Partis seuls vers l’inconnu, en quête de travail
La saison estivale tire à sa fin….
Nos villes reprennent peu à peu leur aspect habituel, surtout celles qui ont accueilli un grand nombre de nos compatriotes établis à l’étranger.
L’opération « retour » vers les pays d’accueil de nos RME, TME, MRE, de notre « jaliya » a pris fin. Pendant deux mois, nous avons comme chaque année vu déferler des milliers de belles voitures – remarquez pas tant que cela cette année, mais on a noté des plateformes portant quad ou jet-ski – , des centaines de cars ! Nous avons assisté à la farandole sans fin des ferry car. Des allers retour sans fins, jour et nuit entre L’Espagne et le Nord du pays. Comme jamais on ne pouvait même pas en rêvait, il y a des années.
Nos aérogares regorgeaient de nos compatriotes.
Nos villes étaient pleines. Nos plages. Nos restaurants. Nos clubs de vacances. Nos boites….Saidia avait un vaque aspect à Ibiza, parait-il. Des mariages grandioses, avec limounise et même avec fiacre, comme en Sicile…. Tout cela fait chaud au cœur. Tout cela rassure le bon peuple mais aussi les autorités. Le gouverneur de Bank Al Maghrib doit se frotter les mains : l’escarcelle de devises de la “vieille dame” doit être pleine à craquer !
Il y a eu aussi le retour de notre « Jalaiya » bon chic bon genre. Ces jeunes hommes et ces jeunes filles, bardés de diplômes, du MBA au PhD, en passant par les DESS les plus pointus, sans oublier les grandes écoles françaises. Ils ont l’air plus marocains que vous et moi, mais au contrôle de police ils sont fiers de présenter leur passeport belge, français, canadien ou le top du top suisse !
Ils ont changé, en deux générations, nos compatriotes de l’étranger ! Bien changé, et c’est tant mieux !
Mais cela ne doit pas nous empêcher de penser aux premiers d’entre eux qui ont osé partir, dans les années 50 et plus souvent dans les années 60 !
Ceux-là étaient partis dans des conditions dramatiques ! Pour vivre « là-bas » dans des conditions inhumaines ! Et quand ceux-la revenaient, ils passaient des heures, parfois une journée ou une nuit entière à la frontière de leur propre pays. Ils devaient déclarer jusqu’au moindre billet de francs français ou de francs belges qu’ils avaient sur eux ! Leurs bagages étaient fouillés sans aucune discrétion ni considération ! A l’époque, pas question d’aires de repos, ni de gentilles assistantes d’une quelconque fondation !
C’est à ces pionniers de la « jaliya al maghribiya fil al kharije », que les européens ont exploités jusqu’à plus soif et que nous avons humiliés et lessivés comme pas permis, que je veux dédier le texte qui suit.
Une fois encore, je me suis laissé tenter par le « détournement » d’un texte que je n’ai jamais oublié depuis le lycée. Il glorifiait ceux qui partaient à la conquête des richesses des Indes.
José Marie de Heredia y célébrait « Les conquérants » ! Ce qui m’a donné l’idée de rendre hommage à ma façon – et avec son aide – à la destinée tragique de nos premiers émigrés, partis juste à la recherche d’un travail. Je sais de quoi je parle, j’ai vu partir en Europe des trains entiers à destination de l’Europe………..
A nos premiers émigrés.
Comme une horde de gueux fuyant le sol natal
Fatigués de porter leur misère et leurs peines,
Paysans, sans terre, sans famille, sans haine,
Partaient, ivres d’un rêve sans gloire ni idéal.
Ils allaient chercher les trésors fabuleux
Que cachaient, en Europe, les mines meurtrières,
Et leurs trains, haletants, traînaient avec eux
Leur quête d’une vie sobre mais prospère.
Là-bas, espérant des lendemains moins durs
La cité, sur leurs yeux, refermant ses murs,
Etouffait leurs rêves dans un somme esseulé.
Et, plongés au fonds de leurs noires ruelles,
Ils s’imaginaient construire un pays étoilé
Où vivraient, en paix, des générations nouvelles.
