Il est évident que la crise financière, puis économique, qui a secoué le monde depuis septembre 2008, aurait pu être évitée si les dirigeants politiques et les grands patrons avaient été plus vigilants.
Des experts sérieux et honnêtes avaient déjà tiré, en vain, la sonnette d’alarme !
A ce titre et dès 2003, c’est-à-dire après le scandale énorme de la faillite de ENRON, Olivier PASTRE, économiste et Michel VIGIER, gérant de portefeuilles « éthiques » ont publié, chez les éditions LA DECOUVERTE un ouvrage intitulé « LE CAPITALISME DÉBOUSSOLÉ » dans lequel ils mettent à nu les dérives et les dérapages auxquels était exposée la planète financière.

Ils ont aussi et surtout proposé une série de solutions qui auraient pu empêcher les excès, les défaillances et les malversations qui ont conduit à cette fameuse crise.
Ce livre est à conseiller très vivement à tous les étudiants des écoles de commerce. Il est construit de manière très pédagogique, avec des exemples concrets et un glossaire détaillé.
Pour avoir une idée rapide sur cet ouvrage et son importance dans la compréhension de la crise qui continue à miner l’économie mondiale, il suffit de rappeler que dans une première partie les auteurs font l’état des lieux de la planète « Finance ».
En partant de la dérégulation qui a donné la primauté à la logique financière par rapport à la logique industrielle, ils passent en revue les nouveaux métiers de la finance, avec leurs dérives et leurs excès, notamment les fonds de pensions et les cabinets d’audit pour s’interroger sur l’efficacité du « gouvernement d’entreprise » tel qu’il est pratiqué.
Dans la seconde partie, les auteurs préconisent une série de mesures destinées à endiguer les dérives du capitalisme et à sauver aussi bien l’entreprise que la finance en tant que tout.
Ces préconisations s’articulent autour d’un certain nombre d’axes, parfois très techniques mais dont on peut retenir quelques uns dont l’évidence est telle qu’il paraît aberrant que six ans après la parution de ce livre, les hommes politiques en soient encore à essayer de les appliquer.
Comme les quelques mesures suivantes par exemple, choisies au hasard et surtout pour leur simplicité dans la liste des « 60 réformes pour un nouveau gouvernement d’entreprise » proposées par les auteurs :
· Incitation des banques à donner plus de crédit aux PME.
· Association des représentants des salariés aux principaux comités créés autour des conseils d’administration.
· Interdiction de toute relation contractuelle autre que celle d’audit avec les entreprises auditées.
· Déconnexion de la rémunération des gérants des performances financières de leur entreprise.
· Obligation de formation initiale et permanente pour les journalistes financiers.
Pour vous donner envie de vous plonger dans ce livre, certes technique mais passionnant, je ne peux me priver du plaisir d’en reprendre les premières lignes de l’introduction :
« Une superbe 4×4 roule dans la campagne grecque. Au tournant d’une colline, la voiture est arrêtée par un troupeau de mouton qui traverse la route. En sort un jeune homme habillé comme le sont les golden-boys quand ils veulent « faire campagne ». Il se dirige vers le berger :
- Acceptez-vous de faire un pari avec moi ? Si je vous dis combien votre troupeau comporte de moutons, m’en donnerez-vous un ?
Le berger, surpris, accepte le pari. Le jeune homme retourne dans sa voiture, pianote quelques minutes sur son ordinateur puis revient :
- Vous avez six cent quatre-vingt treize moutons.
Le berger marque un temps d’arrêt puis reconnaît la parfaite exactitude de l’estimation. A regret :
- Servez-vous, prenez un mouton.
Pendant que le jeune homme s’éloigne pour mettre mouton dans le coffre de sa voiture, le berger l’apostrophe :
- Me donneriez-vous une chance de prendre ma revanche ?
- Bien sûr !
- Si je devine quel est votre employeur, me rendrez-vous mon mouton ?
- Pourquoi pas ?
Le berger réfléchit, puis fait mine d’avoir une illumination :
- Vous êtes auditeur chez Arthur Anderson (société d’audit et de conseil, principale victime du scandale Enron).
Le jeune homme reste estomaqué, puis se reprend :
- Comment avez-vous pu deviner ?
- Oh, c’est simple. D’abord, vous venez me voir alors que je ne vous ai rien demandé. Ensuite, vous demandez à être payé pour répondre à une question dont je connais parfaitement la réponse. Enfin et surtout, vous ne connaissez vraiment rien à mon métier. Maintenant, si cela ne vous dérange pas trop, pouvez-vous le rendre….MON CHIEN ? ».
BONNE LECTURE si vous avez la veine financière !

Excellent billet et très bonne conclusion.
Tu déniches toujours des livres intéressants et tu en fais une analyse digne d’un critique littéraire de métier. Tu uses avec tact pour nous motiver à la lecture. Plus que cela, tu nous mâches la besogne en nous exposant, d’une façon pédagogique, toutes les articulations de l’ouvrage.
Tu devrais donner une vocation littéraire à ton blog. Bravo! Et merci.
Cette crise ne pouvait être évitable, elle a été créee de toute pièce. C’était juste une escroquerie. Il aurait été inimaginable que ses artisans aient été pris de remords pour décider de son arrêt.
Le capitalisme a ses règles, et seule une poignée est dans la confidence.