Pourquoi et comment en arriver à “çà”?
Mohamemed Moulessehoul, ancien officier de l’armée algérienne, a déjà publié plusieurs romans sous le pseudonyme de Yasmina Khadra. Il y traitait, avec une approche assez particulière, du problème du terrorisme islamiste qui a ravagé son pays pendant la sanglante décennie 90. On pouvait apprécier ou non son style et ses personnages, qui se voulaient inspirés d’un San Antonio revu et édulcoré. Mais sa connaissance du milieu policer et des arcanes des réseaux islamistes et de leurs méthodes, donnaient des résultats assez convaincants. Yasmina Khadra avait atteint le sommet de son art concernant l’analyse et la description de l’Algérie déchirée par la guerre civile dans « A quoi rêvent les loups » paru en 2003, toujours chez Julliard, sans oublier « Les agneaux du seigneur » paru déjà chez le même éditeur. Puis est arrivé le moment où il a fallu que l’auteur se renouvelle, qu’il renouvelle son inspiration, qu’il renouvelle ses paysages, ses personnages, qu’il renouvelle ses intrigues, qu’il renouvelle son style….Et même se lancer un nouveau défi.Tout en restant fidèle à se qu’il sait faire le mieux : décortiquer la violence, la décrire, essayer de l’expliquer sans jamais la justifier….Et c’est ce que Yasmina Khadra a tenté, et dans une certaine mesure brillamment réussi dans « L’attentat ».
Nouvelle inspiration : le problème palestinien, plus exactement le problème des arabes israéliens, leur intégration dans la société israélienne, leur déchirement aussi, et les dérapages qui en découlent. Nouveau personnage : un arabe israélien chirurgien de son état, brillant de surcroît, très bien intégré dans la société de Tel-Aviv. Son épouse, arabe et israélienne elle aussi, belle, instruite. Donc un couple heureux, comblé à tous points de vue, sans aucun souci…..Jusqu’au jour où elle décide de se faire exploser dans un restaurant à Tel-Aviv, provoquant la mort de 19 personnes. Nouvelle intrigue : Le chirurgien veut savoir ce qui a provoqué le dérapage de son épouse…..Quête difficile parce que totalement hors de la raison, hors des schémas qu’il a passé une vie à se former. Nouveaux paysages : D’une part la désolation des camps de réfugiés palestiniens, les réunions secrètes de leurs leaders, les attaques des chars israéliens contre des maisons que leurs occupants ont fui….et d’autre part la vie facile à Tel-Aviv, malgré la peur des attentats, la police bien organisée, les beaux appartements, la panique qui suit les attentats, les hôpitaux si bien équipés. Nouveau défi enfin : L’arabe Yasmina Khadra n’a pas laissé aux seuls israéliens le soin d’aborder ce terrible problème dans le cadre de la seule littérature, sans passion ni état d’âme, en homme de lettres. Tous ces ingrédients ont contribué à produire un roman dense, bien construit, qui vous tient à la gorge de la première à la dernière page. Un roman sans concession, qui ne donne pas de leçons ni aux uns ni autres, mais qui montre, à travers une histoire personnelle, l’horreur de ce que vivent les palestiniens et les israéliens…. Cependant, il faut bien reconnaître que l’auteur n’a pas su se débarrasser de son style parfois faussement léger, qui voudrait dédramatiser des situations trop poignantes et ne parvient qu’à rendre la lecture parfois quelque peu pesante.
