Dans ces journées de tristesse, j’ai essayé de retrouver un peu de vie intérieure en lisant ou en relisant quelques poèmes.
J’ai retrouvé sur mes étagères deux petits fascicules de poètes marocains. Et les feuilleter m’a permis de me souvenir que le Maroc est à la fois UN et PLURIEL.
En effet, les poèmes de Kamel ZBDI, fils de la bourgeoisie r’batie, ancien diplomate, poète de cour pour certains, peintre, artiste jusqu’au bout des mots, orfèvre de la langue française, ne procure pas les mêmes émotions que les textes de Abdellah ZRIKA, fils du quartier populaire casablancais de Ben M’Sik, ancien prisonnier politique, violeur de la langue arabe traditionnelle, qu’il torture avec l’art consommé de celui qui a été torturé lui-même par la vie.
La lecture de poèmes de Kamal ZEBDI , nous plonge dans un monde magique, bien loin de la réalité quotidienne. Un monde subtil, fin, où les thèmes récurrents sont la beauté, l’amour, l’homme. Pour Nouredine Bousfiha, préfacier du recueil « VEILEES D’AMES » (chez Editions Slatkine, Genève, 1988), Kamel ZEBDI « nous offrira dans ces poèmes qui ont la puissance des vents incontrôlables, la fragilité d’une lèvre vierge qui balbutie les serments qui lient à jamais l’homme épris de liberté à la mer et à toute l’éternité ».
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Les textes de Abdellah ZRIKA sont autant de cicatrices que le poète porte en lui-même. Les mots constituent pour lui autant de cris que la langue arabe n’est pas habituée ni à émettre ni à entendre. Abdellatif Laabi dans la préface de sa traduction du recueil de A. Zrika « BOUGIES NOIRES » (chez Le Fleuve et L’Echo – Editions de
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Mais aussi bien Kamel Zebdi que Abdellah Zriki,chacun dans son genre, chacun dans son registre, chacun avec son histoire personnelle et ses émotions, représente une partie essentielle du Maroc culturel, d’un Maroc qui au fil des années semble se diluer et disparaître.
Pour ceux qui veulent se rappeler les textes de ces deux poètes ou pour ceux qui ne les connaissent pas, je vous propose de très rapides – mais bien incomplets – extraits pour survoler les deux recueils précités.
D’abord, Kamel ZEBDI, disparu en 1997.
Menace sur la création
Prends garde à la douceur des mots
Le miel savoureux
A ses rancoeurs
Le velours génétique ses flamboyances
Ses indécences
Son déclin.
Pour une poignée de menthe fraîche
(à une captive)
Libertés dont les joyeux blessés
Ruissellent sur un front baisé
Détresses profondes qui végètent
Sur les parois de pierres sourdes
Les printemps succèdent aux printemps
Sans t’apporter leur sourire.
Les bonheurs sont simples
Ils n’y a plus le vent
Il n’y a plus le temps
Le ciel n’existe plus
Ni même les étoiles
Les bougies sont éteintes
Se sont tues les cendres.
Il n’y a plus rien
Hormis l’essentiel
Toi.
Puis Abdellah ZRIKA, avec des textes en arabe et la traduction de Abdelatif Laabi en français.
و الأشيــاء الجميلة لا معنى لها
الحكمة لا معنى لها
الحكمة الجميلة في اللاشيء
فاعطني
صورتك
الجميلة
من لا شيء
Les belles choses n’ont pas de sens
La sagesse n’a pas de sens
La belle sagesse est dans le rien
Alors donne moi
Du rien
Ta belle image
و أحشى الإنسان
يملك عينين اثنتين
عين تأكل
و عين تقتل
J’ai peur de l’homme
Qui possède deux yeux
L’un pour manger
L’autre pour tuer
و هل تعرف أن هذه الإبرة التي أُخيط بها هذه الكلمات
هي نفسها التي سيخيطون بها كفني
Sais que l’aiguille avec laquelle je couds les mots
Est celle-là même qui servira à coudre mon linceul.
Et pour finir, si voulez écouter Abdellah Zrika déclamer lui-même quelques uns de ses textes, cliquer sur ce lien : http://www.radioapartment22.com/spip.php?article24/
Bibliographie de Kamel Zebdi.
«Le Cri du Royaume» (1961) Prix de l’Académie française.
«Kyrielle» (Raba t, 1967).
«Echelle pour le Futur» (Casablanca, 1973).
«Sève» (Rabat, 1980).
«Traces vives» (Marrakech, 1987).
« Veillées d’âmes » (Genève, 1988).
«L’entre-deux Regards» (Casablanca, 1992).
«Caresses Réinventées» (Casablanca, 1995).
Bibliographie de Abdellah ZRIKA.
« Raqsat Arra’ss wal Warda » (Danse de la tête et de la rose), publié à compte d’auteur en 1977.
« Dahakat Chajarat Al Kalam » (Rires de l’arbre à palabres), publié en fragments dans des journaux en 1980.
« Al Mar’atou Datou Alhissanaïn » (La femme aux deux chevaux – premier roman – ch Le Fennec en 1991).
« Faraghat Mouraqaa Bikhaïti Chams » (Vides rapiécés avec des fils de soleil - Ed. Le fennec -1995.
« Salalim Al Mitafiziqa » (Echelles de la métaphysique – Ed. Le Fennec, 2000).
« Hacharat Allamountaha » (Les insectes de l’infini, Ed. Le Fennec, 2005).

Bonsoir Hmida
Tu constates, comme moi, que la littérature en général et la poésie en particulier, n’ont pas beaucoup d’adeptes dans la blogoma, malgré l’importance du site et le calibre de son propriétaire.
Merci Hmida pour ce voile de paix que tu lances sur ce monde agité.
Merci d’avoir jeté cette vive lumière sur une partie de la poésie marocaine.
Ma participation à propos de Kamel Zebdi :
« …Dieu que ce spectacle est beau
Et comme il réjouit âme.
Regarde la belle fontaine
Le gris pigeon qui vient y boire
Ne t’en vas pas mon ange
N’est pas tombé le voile du soir…. »
K.Zebdi- Alliance- Paris 1963
On ne peut évoquer Zebdi sans citer son poème «Qu’est-il resté de Nous», décrivant une réalité que la guerre de ces jours, sur Gaza, dépasse.
Le poème est cité par le Pr El Manjra dans l’hommage qu’il a rendu à K. Zebdi. Voici le lien :
http://www.elmandjra.org/zebdi.html
La poésie fait partie de mes lectures favorites. C’est elle qui nourrit mon imagination.
Que la lumière du poème éclaire ton chemin…
Merci de faire découvrir et aimer la poésie, ce champs littéraire qui transcende tous les autres, ou on défriche les mots pour en extraire la quintessence, un champs ou on cultive des fruits inconnus pour un langage de lumière et de saveur.
Un poème de Kamel Zebdi, toujours d’actualité dans le leit-motiv d’une agression sournoise qui, en absence de réponse, continue de fructifier le mal et la haine:
Qu’est-il resté de nous
Qu’est-il resté de Nous ?
après tant de massacres !
Des ruines géantes
ou les corbeaux avides de sang
se repaissent des restes de nos drames.
Fallait-il , mon Dieu, oublier
jusqu’à ton nom,
pour perpétuer un tel génocide ?
Quand vivre désormais les yeux clos
m’est devenu chose impossible.
Hier l’Irak, aujourd’hui la Bosnie
et encore la Palestine mise en sourdine
et d’autres braises ardentes
faisant de bouches féroces
qui perpétuent la déchéance
échéance après échéance …
Merci pour cette évasion.
C’est beau
Les bonheurs sont simples
Ils n’y a plus le vent
Il n’y a plus le temps
Le ciel n’existe plus
Ni même les étoiles
Les bougies sont éteintes
Se sont tues les cendres.
Il n’y a plus rien
Hormis l’essentiel
Toi.
@marocaine
Je te connaissais militante….je découvre que tu es également romantique!
@ Tous
Je me disais bien qu’un peu de poésie en ces temps difficiles nous ferait un peu de bien à tous !
Demain, nous reprendrons le combat contre la barbarie que personne ne veut arrêter ni d’un côté ni de l’autre…Mais c’est un autre débat!
من بغداد الى القدس
يا قدس شكراً للوصل وللجوى
يا قدس جمرك بالأيادي كاللظى
يا قدس صبراً فالهموم ستنجلي
يا قدس جرحي في سبيلك قد نكا
يا قدس حبك في ضميري والجوى
يا قدس جرحك في فؤادي والحشا
يا قدس عهداً بالأخوة والهدى
إن طبت يوماً لا نيام ولا كرى
سأطوف عرضاً ثم طولاً بالورى
لشفاء جرحك بالعلاج وبالدوا
خالد ضناوي
J’aime bien Abdellah Zrika. Merci de me le rappeler