De l’américain en France au Juif marocain devenu français
Une nuit d’insomnie peut parfois avoir du bon, si dans la journée vous avez été bien inspirés dans le choix de livres que vous avez pris soin de poser sur votre table de nuit.
Ainsi, je me suis retrouvé à 4 heures du matin entrain de fermer le deuxième livre que j’ai avalé d’une traite durant cette longue et froide nuit de décembre.
J’ai commencé par :
SACRES FRANÇAIS, LE ROMAN – Un américain en Picardie, de Ted STRANGER, Editions Michalon (2006).
En une heure et demie et sur deux cent pages, j’ai suivi un cost-killer américain débarquant en pleine « brousse » française, avec pour mission de dégraisser une petite usine que le groupe pour lequel il travaille a acquis pour une bouchée de pain, avec l’intention – très mercantiliste – de la revendre au prix fort.
Arrivé sans état d’âme, sans Histoire (avec un grand H : pour lui l’assassinat de JFK n’était plus qu’un fait divers et ignore les grands héros de la Guerre de Sécession), sans culture (il balbutie le français appris à l’université pourtant), il est vite « avalé », « assimilé », « intégré » par la vie française et la vie des français à laquelle il ne comprenait rien et pour laquelle il affichait le plus grand mépris !
Petit ouvrage sans prétention par lequel Ted Stanger, journaliste américain excellent connaisseur de la France et des français, voulait peut-être démolir le « modèle français »…Mais en fin de compte, ce modèle lui semble bien plus humain que celui de son pays d’origine !
Le héros du roman finira peut-être sa vie en France, comme l’auteur !
Mon insomnie persistant, j’ai enchaîné sur :
AVONS-NOUS ASSEZ DIVAGUE…Lettre à mes amis musulmans, de Victor MALKA (Edition Albin Michel – 2006).
Victore Malka est juif, oui ! Je commence par ce qualificatif sans aucune connotation que celle que lui donne l’auteur. Il s’affirme lui-même : « juif par tous les pores de sa peau, par sa culture, par ses engagements, par ses inquiétudes, par la respiration de sa vie quotidienne » ! Il se déclare aussi français de nationalité et se revendique enfin marocain d’origine « par ses tripes, par ses souvenirs, par ses fidélités et par ses espérances ».
Cette triple appartenance explique le fil conducteur de cette lettre que Victor Malka adresse à ses « amis musulmans du Maroc, de France et de Navarre ». Au fait, n’aurait-il pas des amis musulmans qui soient d’ailleurs ?
Truffée de références à des penseurs juifs, du plus célèbre d’entre eux comme Maimonide qui rédigeait ses livres en « langue arabe » mais les écrivait en « caractères hébreux », jusqu’au plus obscurs rabbins, cette missive a la prétention de contribuer au rapprochement des communautés musulmane et juive sur la terre accueillante de la France éternelle.
Noble tâche ! Mais peut-on construire une amitié sur les ruines d’un peuple !
Victor Malka, perdu dans ses références historiques de la plus haute facture, a complètement oublié le sort des palestiniens !
