Salim JAY (Editions Eddif – Collection Paris- Méditerranée- 2005)
Enfin un ouvrage qui répertorie TOUS les écrivains marocains, sans distinction, sans exclusive, sans préjugé.
Nous y apprenons que « Mosaïques ternies » a été le premier roman de langue française écrit par un marocain, en l’occurrence Abdelkader Chatt en 1932.
La plus vaste palette de romanciers, nouvelliste et poètes nationaux nous y présentés, arabophones, francophones, et autres même.
Des plus grands comme Mohamed Berrada à qui 8 pages entières sont consacrées à Driss Mesnaoui, esquissé en quelques lignes.
Nous y découvrons Hafid BOUAZZA, écrivain marocain néerlandophone, Issa AIT BELIZE dont la Belgique s’est approprié l’œuvre, Aicha MEKKI, dont le nom ne figure pas en couverture de son ouvrage posthume
L’auteur a tenté de n’oublier ni de négliger aucun de ses écrivains marocains.
Du dandy tétouanais des années 1950 Mohamed Sebbagh au fils d’un conducteur de calèche marrakchi Abou El Aazm Abdel Ghani, de la pédiatre poétesse Fatiha MORCHID au ghiwaniste Larbi BATMA, de nos compatriotes de confession juive les moins connus chez nous comme Erez BITTON jusuqu’au plus emblématique d’entre eux Edmond Amran El Maleh !
Bien sûr les noms des grandes « stars » de la littérature marocaine contemporaine sont tous répertoriés tout au long des 370 pages de l’ouvrage. Cependant une remarque s’impose : le titre suggère une promenade parmi les écrivains marocains, sans préciser qu’il s’agit uniquement des écrivains du XX ème siècle.
Certains esprits chagrins pourraient trouver, à juste titre, cette compilation sans profondeur d’analyse mais elle a l’avantage d’exister et de nous inviter à approfondir notre quête pour notre patrimoine.

Je ne sais pas pourquoi tu mets TOUS en majuscule, parce qu’il n’y a pas TOUS les écrivains marocains.
J’étais d’ailleurs étonnée d’y trouver en couverture la photo d’une certaine soumiya zahi ainsi qu’une notice à l’intérieur, auteur d’un roman sans échos et dont le seul mérite est d’avoir publié dans la même maison d’édition qu’el Jay. Tu parles d’objectivité, alors que d’autres autrement plus interessants, n’y sont pas!!!
expression libre
Culture
Interview de Badia Hadj Nasser
La psychothérapeute Badia Hadj Nasser, une figure de proue de l’écriture féminine au Maroc et auteur du célèbre roman “Le voile mis à nu”, a bien voulu accepter de répondre aux questions de “Expression Libre”.
Nous remercions Badia Hadj Nasser pour sa disponibilité, malgré ses multiples déplacements et ses différentes occupations.
Badia Hadj Nasser, vous êtes psychanalyste. Comment est né votre intérêt pour la littérature ?
J’ai été bercée par les contes dès ma plus tendre enfance. La transmission orale des contes est une formation importante pour l’enfant. De là peuvent naitre des vocations… Qui sait ? Ce fut mon cas.
Vous êtes avec Leïla Houari et Farida El Hany Mourad, les premières Marocaines après Halima Ben Haddou dans Aïcha la rebelle à publier dans une langue autre que l’arabe. Comment justifiez-vous cela ? Est-ce un choix délibéré ou une nécessité ?
Ni choix, ni nécessité. Becket, irlandais anglophone, familier de Tanger a pris la plume en français…
Après la publication de son premier roman, Halima Ben Haddou a déclaré à Jeune Afrique « Aicha c’est l’héroïne, mais la rebelle c’est moi. ». Dans votre roman Le voile mis à nu en 1985, votre héroïne Yasmina a choqué plus d’un au Maroc à l’époque. Pourquoi cette transgression des tabous en créant une héroïne qui mène une vie d’errance sexuelle ?
Nous connaissons tous et toutes l’expression concernant une femme : « ses pieds se sont allongés » ou « ses pieds sont sortis du bât ». Pour une psychanalyste c’est une veine rare d’illustrer ce symbole ancré dans notre expression verbale.
Votre roman Le voile mis à nu est considéré à une certaine époque comme le plus « osé » du Maghreb. Est-il un roman militant, ou cherchiez-vous la notoriété par le scandale ?
Quelle que soit la langue, il me semble intéressant de faire certains rapprochements entre ce qui est désigné dans le parler courant et le réel. En français par exemple les premières femmes qui sont sorties sans chapeau étaient désignées par l’expression « une femme en cheveux » ce qui au premier abord ne semble pas très explicite. Chez nous au Maroc quand une femme ne portait pas dans la rue le haïk ou la djellaba elle était désignée par le terme « nue » On disait la fille d’un tel est sortie nue alors même que la fille d’un tel pouvait porter un manteau, des gants…D’où le titre du roman « Le voile mis à nu »
Peut-on parler d’une écriture féminine au Maroc ? Si oui quelles sont ses caractéristiques ?
La féminité au Maroc m’enchante et me séduit. Nous avons une féminité rare. Peut-être le fait que nous avons dû être extrêmement vigilantes jusqu’à il ya peu de temps sur notre sort.
Qu’est-ce qui fait la différence entre l’écriture féminine et l’écriture masculine ?
Je peux parler de lieux le rituel du hammam par exemple auquel un homme n’a pas accès et réciproquement. Il y a là peut-être un enjeu de l’écriture que personnellement je considère comme une richesse de la littérature marocaine.
Pourquoi la fascination pour le corps féminin dans vos romans ?
Vous l’avez remarqué ? C’est la preuve d’une lecture attentive ce dont je vous remercie. J’aime décrire la danse, les parures. Je décris aussi les violences faites aux femmes.
Qu’est-ce qui motive votre intérêt pour les Mille et une nuits ?
J’ai été bercée par les Mille et une nuits. La princesse Shahrazade est une battante. Elle œuvre pour le bien de la cité. Elle ne part pas perdante. elle réussit.
Quel rôle joue Tanger en tant qu’espace dans vos romans ?
Voilà une question qui me va droit au cœur. Et je vous remercie de me la poser. Le rôle joué par l’espace dans mon écriture est essentiel. Je dirai que l’intrigue s’articule à partir de l’espace. Je viens de terminer un livre « Les Hédonistes » recueil de nouvelles dont la première page inaugure une dialectique de l’espace que j’appelle dedans dehors dialectique qui pour moi est essentielle dans la compréhension de l’intrigue.
Nous remarquons l’attrait que Tanger exerce sur vous. Est-ce parce que vous êtes tangéroise ? Où parce que vous êtes sensible, comme Paul Bowles et Mohammed Choukri, à la poésie qui se dégage de cette ville à quatorze kilomètres de l’Europe ?
Le Maroc entier dégage de la poésie. Eugène Delacroix s’est extasié sur Tanger dès son arrivée sans parler d’Henri Matisse. La réfraction que procurent à la fois les deux mers n’est qu’un attrait de la ville.
Siham Benchekroun, Bahaa Trabelsi, Houria Bousjra ont écrit dernièrement des romans aussi osés que votre Voile mis à nu. Pensez-vous que c’est par mimétisme ou est-ce l’expression du vent de liberté qui souffle sur le Maroc ?
Nous sommes amenés au Maroc à réaliser de grandes choses. Nous femmes seront et sommes déjà les artisans d’un grand Maroc comme l’ont été avant nous nos mères. Le Maroc a une tradition où les femmes ont toujours été porteuses d’avenir.
Badia Hadj Nasser, un grand merci pour nous avoir accordé un peu de votre temps. Cette interview fera le bonheur de vos lecteurs.
Merci à vous et à vos lecteurs, lectrices. L’acuité et la pertinence de vos questions m’ont fait passer un bon moment, j’espère que vous aurez du plaisir à me lire.
AUTEUR : Nadia Bouziane
Salutations cordiales,
Badr Ryadi,
http://badrryadi.centerblog.net/