Je rentre la plage…J’allume mon Pc….Première information que je reçois en plein dans la figure : Alexandre Soljenitsyne est mort !

Pour beaucoup, ce nom n’évoque rien. Pourtant dans les décennies 60 et 70, il était, pour notre génération, le symbole de dissidence contre le système soviétique et ses excès. Condamné par Staline en 1945 à huit ans de « redressement pour complot antisoviétique », il relatera cette expérience du goulag dans « Une journée d’lvan Denissovitch » qui dut attendre l’autorisation de Kroutchev pour être édité en 1962. Mais à partir de 1964, il retombe en disgrâce du système soviétique pour avoir continué ç dénoncer les abus du système : persécuté et déchu de sa nationalité, il s’exile aux USA. Même en exil, il fut l’objet des critiques de ceux-là même qui le portaient eux nues tant qu’il se posait en opposant communiste. Il dut même faire face à l’accusation d’antisémitisme. Encensé par les anticommunistes et diabolisé par les communistes, Alexandre Soljenitsyne a toujours continué à militer pour l’abolition de la censure et la liberté de penser. Ainsi il n’a pas hésité, bien que réfugié aux U.S.A., à faire part de ses critiques les plus vives contre la société occidentale de consommation. De retour dans son pays natal après la chute du régime soviétique, il a continué une activité intellectuelle et sociale très intense jusqu’à ce que la maladie l’en empêche, tout en résistant à la récupération tentée par Vladimir Poutine. QUELQUUES OUVRAGES DE ALEXANDRE SOLJENITSYN
L’archipel du Goulag (chez Le Seuil – 1974).
Colossale enquête documentaire et historique sur les institutions concentrationnaires en URSS. Un livre de combat, qui a ébranlé les fondements du stalinisme et qui brûle encore les mains. Ecrit de 1958 à 1967 dans la clandestinité, par fragments dissimulés dans des endroits différents, il a activement recherché, et finalement découvert et saisi par le K.G.B. en septembre 1973.
Une journée d’Ivan Denissovitch (chez 18/10 – 1976).
C’est le récit, dans sa version intégrale, de la douloureuse expérience du maçon Ivan Denissovitch dans le camp de redressement de Solovetski . Cette description crue du goulag a fait sensation dès sa parution.
Le Premier Cercle (chez Robert Laffont – 2007).
Le récit se déroule en quatre jours, du 24 au 28 décembre 1949. Quatre jours pour brosser une immense fresque de la Russie sous le joug de régime de Staline.
QUELQUES CITATIONS DE ALEXANDRE SOLJENISYNE « Ce qui est trop clair n’est pas intéressant.»«Nulle part, aucun régime n’a jamais aimé ses grands écrivains, seulement les petits.»]
«Quand on travaille pour des hommes, on en met un coup ; quand c’est pour des cons, on fait semblant.»
Extrait d’ Une journée d’Ivan Denissovitch .
«Un homme est heureux tant qu’il décide de l’être, et nul ne peut l’en empêcher.»
«La nature humaine, si elle évolue, ce n’est guère plus vite que le profil géologique de la terre.»
Extrait de L’archipel du Goulag .
«Quelqu’un que vous avez privé de tout n’est plus en votre pouvoir. Il est de nouveau entièrement libre.»
Exytrait de Le Premier Cercle ]
Paix à son âme.
Il était de la lignée de Fedor Dostoïevski.
Son livre , “L’archipel du Goulag” reste vraisemblablement l’un des ouvrages les plus lus dans le monde.
Mon dieu quelle triste nouvelle
Soljenitsyne est l’auteur qui as marqué mon adolescence, j’ai dû tout dévorer de lui et j’ai tant appris en le lisant
c’est l’auteur qui m’a appris à aimer les petites choses de la vie, puisque Ivan Denissovich se battait pour chacune d’elles, c’est l’auteur qui m’a apprit ce que peut être la liberté et son abscence, la ténacité, la volonté…
Un autre de ses grands roman est ”La pavillon des cancéreux”, un autre chef-d’oeuvre poignant dur et révélateur
(de mémoire le premier cercle se déroule sur une longue période est peut être considéré comme sa plus grande oeuvre, on y retrouve égalment une partie où l’auteur imagine Staline et ses écrits… fascinant)
La comparaison entre Soljenitsyne et Dostoievski ne vaut que pour quelques idées partagées, et pas des plus sympathiques. Pour le reste, le dissident est très très loin du souffle littéraire de Dostoievski dont vous m’excuserez de donner ici un aperçu avec cet extrait des Frères Karamasov (p 280 éd de poche), un dialogue entre les deux frères Ivan et Aliocha:
Ivan à Aliocha : « vois-tu Aliocha, il se peut bien que tout se passe vraiment de telle façon que lorsque j’atteindrai ce moment, ou que je ressusciterai pour le voir, j’exclamerai sans doute moi-même en voyant la mère embrasser le bourreau de son enfant : « Tu as raison Seigneur ! », mais je ne veux pas m’exclamer alors. Pendant qu’il encore temps, je me hâte de me prémunir, c’est pourquoi je refuse tout net la suprême harmonie. Elle ne vaut pas une seule larme ne serait-ce que de cet enfant suppliciée qui se frappait la poitrine de son petit poing et, dans le nauséabond réduit, priait le « bon Dieu » avec ses larmes demeurées sans rachat ! Elle ne la vaut pas car ces larmes sont demeurées sans rachat. Elles doivent être rachetées, sinon il ne peut y avoir d’harmonie. Mais par quoi les racheter alors ? Serait-ce vraiment en les vengeant ? Mais qu’ai-je besoin de cette vengeance, qu’ai-je besoin de l’enfer pour les bourreaux, qu’est-ce que l’enfer peut réparer puisque ceux-là sont déjà suppliciés ? Et qu’est donc l’harmonie s’il y a l’enfer : je veux pardonner et je veux embrasser, je ne veux plus qu’on souffre. Et si les souffrances des enfants ont servi à compléter la somme des souffrances nécessaires à gagner la vérité, alors j’affirme d’avance que la vérité toute entière ne vaut pas un tel prix. Je ne veux pas, enfin, que la mère embrasse le bourreau qui a fait déchiqueter son fils par les chiens ! Elle ne doit pas lui pardonner ! Si elle le veut, qu’elle pardonne pour elle-même, qu’elle pardonne au bourreau son immense souffrance de mère ; mais les souffrances de son enfant lacéré, elle n’a pas le droit de les pardonner, elle ne doit pas pardonner au bourreau, quand même l’enfant, lui, pardonnerait ! Et, s’il en est ainsi, s’ils n’ont pas le droit de pardonner, où donc est l’harmonie ? Est-il au monde un être qui puisse pardonner et qui en ait le droit ? Je ne veux pas de l’harmonie, je n’en veux pas par amour de l’humanité. J’aime mieux rester avec les souffrances non vengées. Il vaut mieux que je reste avec avec ma souffrance non vengée et mon indignation inapaisée, quand même j’aurai tort. Au demeurant, on a estimé l’harmonie trop cher, il n’est nullement dans nos moyens de payer un tel prix pour l’entrée. C’est pour ça que je me hâte de rendre mon billet d’entrée. Et pour peu que je sois un honnête homme, il est de mon devoir de le rendre le plus longtemps à l’avance. C’est ce que je fais. Ce n’est pas Dieu que je n’accepte pas, Aliocha, je ne fais que très respectueusement lui rendre son billet.”
La semaine dernière, c’était Youssef Chahine et maintenant c’est Soljenitsyn. On dirait qu’une page dans l’Histoire de la culture a changé. Je n’ai pas eu encore l’occasion de lire ses oeuvres bien que j’en ai entendu parlé.
La question suivante est s’il existe une relève à ces intellectuels qui continueront sur leurs traces en adéquation avec nos temps post-modernes.
Un immense écrivain. Je n’ai lu de lui que l’archipel du Goulag à sa sortie en France.
Bonnes vacances à toi aussi…
Vous êtes surs de ce que vous dites ?!!!
Je doute que Dostoïevski aurait accepté le gite des Etats-Unis. Et puis ce monsieur n’était pas le seul à critiquer Staline.
Sa seule particularité était d’être un russe pro-américain. Sinon y avait beaucoup de martyrs à vouloir sauver le communisme de Staline.
Dommage que l’occident arrive à réduire la richesse de la Russie à quelques clichés en leurs faveurs.
Vous ne trouvez pas bizarre que ce monsieur soit couvert d’honneur de la part de Poutine ?
C’est un réac vendu qui a trahi son peuple pour quelques (beaucoup pour lui) dollars !
Selon Moshe Lewin, dans Le siècle soviétique : « aussi longtemps qu’il [Alexandre Soljenitsyne] a mené sa bataille de l’intérieur, les observateurs étrangers ont supposé qu’il luttait pour une démocratisation du système [...]. Mais, une fois Soljenitsyne exilé en Occident, ils ont vite compris que l’anticommunisme n’était pas automatiquement porteur de démocratie. Le combat de Soljenitsyne était en fait au service d’une idéologie profondément antidémocratique, qui mêlait des éléments de « national-étatisme » à des traits archaïques de la religion orthodoxe, mais au concept même de Démocratie. Bref il y avait chez Soljenitsyne un attachement profond à un autoritarisme de son cru, qui, s’il n’était pas formulé lors de ses premières apparitions sur la scène publique, s’est développé au cours de son combat »
@ 7didane
Soljenitsyne était le symbole de la lutte contre les abus du communisme. il en a souffert dans sa chair.Tu ne peux lui enlever celà…
Une fois chez les USA, il n’a pas résité à l’envie de dire et d’écrire ce qu’il pensait du modèle amériacain : PAS BEAUCOUP DE BIEN ….
Et il a commis l’irréparable : il a osé touché au problème juif…Cela lui a valu d’être mis au ban de la société bien pensante occidentale, cele-là même qui le portait aux nues quand il cassait le stalinisme.
Quant aux honneurs que lui a rendus Poutine, on peut les mettre sur les mêmes sentiments nationaux ou nationalistes qui animent les deux hommes. Ce n’est pas une tare que je sache que d’aimer profondément son pays, l’histoire de son pays, la religion de son pays…..
“Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L’Ouest a continué à avancer d’un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s’est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l’erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l’époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout…
Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l’espace, du Progrès tant célébré n’ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n’aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle…
Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu’est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l’homme est au-dessus de tout ? N’y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l’intégrité de notre vie spirituelle ?
Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne.”
Extrait de Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978
Beaucoup plus que son antisémitisme, c’est le dynamitage des valeurs matérialistes de notre société qui l’a rendu impopulaire au-delà du symbole anticommuniste qu’il incarna.
“Quant aux honneurs que lui a rendus Poutine, on peut les mettre sur les mêmes sentiments nationaux ou nationalistes qui animent les deux hommes. Ce n’est pas une tare que je sache que d’aimer profondément son pays, l’histoire de son pays, la religion de son pays…..”
Non, bien sûr, mais il faut se méfier des amours mystiques. Ils croient tellement aveuglément dans leur “Vérité” qu’ils feront TOUT pour faire partager leur croyance aux autres… pour leur Bien, bien entendu…
Hier sur France 2 ils ont publié la regrettée émission “apostrophe” de Bernard Pivot qui lui avait consacré une interview dans son exil aux States.
C’était très intéressant surtout son livre “la roue rouge – Premier Noeud – Août 14″. La vision qu’il a de l’écriture.
@ Philco
Je reviens sur le dernier paragraphe de ton commentaire ….
“Les amours mystiques” de Soljenitsyne ne ll’ont pas poussé à faire TOUT pour les faire partager aux autres, serait-ce pour leur bien…
Il a laissé çà à d’autres mystiques plus dangereux comme Buch et son ami l’anglican passé catho Blair…..
Lui a préféré écrire, écrire, écrire…C’est tout même moins dangeureux..
@Hmida
Jamais il ne me serait venu à l’esprit de penser que ces personnages partageaient des motivations de même nature! Bush n’était animé que par une brutale volonté de puissance. Soljenitsyne, par un amour mystique de ce que tu disais: son pays, son histoire, sa religion. Même si je ne partage pas l’idéologie de Soljenitsyne, j’éprouve beaucoup de respect pour l’homme. Je n’éprouve que haine envers Bush.