S’il on devait ne retenir qu’un élément de ce qui a été réalisé lors du 1200ème anniversaire de la ville de Fès, je crois que ce serait à l’ « ANTHOLOGIE DE LA POESIE DU MELHOUN MAROCAIN » établie par Fouad GUESSOUS et éditée en 2008 grâce l’association créée à cet effet.
La mémoire collective marocaine a enregistré depuis des lustres les « qacidates de melhoun » nées du génie poétique du peuple marocain.
Et le mot « peuple » prend ici son sens le plus juste, puisque les grands auteurs de « melhoun » marocain appartiennent à toutes les classes sociales et proviennent de toutes les régions du pays.
On y trouve beaucoup d’artisans et quelques princes, des saints hommes et aussi des aventuriers, des érudits et de simples « taleb ».
Les sujets abordés par le « melhoun» sont tout aussi divers : l’amour bien entendu, la satire sociale, l’alcool n’en déplaise aux puritains, le mysticisme aussi, bref la vie dans toutes ses composantes.
La langue utilisée dans ce genre est un arabe marocain, spécifique, éminemment populaire, qui puise sa force dans la sève de la langue vivante parlée par les marocains.
Cette anthologie ne saurait évidemment pas avoir la prétention d’être exhaustive, d’autant que la matière couvre une production prolifique, le plus souvent sans support écrit.
L’apport intéressant de ce travail réside dans la présentation de la version française – une version qui se veut poétique, rimée et relativement bien réussie – de ces textes malheureusement trop longs pour pouvoir intéresser un public, habitué à un format musical, plus formaté dans le temps et dans les textes.
Une remarque pourtant sur cette anthologie : la biographie des auteurs n’a pas retenu toute l’attention voulue de la part de l’auteur. Par manque de temps ou manque de référence ? Tout est-il que le lecteur aurait espéré plus de repères historiques.
Bien sûr dans cette anthologie, on peut retrouver les morceaux de melhoun les plus connus : YAMNA, de Mohamed Masmoudi, Gnawoui de Si Thami Mdaghri, FATMA de Driss Ben Ali, Zerda de Ben Ali Mesfioui, Demlige de Issaoui El Fellous.
Pour le plaisir, je vous présente quelques tout petits extraits de cette anthologie, dans les deux versions :
· Un texte du sultan Sidi Mohamed ben Abderahman :
حليمة
واهوا يا سيدي من بعد كنت بهضات الريام
مولوع غير بالسيرة و السقات
Halima
J’étais de l’emprise des nymphes si libre !
De chevauchées, de balades, j’étais ivre !
· Cette « qacida » de Sidi Yahya Cherkaoui connue de tous les marocaines et marocains :
الفياشية
أنا مانــي فيــاش
آش علــي منــي
نقلـق من رزقي لاش
و الخـالق يرزقنــي
De quoi me plains-je ?
Mais de quoi me plains-je ?
Après tout qu crains-je ?
Gémir sur mon sort ?
Dieu est mon réconfort ?
· Cette non moins connue qacida de Cherif Sidi Mohamed Ben Ali, remise au goût du jour par les « Jil Jilala » :
الشمعة
علاش يالشمعة تبكي ما طـالـت الليـالـي
واشبيك ياللـي تتهيــئ لبكــاك كل ليلا
La chandelle
Pourquoi Chandelle, gémir tout au long de la nuit ?
Tes sanglots finiront par déborder des puits !
Pourquoi passes-tu tes nuits à te lamenter ?
· Un texte de Benali Mesfioui assez surprenant par son thème pour l’époque (aux alentours de 1885)
الطومبيل
قلت لمولاتي أم زار زيدي ترـبي على متن الســيارا
أمرت الشيفور بجهــار يمشي سرريع بنا من فوق التارا
L’automobile
« Prends place ô ma mie Zahra dans la voiture !
Et toi chauffeur, roule vite dans la nature ».
· Pour finir, un poème de Raphaël Moussa El Baz, marocain de confession juive:
سبان الله فرق جنس الناس
ريت العباد صاروا كل واحد فطريق لدا
تعجّب خاطري و تشطن بالي سيدي سيدي
Gloire à Dieu qui différencie les êtres
Oui je vois que chaque homme suit sa propre voix,
J’en suis étonné et stupéfait à la fois !
P.S. : Pour avoir une idée bien plus complète sur cet art populaire si divers, je vous invite à visiter cette page.


[...] This post was mentioned on Twitter by une marocaine, Citoyen Hmida. Citoyen Hmida said: chez citoyenhmida.org: INVITATION A REDECOUVRIR LE MELHOUN http://www.citoyenhmida.org/in.....e-melhoun/ [...]
Comme dirait mon petit neveu (je suis tonton gâteux, j’avoue) : WaW !
Déjà les drogués au chant lyrique andalou vont adorer et en plus les profanes vont enfin trouver par où entrer et rejoindre la confrérie !
Vive la francophonie marocaine qui demeure heureusement plus marocaine que francophone… Welcome to the club !
avec une pensée reconnaissante pour la vie et l’oeuvre d’un certain Abderrahmane de Tit, plus connu par les quatrains de Sidi Abderrahmane El Mejdoub.
Et un clin d’oeil en prime à Tayyeb Saddiqi, en espérant qu’il passera par ici…
Bienvenue au club:)
Merci doublement Hmida. Pour nous plonger dans les saveurs exquises du Melhoun. Et pour donner la preuve aux révolutionnaires-darijistes-à-la-p’tite-semaine que les Marocains ne les ont pas attendu pour créer en darija.
PS. J’ai personnellement un faible pour les paroles mystiques du Melhoun (quoique les poèmes d’amour sont un régal…mais quels Marocains chantent encore leurs Fadma, leur Halima et leur Aouïsha…)
Un extrait d’un poème sublime de Sidi el-Ghrabli.
يا نعـم الحي الكافـي * اكـفـيـنا شــر الـوقـت مـا نشوفوا غيــار
يا مول الفضل الوافي * فـضـلك ما يتـنـهـى و لا تحــده اشـطـار
عـجل بدواك الشافي * و ارحـم ضـعف الامة الغارقة فالـوزار
قادر تـبلـي و تعافـي * و تنـسـخ الشـدة بالعـفـو كمـا في الخبـار
يـا لطف الله الخافــي * الــطــف بـنــا فـيـمـا جـرات به الاقـدار
P.S Mon antispam est Hmidette que je salue au passage
@ aicha q.
Bien sûr qu’ily a encore des marocains qui chantent encore leurs Fadma, leur Hlima ou leur Aouïcha. La manière a peut-être changé, mais pas l’intention.
Justement, je n’aime pas ces nouvelles manières. Je préfère l’époque où les hommes chantaient sans complexe (et sans mièvrerie) leur amour, leur joie et leur douleur…
A déguster le célèbre poème Laghzal Fatma:
امولاتي والحب والهوى والعشق ونار الغرام
من حالت الصبا فعضايا قاموا
كل واحد دار مقامو فمهجتي وضحى بحسامو مع سهامو
يطعن ويزيد بالجراح عدامي……. في غراد هذ الدامي
غير ملكت عقلي بجمالها وغلقت عنوة باب المراحمة
@aicha q.
J’avoue que j’ai du mal à cerner ta personnalité, je te connais une fervente supportrice des intégristes et voila que tu parle d’amour et de fatma.
@Moh
Depuis quand la religion musulmane interdit-elle de parler d’amour et de fatma ? ou même de le chanter muni d’une ta3rija ou d’une guitare électrique ?
merci a jil jila qui m a fait decouvrir ce poeme du cheikh ahmed Nejjar
(l’adieu à l’ingrate)
كيف يمنع العشران****من طيبه بين الناس ينشكر
ا يغدر لوكان****في الوكر معاه طليبه
شفتك جيتي زربان****غرّوك صحاب الفيش و الفجر
من لا ليهم شان****في نهار الضد يغيبو
لاكني سير و كان****لابد كثير الجهد ينكسر
من بعد الذيدان****سيسان الغدر يريبو
dans la nouvelle religion des barbus l’amour, la fete tout ce qui est joie est strictement interdit
et c’est pour ca que la majorité des gens ne sont pas barbus.
Moh, je ne suis pas un protozoaire monocellulaire. Je suis un être complexe.
@ moh
Ces gens-là n’ont rien compris à l’enseignement du Prophète qui ne dédaignait ni les femmes, ni les parfums, ni la vie dans son expression la plus vivante!