Après avoir essayé de présenter le « guembri », instrument associé à la culture gwani, il est utile de parler de l’ « outhar » qui, en plus de sa voix et de ses chansons,  fit la renommée de feu Mohamed Rouicha.

 

 

 

 

 

Les différentes définitions de cet instrument s’articulent autour de deux points essentiels.

D’une part, l’« outhar » appartient à la famille du luth ou « oud » et d’autre part le « louthar » est un instrument rustique, spécifique des zones rurales du Maroc.

Voilà donc une première différence importante avec le guembri.

Si  l’outhar est doté de trois cordes, comme le guembri, sa caisse a une forme spéciale qui s’inspire de la poire ou plus exactement d’une poire coupée dans le sens de la longueur.

La table d’harmonie, contrairement à celle du luth qui est confectionnée en bois noble marqueté, est réalisée en peau tendue.

Instrument rural, le « loutar » se retrouve  dans la plupart des régions du Maroc, aussi bien en plaine, en zone arabophone qu’en montagne et en pays amazigh.

Le « loutar » est joué en improvisation dans ce que l’on appelle un « taqsim » ou comme instrument d’accompagnement d’une chanson.

La grande variété des sons et des tonalités que l’interprète peut obtenir de son instrument permet des performances remarquables: on a pu ainsi dire que certains spécialistes de louthar “faisaient parler leur instrument”.

On peut citer comme grands virtuoses de cet instrument, en plus bien sûr de feu Mohamed ROUICHA qui lui a donné ses lettres de noblesse et surtout la médiatisation qu’il mérite, des noms prestigieux provenant de toutes les régions du pays :

  • Des interprètes classiques, comme Mohamed Maghni

http://www.youtube.com/watch?v=pbAhWQHwNt0&feature=related

  • D’autres occasionnels comme Stati qui ont commencé par le louthar avant de choisir le violon, comme Stati.

http://www.youtube.com/watch?v=5qt1xyS4TtE&feature=related

  • Certains qui se servent  de louthar comme accessoire à leur véritable art, en l’occurrence l’art de faire rire, comme les sympathiques Qachbal wa Zeroual.

http://www.youtube.com/watch?v=6V9p4u93jto&feature=related

Je me fais un plaisir de signaler  également ce lien qui m’a été fourni par Abdesselam, un de nos amis blogueurs, peu connus mais très intéressant:

http://www.settatbladi.org/index.php?option=com_muscol&view=album&id=38&Itemid=60

Pour finir, il convient de signaler la vitalité des amateurs de l’outhar dans ce pays, malgré le fait que cet instrument ne soit plus confectionné que par très peu de luthiers : le preuve en est cette prouesse technique et artistique que constitue l’interprétation par une trentaine de spécialistes de louthar de la « Symphonie Fazaz », dont voici l’ouverture:

http://www.youtube.com/watch?v=aPZ-rmcyAW0&feature=related

11 Comments on GUEMBRI ET LOUTHAR : deux instruments authentiquement marocains mais si différents (2/2)

  1. Hatta says:

    Merci Hmida pour cette couverture, une autre fois peut être aussi citer le bendire (Tara) presque inséparable de Louthar.
    Il semble que notre Maghni national ne se porte pas bien non plus.(ref. ä la mort qui rode..) surtout qu’il n’a jamais économisé un sou.

    je passe de temps en temps par ici. Bravo continue

  2. hmida says:

    @ hatta

    En effet, le bendir est absolument inséparable de louthar : j’ai omis de le préciser dans mon billet, mais on le voit bien sur toutes les vidéos que j’ai signalées!

    J’aurais dû par ailleurs parler des “qarqba” qui sont inséparables du guembri!

    Merci pour tes encouragements!

  3. Abdesselam says:

    Merci beaucoup pour ce coup de pouce pour mon blog. Je l’ai créé il y a un an et le destinais essentiellement à public marocain. L’idée était de monter à mes compatriotes que l’occident était autre chose que les habituels clichés. En cours de parcours j’ai changé d’orientation ne vise aucun public particulier.
    J’ai d’assez mauvais souvenirs avec le Gambri et les Gnawas. A l’époque j’étais étudiant en médecine à Rabat et habitais l’Agdal. Chaque dimanche matin dés 9 heures du matin, j’étais dérangé par le vacarme dess Gnawas et de leurs musque tapageuse : Ganbri + les gigantesques castagnettes ( je ne sais comment les appeler). Honnêtement je n’aime ni l’instrument, ni la musique Gnawi
    À l’époque également Rouicha devenait célèbre. C’était le chanteur de prédilection des étudiants surtout les étudiantes. Honnêtement à l’époque je n’avais pas adhéré ni à sa musique ni à son timbre
    Je risque de déplaire en affirmant que Rouicha a fait plus de mal à la musique traditionnelle marocaine qu’il ne lui a apporté.
    D’une part, il ne fait que répéter la même mélodie à l’infini.
    D’autre part il a contribué à faire « perdre de vue » tout de qui existait dans le répertoire de Louthar avant lui. D’une façon non intentionnelle est vrai.

    La musique marocaine en plus d’être riche diversifiée et intensément belle, raconte egalement une histoire, un fait divers, des éléments de notre culture.
    Par exemple : « Milouda ben Driss dawha Lboulisse » raconte un fait divers tragique qui n’ probablement jamais existé. Mais il révèle également des faits sociaux.
    Il suffisait d’un Outar, d’une Taarija ou d’un Bendir et d’un extraordinaire sens de l’improvisation et voici des soirées magiques de l’ancien.
    Parmi les grands moments de notre culture bédouine et en rapport avec ma ville natale de Safi, La Aita Abdya chanté avec brio par l’association OUthar + bendir .
    Louthar chantait les mythes : l’étrange histoire de Kharboucha et Kaid sy Ayssa.
    Admirablement chanté par le duo Abdi El Kahmmar et Al Bouida ( Outhar et Taarija ou bendir). : kharboucha . qui se souvient d’eux ?
    louthar chantait la nature : Al Hasba ( une regions fertile de la region de Safi).
    Qui ses souvient des riches soirées Outar et Bendir ou taarija. Ou sont les enregistrements où est notre mémoire ?
    Avant Rouicha Louthar avait une histoire et une culture avec Rouicha louthar a tout simplement gagné une quatrième corde.
    Dommage.

  4. hmida says:

    @ Abdesselam

    Je comprends ta nostalgie mais je ne peux partager ta manière de relèguer Mohamed Rouicha à ce rôle aussi effacé!

    La preuve que Rouicha a beaucoup fait pour le louthar et la musique populaire en général est que moi, simple citoyen originaire d’une ville du nord, où la culture et les traditions sont plutôt tournées vers l’étranger, ignorant tatalement la culture amazygh et presque étranger à la culture du Maroc profond des plaines de Settat, je me sois intéressé à cet instrument dont j’ignorais tout avant la dispaerition de Rouicha.

    Nous devons être extrêmement nombreux à nous poser des questions sur cette culture et sur ce patrimoine commun mais qui risque de disparaitre.

    Avec des échanges comme les notres, il se peut qu’on puisse contribuer à sa survivance§

    Utopie peut-être, mais pas forcément!

    A ce propos, YOUTUBE et les autres sites du même genre regorgent d’archives sonores et visuelles qui ne demandent qu’à être exploitées.

  5. Le Penseur says:

    @Hmida

    ” … une ville du nord, où la culture et les traditions sont plutôt tournées vers l’étranger …”

    Quoi par exemple ?

  6. hmida says:

    @ Le penseur

    Parcours mon blog, tu trouveras la réponse !

  7. Le Penseur says:

    :)

  8. Abdesselam says:

    En effet, je suis quelqu’un de très nostalgique et ce d’autant plus que j’ai quitté le Maroc depuis quelques 29 ans.
    Je n’efface pas l’apport de Roucha. C’est un artiste plein de talent.
    Mais lui, Najat Aatabou ( j’en ai marre !!!), Naima samih (ya a jarhi !!) et j’en passe on imposé un style musical assez moyen très loin de nos racines. Pourquoi pas après tout ?
    Mais cela s’est fait au détriment de ces chanteurs qui nous tant apporté au lendemain de notre indépendance.
    Je me souviens de cette soirée des vétérans organisées par Mohammed al Raoui. Je me rappelle de ces chanteurs de grand talent, timides et heureux comme des débutants, de se retrouver de nouveau sous les feux de la rampes, eux qui nous tans apportés. Fouiteh, Kawakibi, Maati belkacem, Ismael Ahmed et tous les autres semblaient étonnés de cet honneur eux qui nous ont fait rêver au lendemain de note indépendance. Eux qui ont aidé à donner naissance à un Maroc nouveau. Nous leur avons préféré la quatrième corde de Rouicha et la vulgarité de Najat Atabou. Qui se souvient de Mohammed Bourazki et de sa chanson « ya sakane fi glibi, qui connaissait l’existence de Ali Ali et Al Hattab.
    Oublié. Mais « j’en ai marre » ça ne s’oublie pas.
    Comme tu l’as si bien évoqué auparavant, Benkirane veut revoir notre identité marocaine. Si on oublie ce qui que fût le Maroc authentique, on risque de tous porter la barbe et les femmes de recevoir 50 coups de fouet pour port de pantalon.

  9. hmida says:

    @ abdesselam

    Que veux-tu, ami, c’est la culture du consommable, du jettable, qui prévaut chez nous comme sous d’autre cieux!

    La sauvegarde du patrimoine culturel d’une nation est une affaire d’initiés et de passionnés!

  10. Salvadorali says:

    @ hmida et abdeslam

    il y a bien des choses que je n’apprécie guère chez notre Benkirane en chef mais je ne lui ferais certainement pas le procès d’intention de chercher à abrutir les Marocains d’islamisme et de dénaturer notre identité, qui demeure infiniment trop complexe pour être facilement remodelée. la preuve, cinquante ans de d’endoctrinement gauchiste n’ont pas réussi à faire basculer le peuple marocain de sa spiritualité foncière et encore moins de son mysticisme… mais pour ce qui est de la photo de famille de Benky à la une des magazines pipolitiques, c’est clair et net, l’islamisme vestimentaire est en marche !

    à propos de l’évocation de nos racines culturelles et artistiques, impossible de vous départager tous les deux dans votre contribution à la cause, en dépit de la quatrième corde à l’outar du défunt ou des mugissements hystérolyriques de lalla Najat, s’il vous plait ;-)

    il ne reste qu’à attendre que le plus possible de passionnés passent par ici, pour qu’ils s’en trouvent éclairés voire initiés et que goutte-à-goutte s’emplissant la rivière notre bonne vieille et authentique culture soit sauvée !

  11. hmida says:

    @ salvadorali

    Sans prétendre au rôle de pédagogue, je me permets parfois d’aborder sur cet espace certains sujets qui sont loin des préoccupations habituelles de internautes!

    Si cela contribue à nous faire réfléchir à des problèmes sérieux – aussi importants que ceux qui agitent par ailleurs la toile marocaine – je ne peux que m’en réjouir et surtout remercier ceux qui rebondissent sur ces sujets!

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