« ILS SONT VOTRE ÉPOUVANTE ET VOUS ÊTES LEUR CRAINTE ».
Cette suite de mots m’a tout de suite interpellé ! L’agacement de la phrase est en effet terrible. Il donne froid dans le dos.
De qui s’agit-il ? A qui peuvent bien se rapporter ses paroles terrifiantes ? Qui fait peur à qui ? Qui craint qui ? Qui épouvante qui ?
Rassurez-vous ! Il s’agit juste du titre d’un roman de Thierry JONQUET paru chez LES EDITIONS DU SEUIL, en octobre 2006.…Un roman noir, certes, mais ce n’est qu’un roman !
Sauf qu’il s’agit d’un roman social, très dur, très vrai, qui retrace la vie quotidienne d’une certaine France.
Thierry JONQUET y aborde avec un talent sûr les problèmes des « cités », notamment celles du fameux « 9-3 », ce département qui est devenu le cauchemar tant de ceux qui y habitent que de ceux qui sont censés l’administrer.
Même galère pour les petits beurs et les enseignants chargés de leur apprendre les rudiments de la langue française.
Même galère pour les parents complètement déboussolés et leurs enfants confrontés aux problèmes de la drogue et des bandes.
Même galère pour les juges chargés d’appliquer la loi devenue inapplicable et les policiers chargés de maintenir un ordre devenu illusoire !
Même galère pour les garçons déchirés entre un islam mal maîtrisée et une « Palestine » importée en plein cœur des cités et même galère les filles pâmées face à la STAR’AC et aux facéties de Britney Spears.
Seuls semblent s’en tirer sans trop de mal quelques caïds, bien installés dans leurs territoires jalousement délimités.
Quelques prédicateurs aussi, qui tentent de pallier les défaillances que personne ne semble avoir prévues et que personne ne semble en mesure de combler !
De tout cela, naîtront l’épouvante et la crainte ! L’incompréhension, puis la haine …Et la violence, et finalement la mort !
Tout cela va mener les cités des banlieues françaises aux événements de novembre 2005.
L’auteur a tissé tout au long des 343 pages de son roman la trame de cette tragédie sociale, en entrecroisant le vécu d’un jeune beur doué mais handicapé, la vie d’une jeune professeur de collège au nom à consonance juive, l’espoir d’une beurette qui veut réussir, le désespoir d’un jeune noir sans avenir, la déchéance d’un immigré de la première génération, l’incapacité d’un juge dont la bonne foi ne suffit pas à combler les défaillances du système et bien d’autres acteurs de la vie des cités.
Ce roman n’est sûrement pas un livre de vacances, mais une fois commencé on le lâche difficilement. On le lit le cœur serré, la gorge nouée!
P.S. : Le titre de ce roman est un vers tiré d’un poème de Victor Hugo de 1871 en faveur de l’amnistie des condamnés de la Commune.


En effet Victor Hugo écrivit ce poème pour dire les 343 pages du roman de Thierry Jonquet !
A CEUX QU’ON FOULE AUX PIEDS
Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
A vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité ;
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
Et c’est pourquoi j’ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.….