La course au pouvoir peut-elle tout justifier?
La politique intérieure française m’a toujours intéressé. J’y retrouvais dans la réalité quotidienne, que je percevais à travers les médias, tout ce que j’ai pu apprendre et apprécier sur l’exercice de la démocratie, sur le droit à la liberté, l’égalité de tous à participer à la vie du pays. Les partis politiques se passaient le relais du pouvoir dans la plus grande élégance. Quand les gouvernants changeaient, les « administrateurs » restaient, pour faire marcher le pays….Loin du système des « dépouilles » américain….. Les partis politiques, malgré leur nombre, gravitaient allègrement autour de deux grandes idées directrices : la droite – la gauche. Mais ces deux idées ne se chevauchaient que rarement, uniquement quand l’intérêt du pays le commandait ! Les hommes politiques français étaient les symboles vivants des idées qu’ils incarnaient ! Jamais un parti politique n’a été en symbiose totale avec son leader que le PCF et Georges Marchais, par exemple ! Mitterrand et Chirac ont été à une époque les symboles vivants le premier de la France de gauche, le second de la France de droite ! Les élections donnaient en général les résultats escomptés, sortant rarement des prévisions des sondages….Même les periodes de cohabitation ……Bref, la politique intérieure française me semblait l’exemple type du fonctionnement d’une démocratie normale….
Mais depuis la dernière élection présidentielle française de mai 2002, tout ce beau modèle semble partir à vau-l’eau. Rien ne ressemble plus à rien ! Une « finale » présidentielle totalement hallucinante, un candidat malheureux (et pourtant intimement assuré d’être élu haut la main au vu de ses performances en tant que premier ministre), un président élu à un score digne d’un « démocratie » africaine ….Mais le comble du comble, c’est que personne ne s’est retrouvé dans cette élection…..Ni ceux qui ont perdu, en l’occurrence les socialistes, qui sont toujours à la recherche de la voie à suivre. Ni ceux qui ont gagné….la droite disons modérée, qui a dû se restructurer en s’agglutinant autour d’un concept plus que vague appelé « UMP » …..Ni l’extrême gauche qui a du voter pour un candidat de droite et qui ne se le pardonne pas….Ni les verts qui ont été surpris par la vacuité de leur programme et la nullité de leurs représentants…..Ni l’extrême droite qui a mesuré enfin les limites inextensibles de son électorat.
Et quatre ans après, la France n’est pas encore remise de ce traumatisme. Monsieur Hollande, chef de file des socialistes, a rappelé à l’occasion de la crise qui secoue la France depuis deux mois « les conditions dans lesquelles le président de la République a été élu ». Comme si cette élection était le fruit d’un scandale électoral, comme si M. Chirac – auquel on peut reprocher des tonnes de choses – avait usurpé cette fonction par on ne sait quelle abominable magouille !
Et quatre ans après, les partis politiques qui ont été incapables de porter leur candidats, au moins jusqu’au deuxième tour, n’arrêtent de se lamenter sur cette situation. En dépit d’un retrait de la politique, très digne – mais la dignité n’est pas forcément une qualité en politique – M. Jospin essaie de retrouver sa place dans l’échiquier politique français… Démarche pathétique, sinon maladroite…..Ses amis – pour autant que l’on puisse avoir des amis en politique -s’entredéchirent pour se placer dans la course à la future présidentielle de 2007. Démarche prématurée, pour ne pas dire déplacée….Entretemps, le PCF, les verts, les partis de l’extrême-gauche sont entrain de se diluer, de s’étioler, de perdre leur âme et surtout leurs militants. Comment peut-on continuer à se prétendre « communiste » en 2006 ? Comment peut-on défendre une politique soi-disant écologique quand le fer de lance du parti vert n’a de cesse de prendre des décisions destinées plus à faire scandale qu’autre chose ? Comment peut-on croire au discours de Madame Laguiller qui ressasse depuis 1965 les mêmes phrases destinées aux « travailleurs, travailleuses » dont la majorité n’ont plus justement de travail.
Plus encore, ces derniers temps ont été pour la classe politique française une véritable « annus horribilus ». De la réforme des retraites dont les socialistes ont rejeté des dispositions qu’ils auraient dû prendre quand ils étaient au pouvoir en passant par la campagne référendaire pour la Constitution européenne où certains leaders socialistes ont pris le contre-pied de leurs propres militants juste pour se démarquer en vue de la présidentielle de 2007 et en faisant un crochet par la crise des banlieues où les casseurs s’en sont pris plus aux véhicules de M. Dupont, petit employé, de M. Fatmi, ouvrièr, de Mme Lamuche, institutrice, qu’aux vrais symboles du capitalisme sauvage, jusqu’à la crise actuelle qui risque de mener la France au bord du chaos, alors que l’enjeu est d’une légèreté dramatiquement exagérée !
Les leaders, les politiciens et surtout les syndicalistes dont la tête et le nom étaient ignorés de la majorité des français, semblent ne vouloir reculer devant rien pour « paraître » , pour « exister » grâce à la télévision ! Le CPE est pour eux une véritable « Starac de la contestation », chacun d’eux veut devenir « la nouvelle star » de l’opposition. A longueur de manifestations, de déclarations, d’interviews, ils n’ont qu’une seule phrase à la bouche : « il faut retirer le CPE ». D’accord, mais l’exigence du retrait d’une mesure, aussi mauvaise soit-elle, constitue-t-elle un programme politique ? Le retrait du CPE va-t-il donner du travail aux jeunes français qui n’ont pas ? Le retrait du CPE va-t-il créer la croissance économique, seule source de richesse de toute nation ? Le retrait du CPE va-t-il rétablir la confiance des français dans leurs élites politiques ?
Non, mille fois non !!
Dommage de voir ainsi un modèle se saborder, d’assister à la disparition annoncée d’une démocratie, de voir se nouer un drame politique, social, économique dont les principaux protagonistes n’ont qu’un seul but : LE POUVOIR !
