Au détour d’une récente conversation, j’ai utilisé spontanément  le mot de « kharboucha » à propos d’un gribouillage ! Je sais, j’aurai dû dire « tkharbicha » ! Mais c’est « kharboucha » que j’ai sorti et cela m’a valu d’être vertement tancé par l’ancêtre de la famille présent à la discussion !

« Tu parles de « Kharboucha » ? Sais-tu au moins qui était Kharboucha ? Renseigne-toi sur elle, tu verras que c’est une figure de proue de notre patrimoine national !»

Ainsi « Kharboucha » serait une personnalité connue, et qui plus est une « une figure de proue de notre patrimoine national » et je l’ignorais !

Je me suis renseigné et je vous livre le résultat de mes recherches !

D’abord, Kharboucha a-t-elle réellement existé et si oui, qui était-elle ? Attachons-nous aux faits.

Le mot de « mythe » revient souvent quand on s’intéresse à Kharboucha ! Existe-t-il des références historiques écrites irréfutables sur l’existence réelle d’un personnage ayant porté ce nom ?
Je ne suis pas qualifié pour le dire, mais on s’accorde généralement autour des affirmations suivantes :
·    Kharboucha aurait vécu dans les années à cheval entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, dans la région de ABDA, arrière- pays de la ville de Safi, au sein de la tribu des Oulad Zayd.

·    Il s’agirait de ce qu’il est convenu d’appeler une « cheikha », une chanteuse populaire prénommée Hadda. Belle ? Certains l’affirment ; d’autres prétendent que son visage était marqué par la petite vérole ou encore  qu’il portait des tâches de rousseur !

·    Son talent  de chanteuse et poétesse est reconnu ainsi que  l’engagement des textes de son répertoire. Kharboucha s’en prenait  aux  tyrans qui écumaient la région, en interprétant des « aitas » dans la pure tradition « marsaoui ».

·    La cheikha aurait été convoitée par le Caïd   Aïsa Tamri qui sévissait impunément sur ses administrés. Il l’aurait enlevée  et  séquestrée. Elle lui aurait résisté,  jusqu’à sa mort prématurée.

C’est de cette aventure qu’est né le mythe de Kharboucha.

Dans un prochain billet, je tenterai de récapituler  les conséquences du mythe de Karboucha sur le patrimoine culturel national.

A suivre ……

15 Comments on KHARBOUCHA : de la réalité au mythe (1/2)

  1. RDB says:

    Enfin une bonne lecture :) Depuis ce matin que je suis entrain d’écumer la blogoma, je n’ai pas pu terminer un post avant de tomber sur le tiens chez Oncle Hmida :) merci twitter et vivement la suite!

  2. M/// says:

    bonjour hmida,
    ça me parait bizarre que tu connaisse pas kharboucha, au moins de son nom.. il ya même un film qui a été fait en son honneur .. comme quoi .. les ingénieurs marocains ne détiennent pas le monopole du manque de culture ;) )

  3. ça me réchauffe le coeur quand tu parles de ce genre de mythe-réalité…ce domaine foisonne de riches exemples…
    et comme tu parles de Safi, cela me rappelle un enseignant de la région qui a consacré sa vie à écrire sur les origines profondes “d’al-aï6a” et tout ce qui s’ensuit…cet enseignant-chercheur qui était souvent invité à notre télé, est décédé dans le plus parfait anonymat, comme toujours chez nous…
    par ailleurs connais-tu cher ami , les origines “d’al3alwa”…
    eh bien, lors d’une récente émission à la télé, on a tout simplement et tout bêtement avoué qu’on les ignore…et pourtant, un de ses authentiques et nombreux interprètes était présent et l’a chanté au son de son law6ar de bout en bout à parier que c’est lui qui en est l’auteur…
    de plus ça m’a fait beaucoup de peine d’apprendre que ce chanteur vit dans le dénuement le plus total à tel point que lors des discussions , il a dit en passant : “khoukoum daymane mkarfess”…

  4. hmida says:

    @ lautiste

    Notre patrimoine culturel et historique est en effet riche de personnages mal connus ou pire méconnus.

    J’essaie modestement d’y remédier en les évoquant sur mon espace : Abdekrim Khattabi, Caid Risouni, Bou Hmara, aujourd’hui Kharboucha, demain un/une autre….

    Il n’y a pas que l’actualité dans la vie!

    M///

    Je reconnais ne pas connaitre Kharboucha, et bien d’autres choses encore sur la culture de notre pays!

    Mais, j’essaie de combler mon déficit de culture : je ne suis pas comme les ingénieurs (du moins certains) qui croient tout savoir!

    @ RDB

    Juste le temps de mettre au net le texte….

  5. M/// says:

    On (en tt cas “je”) ne prétend pas tout savoir , mais on ne catégorise pas non plus les autres comme des ignorants :)

    Bon , j’avoue que c’est un peu méchant ce que j’ai dit et je m’en excuse .. mais ça a donné le même effet que ton précédent billet dans lequel tu massacrais les ingénieurs .. démonstration par l’exemple :)

  6. hmida says:

    @ M///

    Mon idée sur les ingénieurs n’est pas tout à fait infondée, je persiste à le croire!

    Quant à mon “inculture” j’en fait état publiquement sur cet espace dans le billet que tu peux lire ici

    http://www.citoyenhmida.org/pa.....rquoi-pas/

    Peu d’ingénieurs peuvent en dire autant!

    Tout cela sans aucune méchanceté, je t’assure!

  7. Bonjour, bonne année et meilleurs voeux ….

    Je passe te faire un petit coucou et te dire qu’il y a un film récemment sorti qui retrace la vie de cette poetesse un peu oubliée. Je ne commente pas le film mais je salue l’effort… :) )

    http://studio.ma/kharboucha.html

    à très bientôt j’espère…

  8. hmida says:

    @ bekouchi karim

    Heureux d’avoir de tes nouvelles!

    Merci pour tes vœux et reçois les miens les plus chaleureux!

    Pour ce qui est du film, je compte en parler dans mon prochain billet ainsi de ce que Kharboucha a inspiré aux artistes marocains!

  9. Le Penseur says:

    Il faut se rappeler qu’il y a quelques années, le PJD a travers son MUR s’indignait du festival de “musique aïta”, alors que qu’il s’agit de la musique la plus écoutée au maroc …
    On ne peut que se féliciter de la réaction de la société marocaine, à travers ses différents composantes (y compris ses dirigents) pour faire face à la foutaise islamiste.

  10. mounir says:

    Il y a longtemps que je veux écrire sur ces “mythes” : Kharboucha, Ytto, Aicha, … qui nous rappellent que notre société n’a jamais été masculine exclusivement dans l’histoire.
    Merci pour cette initiative

  11. hmida says:

    @ Mounir

    Les sujets ne manquent pas pour faire revivre notre patrimoine oublié ou pire méconnu!Je crois que c’est faire œuvre citoyenne que de contribuer à le faire revivre, même si l’entreprise est modeste : il suffit juste de donner envie aux autres de continuer à chercher !

    @ Le Penseur

    Le PJD et autres ne peuvent pas gommer ce qui fait partie intégrante de notre marocanité!

  12. aïsha q. says:

    Merci pour ce billet Hmida (et tous les autres!).
    Je suis fascinée par ce genre de figures.
    La Aïta a bien mauvaise réputation mais sait-on que les 3/4 de ses paroles sont une invocation aux saints et que chaque patronale avec ses prières et ses Dikr ne pouvait se faire sans Aïta.
    En lien : Fatna Bent Lhoucine (auquel un documentaire mémorable a été consacré sur la chaine musicale mezzo).

  13. aïsha q. says:

    J’ai oublié le lien : Kharboucha par Fatna Bent l’Houcine
    http://www.youtube.com/watch?v=GhEUz5rFXeM

  14. hmida says:

    @ aicha q.

    Tu m’as “piqué” la chute de mon prochain billet! Je voulais justement mettre en ligne le lien que tu signales!

    L’essentiel est que tout le monde en profite!

  15. aïsha q. says:

    Désolée Hmida!!! Mais je sais que tu ne manques pas de ressources!