Mohamed El Habin FASSI FIHRI Editions L’HARMATAN (2004)
D’emblée, l’auteur m’a intéressé. Juriste, haut magistrat, ambassadeur, l’homme publie – après plusieurs ouvrages spécialisés – un premier roman qu’il dédie à son épouse à l’occasion de leurs noces d’or. Un tel homme ne pouvait, me semblait-il, avoir écrit un roman quelconque.
Le roman, ensuite.
Dès les premières pages, nous sommes plongés dans un Marrakech ancestral, celui des années 1940. La médina, ses habitants, ses habitudes, ses ruelles, ses commerçants, ses structures sociales, sa foule, y sont décrites avec une précision méticuleuse, sans concession mais sans misérabilisme.
Certaines passages sont du premier chapitre sont de véritables morceaux d’anthologie, comme les pages sur le tailleur et paysan, sur le cycliste, sur les cours à l’école coranique ou encore celles sur la cérémonie de Soltane Tolba ou les adouls, sans oublier les relations entre des différentes communautés.
A l’intérieur cette mise en scène, se noue une intrigue qui, à prime abord semble assez commune, mais qui finit par se greffer sur l’histoire du Maroc des années post-indépendance.
Le lecteur, même le plus averti, y retrouvera cette ambiance très particulière qui a marqué le Maroc de cette période.
Période trouble durant laquelle les nationalistes réglaient leurs comptes avec les anciens collaborateurs.
Période trouble où les anciens collaborateurs tentaient de se dédouaner aux yeux du nouveau pouvoir.
Période trouble où les fortunes se énormes se faisaient et se défaisaient au gré de pouvoir que tel ou tel individu détenait au nom de telle ou telle action nationaliste réelle ou supposée.
Tout l’intérêt de cet ouvrage, rédigé il faut le signaler dans un style d’une limpidité et d’une finesse remarquables, dans la description de ce pan de l’histoire moderne de notre pays que bien des protagonistes ont intérêt à oublier sinon à occulter.
Mohamed El Habib Fassi Fihri l’évoque en la romançant certes, mais sans effacer l’aspect glauque.
