouterai comme le faisait ce rêveur de Cyrano un grand souffle d’espérance, de tolérance et de liberté :
« Mais…vivre, faire le bien, Rêver, rire, penser, être libre, Avoir l’œil qui regarde demain, La voix qui vibre à la nation,
Mettre, s’il me plaît, mon tarbouche de travers,
Etre pour ceci, être contre cela, débattre des idées, Ou faire un vers, un dessin, un livre, une chanson !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune, À tel voyage, auquel je pense, A telle mission à laquelle j’aspire !
Ne prononcer jamais rien qui ne sortît de mon coeur
Et me dire : Sois satisfait de tes pensées, de tes vérités, Et même de tes doutes Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! »
Et si j’agis ainsi, je crois, Dieu, lui seul, saura me reconnaître et s’il le veut, m’en gratifier.
