DÉMOCRATIE DE FACADE ET OLIGARCHIE DE FAIT

S’il a un concept cher à nos politiciens “dial jouz franks” pour expliquer leur incompétence à régler les problèmes de ce pays, leur incurie à gérer convenablement même les affaires courantes ou les petites crises passagères et leur impuissance à construire ds programmes de gouvernements rigoureux, c’est celui de “ta7akoum” !

Le “ta7akoum” est selon eux lié à la place centrale de la monarchie dans notre système politique et économique qui donnerait lieu à l’existence d’un “gouvernement invisible“, ou même selon les termes de Abdelillah BENKIRANE, alors en pleine compagne électorale, d’un “état profond” (ad-daoula al-3amiqa) qui serait au-dessus du gouvernement normal, issu des élections et nommé dans un cadre constitutionnel ayant fait l’unanimité!

Cette notion de “gouvernement invisible” existe bien dans d’autres pays, même ceux qui ont une tradition démocratique bien ancrée, comme la France par exemple.

Laurent JOFFRIN, à l’époque directeur de la rédaction du NOUVEL OBSERVATEUR, l’a étudiée dans un essai publié en décembre 2001 chez les éditions ARLEA, sous le titre “LE GOUVERNEMENT INVISIBLE – Naissance d’une démocratie sans le peuple”.

joffrin

Bien sûr le “gouvernement invisible” dont fait état Laurent Joffrin n’a rien à voir avec ce que nous appelons chez nous le “ta7akoum” mais l’auteur met en évidence la perte du pouvoir et de la souveraineté du peuple au profit d’une nébuleuse comprenant les principales forces économiques et financières du pays.

En effet, Laurent JOFFRIN démontre que les marchés l’emportent sur la volonté du peuple et que s’est installée “une démocratie d’apparence” dominée par “une oligarchie de fait”

Nos politiciens, en plus de procéder à une autocritique objective et profonde, devraient bien cibler leurs critiques et mieux définir les obstacles qui peuvent entraver le lien qui doit exister entre eux et le peuple qu’ils sont sensés représenter.

Au Maroc, comme partout dans le monde, il existe bien un “gouvernement invisible” qui est constitué de lobbies, qui est soumis à la pression des institutions financières internationales, qui est le bras invisible de la mondialisation économique mais aussi politique et religieuse!

Laurent JOFFRIN évoque tout au long de son essai des marchés et de l’oligarchie, qui mènent en fin de compte à “une démocratie sans le peuple” où les libertés individuelles sont certes protégées mais où les libertés publqiues sont de plus en plus contrôlées et limitées.

Essai à lire, bien qu’il date un peu mais les quinze qui sont passées depuis sa opublication n’ont fait qu’en conforter les observations de l’auteur!