Une promenade entre terre et mer !
Vous êtes de passage à Rabat et vous avez envie de vous réoxygéner les poumons, de vous vous ressourcer en respirant de l’air pur, frais, plein de belles et bonnes odeurs de la mer, sans avoir à subir la foule….Alors prenez la route côtière et arrêtez-vous dès les premiers kilomètres à la plage de Hahroura. Juste avant le premier grand rond-point, une petite déviation qui descend vers la mer sur la droite.
Ce petit coin a été doté par la nature d’un microclimat connu et apprécié depuis très longtemps par les asthmatiques. En effet, les premiers colons français ont vite repéré ce lieu et l’avaient déjà choisi comme lieu de villégiature. Des petites villas coquettes y ont été construites dans la forêt de pins qui descendait jusqu’aux rochers qui bordent la mer. Avec le temps, le nombre de villas a augmenté, la petite localité de Harhoura s’est agrandie. Elle a débordé du cadre initial, en s’étendant plus au nord par la construction de villas plus cossues, plus modernes et surtout plus moches. Du coté sud, les constructions se sont aussi étendues, un peu moins tape-à-l’œil mais toujours aussi moches. Mais l’important est que la corniche qui longe la plage de Harhoura ait été non seulement sauvegardée mais aménagée et bien entretenue. Et actuellement, c’est un très bel endroit pour marcher le long de la mer et en admirer les milles et cent aspects. Pour quelqu’un qui aime la mer, cet endroit est une véritable aubaine, car quelque soit l’heure de la journée où il se décide d’y venir le spectacle est unique, jamais renouvellé. A marée haute, les vagues viennent mourir contre le mur de soutènement qui supporte la corniche. Ainsi, toute la crique de Harhoura semble appartenir à l’océan, sans que rien ne vienne les séparer. Vous y trouverez quelques pêcheurs à la ligne, installés patiemment dans l’espoir de voir un poisson venir taquiner leur appât. Promeneur assidu, je n’ai pas eu l’occasion d’assister à de triomphales prises…Le coin n’est peut-être pas poissonneux mais il est très agréable ! A marée basse par contre, le promeneur croirait que la mer appartient à un autre monde. Quelques mètres de sables, puis tout de suite des rochers, des rochers et encore des rochers. Et entre les deux, un reste de mer qui semble ne pas vouloir se retirer, traînassant paresseusement sur le sable, en de larges méandres interminables. Les jeunes profitent de ce moment pour se lancer dans de frénétiques joutes footballistiques, qui se résument en fait en de longues courses après celui qui monopolise le ballon ! Des rochers qui forment comme une barre, parallèle à la côte, qui interdisent à la mer d’avancer, qui se dressent face aux assauts des vagues, comme des fortifications, des remparts, surmontés de tourelles pointues…Mais on sent la mer derrière ces murs en apparence imprenables ; on la voit rouler ses vagues, loin là-bas à l’horizon, les pousser comme un rouleau compresseur, qui irait de plus de plus en plus vite, pour venir se fracasser contre ce mur et exploser en un festival d’embruns et d’écume. Et c’est sur ces rochers en lutte contre la mer que la vie humaine est la plus active : pêcheurs téméraires qui osent défier la mer du haut des rochers, ramasseurs de moules qui risquent leur vie à chaque instant sur les escarpements balayés par les vagues, hardis promeneurs en quête de sensations fortes, à la recherche d’efforts physiques sains et revigorants ! Mais les moments les plus mystérieux sont ceux qui marquent la montée ou le retrait de la marée. Une fois que les vagues ont vaincu la résistance du mur de Harhoura, plus rien ne les arrête. L’eau s’engouffre alors entre les rochers, avance en folles cascades, envahit les moindres interstices, les plus petites crevasses, s’infiltre dans les anfractuosités les plus inaccessibles, comme poussée par une volonté de tout conquérir et de recouvrir toute la plage de son manteau bleu pour ne faire qu’un avec l’océan. Ces moments magiques attirent le plus de promeneurs sur cet espace qui n’est ni tout à fait la terre ni tout à fait la mer ! Moments féeriques où en sautant de rochers en rochers, avec le bruit des vagues qui emplit l’air, on se croirait à la vallée Vittel à Ifrane, tellement les bras de mer se démultiplient en ruisseaux, avec cascades, tourbillons, petites vasques. Chaque pas dans les rochers gagnés ou perdus par la mer semble unique ! Cela dure jusqu’au moment où la nature décide que son travail est fait et qu’il est temps de le défaire. Alors l’eau semble reprendre le chemin inverse de celui qui l’a conduite à vaincre la plage. Les rochers commencent alors à renaître, d’abord les tourelles pointues, plus les gros blocs. L’eau rebrousse chemin avec autant de fougue qu’à la marée montante. Et la terre reprend la place éphémère qui est la sienne. Autre phénomène assez extraordinaire : les mouettes, qui se posent, sur le sable ou sur les rochers, toutes tournées vers le même côté, comme des croyants tout à leur prière….Tournées vers quoi? Le soleil? Le vent? La mer? Elles seules semblent le savoir. Bien sûr, ce spectacle demande des heures de présence ; mais venir sur la corniche à des moments différents de la journée permet justement de surprendre chaque fois un épisode de cette lutte perpétuelle entre la terre et la mer. Qui donc profite de cette corniche ? Bien peu de monde en vérité ! Quelques vieux couples qui viennent se nettoyer les poumons, loin de la pollution de la ville ! Quelques couples d’amoureux assurés de ne pas déranger ni d’être dérangés ! Beaucoup habitués avec leurs chiens, en général de beaux chiens, de ces animaux qui ont besoin d’espace pour courir, brûler leur énergie et maintenir leur équilibre ! Des mamans avec leurs enfants ! De jeunes couples, avec leur petit sur les épaules paternelles, installé dans le porte-bébé ou couché dans un landau poussé vaillamment par le papa. Parfois des promeneurs solitaires, en quête de calme et de sérénité. Et souvent de groupes de jeunes venus pique-niquer et se détendre avant les examens. Mais à part le dimanche matin et les jours fériés, la corniche est malheureusement assez peu fréquentée. Peut-être est-ce une bénédiction qu’elle soit encore à l’abri du snobisme et du tape-à-l’oeil qui caractérisent certains endroits de la capitale ! Et après une belle promenade où vous auriez selon le moment admiré et profité de tel ou tel moment de la mer, vous pouvez vous installer sur la terrasse du seul café qui domine la plage pour y savourer un délicieux rafraîchissement ! P.S. ajouté le dimanche 11 février 2007 : Vous pouvez ausi, maintenant que les jours sont plus longs, oser une très belle ballade sur les rochers juste avant le coucher du soleil. L’obscurité, couvrant doucement la corniche, constitue un spectacle extraordinaire, à savourer jsuqu’à la tombée rotle de la nuit.
