ETAT DE DROIT ET DES INSTITUTIONS ou TERRITOIRE DE FACTIONS ET DE GROUPUSCULESS

Depuis plusieurs mois la situation de la ville d’Al Hoceima connait une tension, chaque jour, chaque semaine, chaque mois plus forte et chaque mois, chaque semaine, chaque jour, cette tension a été entretenue et amplifiée au point d’en arriver au point d’une rupture apparemment irréversible.

En fait, cette tension aurait dû être absorbée par les amortisseurs naturels que sont les représentations populaires locales, régionales et nationales.

Or, aucune de ces courroies de transmission, légalement habilitées, ne semblent avoir réussi à recevoir et à transmettre à qui de droit les doléances de la population !

Cette tension aurait pu être mise en lumière par les partis politiques : c’est leur rôle d’encadrer la population, de la guider, de la mobiliser et en fin de compte de rendre compte à la nation des situations graves ou présentant des risques de gravité. Ni les partis de la majorité ni ceux de l’opposition ne se sont manifestés et ils ont attendu que les prétentions et les appétits personnels des leurs dirigeants soient satisfaits pour enfin se prononcer et de la manière la plus maladroite qui soit.

Cette tension aurait pu être anticipée et atténuée par le pouvoir central.

Or, et on l’oublie souvent soit par méconnaissance ou par mauvaise foi, le pouvoir exécutif est resté en état de vacance (sans S, dans le sens de “momentanément dépourvu de titulaire”) depuis le lancement de campagne électorale, c’est-à-dire depuis septembre 2016 jusqu’à il y quelques semaines.

Monsieur BENKIRANE avait abandonné sa casquette de chef de gouvernement et s’était coiffé de son casque de chef de parti pour sillonner le Maroc et battre la campagne pour ses amis et pour lui-même oubliant la gestion du pays ou la délaissant aux soins de certains ministres dont celui de l’intérieur.

Ensuite Monsieur BENKIRANE s’est enfermé pendant plus de cinq très longs mois dans son entêtement et son incapacité de former un gouvernement, bloquant même le fonctionnement de l’institution parlementaire et continuer par la force des choses à détourner le regard des problèmes du pays : le vote de texte sur l’entrée du Maroc à l’U.A. n’a pu être obtenu que par une pirouette, la loi de finances n’a pas été votée en temps voulu et bien sûr les problèmes quotidiens du pays ont été remisés au rayon des affaires sans intérêt.

L’actuel chef de gouvernement semble vouloir prendre les choses en main : ce n’est pas trop tard malgré les apparences et malgré les critiques acerbes qu’il subit.

Cette négligence des élus, locaux, régionaux ou nationaux, cette incurie des partis politiques, cette insouciance COUPABLE du gouvernement, ont laissé la population à la merci du premier venu, habile orateur, tribun émérite mais grand mégalomane devant l’éternel.

L’intelligence de la foule étant inversement proportionnelle à son nombre et le jeu des réseaux sociaux amplifiant de manière exponentielle cette foule, donc diminuant tout ainsi exponentiellement la capacité des uns et des autres d’appréhender les tenants et les aboutissants de la crise, ont abouti à la crise actuelle : des revendications socio-économiques, justes et légitimes, se sont transformées en discours confus, mal exprimés et mal perçus, aboutissant à des actes répréhensibles.

Une crise, somme toute normale, s’est mue en crise majeure dont la solution semble à ce jour échapper à tous les protagonistes!

Faut-il pour autant faire appel à des nouveaux intermédiaires pour jouer les pompiers de service!

La société civile s’est proposée pour jouer ce rôle d’intermédiaire !

Après un groupe d’intellectuels et d’acteurs de la société civile, allant de Ahmed ASSID à Mohamed NACH-NASH en passant par Salah EL OUADIE, on vient d’apprendre que l’association BAYAT AL HIKMA vient de lancer “un appel de 53” .

Pour sa part, le P.A.M. dont on a souvent critiqué le silence et l’absence sur le terrain tout au long de cette crise, propose un “débat national sur le Harak“.

On vient d’apprendre que le collectif “Matkich Blaki” propose la création d’un fond d’urgence fixé à un milliard de dirhams en faveur d’Al Hoceima, bien que la ville ne connaisse pas de catastrophe naturelle, motif généralement retenu pour la création de ce genre de fonds.

Certes tout cela semble louable, mais pour qu’il ait débat, pour qu’il est intermédiation, il faut qu’il ait DIALOGUE : dialogue de qui avec qui en l’occurrence?

Nasser ZEFZAFI serait-il légitime à représenter la population d’Al Hoceima ? Au nom de quoi ? De son art oratoire? De son passé personnel ? De son indéniable talent de meneur de foule ? De sa capacité à trouver chaque jour un nouveau motif de s’emmurer dans un processus qui a abouti à l’impasse actuelle?

D’autres noms apparaissent, sortis ex nihilo mais déjà auréolés d’une gloire que rien ne justifie à ce jour, seront-ils plus légitimes à représenter les habitants d’Al Hoceima?

Il se trouve que ni l’éloquence ni la rhétorique, pas plus que la surenchère et la démagogie, ne sont les fondements de la représentativité légitime populaire : seule l’élection permet au peuple de désigner ceux ou celles qui le représenteront dans le cadre d’institutions constitutionnelles acceptées par référendum.

Si l’on admet que n’importe qui puisse considérer que l’état et les instituions publiques ne sont pas DIGNES d’être ses interlocuteurs, alors il met en marge des lois et ouvre la voie aux dérives les plus folles. Et toute reconnaissance de la légitimité d’une tette position aboutit ipso facto à la reconnaissance de l’anarchie et à la négation de l’état de droit et des institutions.

La situation à Al Hoceima est grave et c’est au gouvernement et aux représentants légitimes du peuple de trouver une solution qui puisse redonner confiance aux habitants afin qu’ils échappent à l’influence d’individus dont je ne remets pas en cause la bonne foi mais dont je doute très fortement des moyens utilisés.