Problème de morale ou de société?
J’ai reçu le texte suivant en commentaire sur un de mes posts précédents. Je me permets de le reprendre textuellement et de le soumettre comme base à notre réflexion commune sur ce douloureux phénomène :
« Ces jours on ne parle aux informations que de la lutte contre le travail de petites filles en tant qu’aide- ménagère (il parait que ce mot est plus respectueux que femme de ménage mais cela ne change rien au fond). Or cette politique s’attaque à l’aspect externe de l’exploitation et non à sa cause. Sa cause c’est l’analphabétisme et la pauvreté des parents qui trouvent là un moyen d’avoir un peu d’argent ! La cause c’est l’exploitation de certaines personnes qui trouvent la une main d ouvre à bon marché et des fois malheureusement un moyen d’exploitation sexuelle même. S’attaquer à ce phénomène passe d’abord par lutter contre ces causes. Moi, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’une fillette vienne dans une famille pour au départ faire le ménage ! On peut faire venir une fillette avec l’intention qu elle fasse le ménage mais en réalité c’est pour essayer de la sauver de cela.
Mais ensuite, grâce a une conscience individuelle et collective au sein de la famille, il faut faire en sorte que cette fillette aille a l’école, apprenne un métier joue et vive comme n’importe quelle enfant…C’ est encore mieux que de la laisser dans un milieu défavorable. Je crois qu il faut arrêter de compter sur l’Etat pour changer les choses. Pour certains domaines comme celui-là, chacun peut faire quelque choses à son niveau et l Etat ne devient ensuite qu’un régulateur qui fait des lois que la société civile dicte.
Je me souviens d’une petite qui venait nous aider en été ; j’avais de la peine à la voir travailler pendant que mes enfants jouaient. Alors j’ai fini par la considérer comme une invitée à qui on offre des vacances. J’aurai aimé la garder lui offrir un métier, une scolarité mais je ne pouvais me résoudre à la priver de sa famille…On a quitté le Maroc ; elle est retournée chez elle a contre coeur car elle n’a pu rester enfant tout simplement…Sa famille l’a déjà placée ailleurs… »
Je ne permettrais pas de porter un jugement sur le contenu de ce texte ni sur le ce qu’il induit mais je peux dire que je ne suis absolument pas d’accord la philosophie même qui le soustend.
Pour moi, la place dans un enfant est dans une famille, sa famille, et dans une école !
Bien sûr, cela semble utopique dans notre société, où les difficultés socio-économiques – utilisons ces mots pour ne pas tomber dans le misérabilisme – font que ce qui est souhaitable n’est pas forcement réalisable !
Bien sûr, prendre une petite fille à la maison pour « donner un coup de main » peut partir d’un bon sentiment, d’un sentiment de charité, mais où s’arrête « le coup de main » ?
Bien sûr, des centaines de famille marocaines considèrent que « prendre une gamine » revient à lui venir en aide, à la sauver ! Mais la sauver de la misère, pour la faire tomber dans l’esclavage ? La sauver de la pauvreté, pour l’enfermer dans un espace clos entouré des corvées ménagères ? La sauver de la faim pour la nourrir de restes dans des conditions humiliantes ?
Bien sûr, que de « Madame Tazi » considèrent que avoir une « petite bonne » est en soi une bonne action morale, bien que cette petite fille ne connaîtra jamais l’école. Elle ne peut être à la fois élève assidue et employée de maison ! Elle ne peut être intéressée à la fois par la table de multiplication et la vaisselle ! Elle ne peut apprendre que les enfants ont le droit de jouer et se voir priver de jeux !
Bien sûr, les parents sont complices dans ce ignoble marché ! Au lieu de se plier à des règles de vie qui auraient limité leur progéniture, ils préfèrent s’en remettre à Dieu pour assurer que chacun sur cette terre à sa part de « rizk9 » ! En effet, ils ont raison, sauf que la part de « riz9 » des petites filles qu’ils « confient » à de véreux intermédiaires chargés de les placer n’est pas bien consistante !
Avant même de poser des problèmes de droit et de société, l’exploitation des petites filles dans les travaux ménagers doit nous interpeller individuellement au niveau de notre conscience, de notre morale, de notre éthique !
La campagne publicitaire menée à grands renforts de placards, de spots et de slogans n’a pas grand chance de réussir tant qu’au niveau individuel, chaque chef de famille, chaque père, chaque mère, chaque adulte vivant dans une famille n’est pas conscient que ce phénomène NE DOIT PAS EXISTER !
Aider une famille en difficulté ne consiste pas à lui subtiliser sa petite fille contre quelques billets de DH 100.
Aider une petite fille à sortir de la misère ne consiste pas à la nourrir de restes, à la faire dormir dans la cuisine, à la faire travailler de 12 heures par jours et à donner à ses parents quelques billets de DH 100.
Il existe d’autres moyens d’entreprendre des actes de charité ! Il existe de structures adéquates pour ce genre d’action ! Il existe des canaux légaux conformes à nos traditions, à notre culture et à notre religion pour « aider autrui » !
Nous ne pourrons jamais venir à bout de la misère, certes, mais ne participons pas à la rendre plus pernicieuse et moins visible en nous donnant, en sus, bonne conscience !

j’ai les aimer beaucoup