D’un couple ….l’autre.
En cette rentrée universitaire, je me suis dit pourquoi ne pas raconter l’histoire d’un couple d’étudiants! Oui, des très belles histoires se nouent et se dénouent durant ces années quisuivent le bac…La vie estudiantine permet de tisser des relations qui peuvent marquer la vie des uns et des autres! Des amitiés se batissent, des amours se forgent, des illusions se construisent et des desillusions viennent parfois tout emporter! Elle est bien loin dans cette période dema vie. Pourtant une histoire m’est ainsi revenue en mémoire..je vous la raconte! Celle de Farida et Moncef!
Le grand jour était arrivé. Ils avaient décroché enfin ce fameux diplôme pour lequel ils en avaient bavé. Tous? En tout cas, Moncef en avait bavé!
Quatre années à travailler comme un fou, à préparer des exposés, à réunir des documents, à s’user les yeux devant son P.C. ! Quatre années à rester éveillé jusqu’à des heures impossibles, pour pouvoir le lendemain faire bonne figure devant les autres. Il faut dire aussi que cela lui a plutôt bien réussi !
Pas un étudiant de sa promotion ne pouvait nier qu’à un moment ou un autre, il n’a pas eu recours à ses lumières, qu’il n’a pas sollicité son aide. Il n’a jamais refusé d’aider qui que soit. Cela cadrait d’ailleurs parfaitement avec sa façon de voir les choses de vie : faire le bien, être utile, servir ses amis.
D’ailleurs, les conseils de son professeur d’informatique allaient dans ce sens. Il les suivait en tout, depuis la mort de sa mère!
A peine trois ans…..Et pourtant, cela lui paraît tellement loin. Quand son portable avait sonné en plein cours d’informatique justement, il a su qu’un malheur était arrivé. Il avait restreint les appels en autorisant juste le numéro de son père.
- “Allah yar7amha!”
Il s’écroula par terre, semant la panique dans la salle de cours.
En ouvrant les yeux dans l’infirmerie, Moncef vit son professeur. Celui-ci l’accompagna chez lui, ne le quitta pratiquement pas pendant les trois jours qui ont suivi le drame.
Ce quadragénaire, étranger à sa vie familiale, avait su pourtant trouver très vite les mots qui lui ont redonné goût à la vie, un sens à sa vie. Cet homme cultivé, raffiné, a très vite pris la place que son père n’a jamais su occuper.
Depuis, il tient ce professeur pour référence en tout. Très vite, il apprit à affronter les petites difficultés de la vie, à ne jamais renoncer. Il a surtout pris conscience que les futilités quotidiennes n’avaient pas grande importance devant certaines questions plus fondamentales.
Pour cette raison peut-être ne donnait-il pas trop d’importance à sa relation avec Farida? Elle était sa camarade préférée, ils s’entendaient bien, elle était mignonne, il se sentait bien en sa présence. Il s’inquiétait de son moindre retard, devançait tous ses désirs, se pliait à ses caprices. Et surtout, il n’oubliait pas ses anniversaires : toujours le même cadeau symbolique, un bijou fantaisie.
Etait-il amoureux de Farida? Il n’y a jamais vraiment pensé! Elle comptait énormément pour lui, c’était sûr!
Ils s’étaient toujours bien entendu, toujours travaillé dans les mêmes groupes, toujours préparé les exposés en commun. Sauf que – et il s’est toujours refusé de l’accepter – c’était lui qu fournissait les efforts les plus intenses, qui se chargeait des tâches les plu ingrates. Farida se réservait le soin de présenter les documents aux professeurs, se proposait pour défendre les exposés face aux autres étudiants.
Moncef la laissait faire; elle parlait si bien; elle avait tellement d’aisance; personne ne savait lui résister!
Toute la promotion savait qu’entre lui et Farida se tissait beaucoup plus que de la camaraderie, bien plus que de l’amitié. Il n’y avait pas une fête où ils ne se rendaient pas à deux. Il n’y avait pas un cours ou une réunion où ils n’étaient pas installés côte à côte.
Même à la cafétéria, ils se retrouvaient chaque fois à la même table, près de la fenêtre, une table à deux. Ils prenaient d’abord leur café en un complice tête-à-tête avant de rejoindre les autres.
Mais jamais, personne n’a jamais relevé le moindre geste de tendresse entre eux. Farida aimait le voir lui servir de chevalier servant, Les autres garçons de la promotion savaient que lui seul avait le privilège de l’accompagner au cinéma ou au théâtre. Aucun garçon à part Moncef n’osait l’inviter à une sortie.
Toute l’école enviait ce couple, qui allait si bien ensemble. Beaucoup de leurs amis leur prédisaient un avenir commun
Pourtant ni Farida ni Moncef ne pensaient entretenir la rumeur. Elle se sentait bien en compagnie de ce garçon, prévenant, intelligent et plutôt beau! Lui était heureux avec elle.
Mais, depuis quelques semaines, il éprouvait une certaine gêne, un malaise dont il ne voulait pas reconnaître l’origine. Rien n’a changé dans sa vie, aucun élément n’est venu perturber sa sérénité…Pourtant, il devait bien reconnaître que la présence de Farida lors de réunions de groupe de travail le troublait.
Ces derniers temps, leurs relations s’étaient distendues. Ils se voyaient de moins en moins. Elle arrivait souvent en retard à leur rendez-vous, ne s’excusait même pas. Il mettait cela sur le compte du stress dû à l’approche des examens. Encore deux semaines, et ils seraient diplômés. Ils pourraient lancer leur toque en l’air et crier à tue-tête : “Nous sommes diplômés….Le monde est à nous !”.
Tous les ans, le deuxième lundi du mois juillet, la promotion sortante se pliait au même rituel, avec une certaine fierté. Et il y avait de quoi : depuis la création de cet institut de formation supérieure copié sur le modèle américain, tous les lauréats sont recrutés dans la semaine qui suit la cérémonie de remise des diplômes.
Et le grand jour arriva…..Toute la promotion avait revêtu la toge noire et la fameuse toque, finalement assez amusante …Ils avaient tous l’air d’être déguisés, mais ils se prêtaient au jeu. Farida, comme l’ensemble des étudiants, était entourée de sa famille. Elle était resplendissante.
Mais il a tout de suite remarqué la présence auprès d’elle d’un homme qu’il ne connaissait pas. Un homme jeune, certes mais d’une assurance insolente, celle que donne la réussite. Cette assurance qui émane que ceux qui sont convaincus que le respect leur est naturellement dû, que le meilleur est leur droit absolu, que rien ne saurait leur résister, surtout pas les femmes.
Il n’a plus souvenance de la suite de la cérémonie…S’il n’y avait les photographies et le film tourné par l’équipe technique de l’école, il aurait juré de ne avoir assisté à la remise des diplômes. Pourtant, il est monté sur l’estrade, il a bien reçu le précieux document des mains d’une personnalité, il l’a bien brandi en affichant un sourire éclatant …Mais il ne se reconnaissait pas sur ces images!
La promotion s’est bien échangée des poignées de mains, des tapes sur le dos, des bourrades, des bisous pleins d’émotion…..Mais il n’en gardait aucun souvenir!
Ses camarades se sont bien réunis devant l’estrade et face aux parents, ils ont bien lancé en l’air leur toque en hurlant comme des fous : “Nous sommes diplômés….Le monde est à nous !”. Il ne s’en rappelait pas.
Il ne lui restait de cette matinée qu’une image : Farida enlaçant tendrement ce jeune homme, sûr de lui, et le regardant comme jamais elle ne l’a regardé… lui, lui souriant comme jamais elle ne lui a souri… lui.
Pourtant, avant de monter dans la voiture avec cet homme, Farida se retourna, le chercha dans la foule, lui lança un gracieux geste d’adieu de la main. Le regard qui accompagnait ce geste de la jeune fille était teinté d’une tristesse infinie
