Une gauche déboussolée entre réel et utopies.
Les élections législatives se dérouleront dans quelques mois ! L’activité des partis politiques commence timidement à frémir dans cette optique et pourtant tant de questions demeurent sans réponse !
Peut-on encore par exemple parler de « gauche marocaine » ? Peut-on dire que les partis qui se disent de gauche le soient effectivement ?
L’expérience du pouvoir, même limitée bien que réelle, n’en déplaise aux tenants irrédentistes de la théorie du complot du palais contre le gouvernement, a permis aux partis de gauche de se frotter à la réalité et à en mesurer les difficultés.
Monsieur Fath Allah Oulalou, que l’on considérait comme le plus habile pourfendeur des lois de finances présentées par les gouvernements anté-alternance, en a fait l’amère expérience. Ses lois de finances se heurtent aux m^mes difficultés que celles de ses prédécesseur et elles n’en diffèrent pas beaucoup, si sur les objectifs ni sur les moyens.
Les partis de gauche chez nous semblent évoluer dans un grand flou idéologique, dont les limites ne relèvent ni d’une idéologie bien précise – Monsieur Ismael Aloui serait bien en peine de nous fixer exactement les contours de celle de son parti, le PPS – ni d’un projet économique et social bien établi – Monsieur Mohamed El Yazghi a beau vociférer, il ne nous fait pas entendre de programme chiffré pour le Maroc de demain !
Je ne m’attarderai pas sur un certain nombre de partis –sans intérêt, sans assise, sans militants – supposés être de gauche, mais dont la genèse relève plutôt du désir personnel de leur leader d’exister « intuite personae » et de sortir de l’ombre de leur organisation d’origine.
Les derniers « vrais » partis de gauche, qui se cramponnent à des utopies d’un autre temps, n’ont rien à proposer que des idées éculées qui n’ont plus cours, sauf dans l’esprit des quelques leaders qui n’ont pas vu tomber le Mur de Berlin et avec lui les rêves d’une génération perdue.
Ainsi, à la veille des élections législatives de 2007, nous retrouvons une gauche sans repères idéologiques, sans programmes, sans hommes forts !
Pourtant, des nouvelles tendances se dessinent, les jeunes essaient de se libérer du carcan de la nomenklatura, notamment au sein de l’U.S.F.P.
Nous assistons aux tentatives de la « Chabiba Ithihadia » d’imposer son existence propre ! Nous avons vu le Parti travailliste réunir une foule de jeunes en un meeting digne des années où la jeunesse croyait encore en la politique !
L’opposition entre le jeune El Ghaass et le cacique El Yazghi a failli mener l’U.S.F.P. au bord de la scission. Scission évitée de justesse mais qui a abouti à l’abandon du quotidien LIBERATION de ses meilleures plumes, qui ont préféré exercer plus librement leur talent sur d’autres médias.
Tout ce beau monde de la gauche marocaine, toute catégories confondues, serait bien en mal de répondre à certaines questions que le marocain moyen que je suis se pose et que je vais tenter de regrouper ci-après :
1/ pourquoi tant de divisions alors que l’heure est grave face au risque de voir le pays tomber pieds et mains liés dans l’escarcelle des islamistes ?
2/ pourquoi notre pays qui compte plus 50 % de jeunes de moins de 30 ans est-il négligé par les instances dirigeantes des principaux partis dits de gauche?
3/ pourquoi les femmes qui constituent plus 50 % de la population de ce pays n’est-elle pas représentée dans vos instances ?
4/ quelles réponses donnez-vous à la menace de la mondialisation sur notre économie ?
5/ quels sont les chantiers prioritaires auxquels vous comptez vous atteler, hors des chantiers sur lesquels tous les marocains sont d’accord ?
6/ comment comptez-vous les financer ?
7/ avez-vous une politique étrangère fiable, une politique de l’enseignement ?
8/ l’écologie compte-t-elle pour vous? La santé publique? Les affaires religieuses?
Et il doit y avoir bien cent et mille autres questions auxquelles les partis de gauche devraient apporter des réponses, sérieuses, fondées, intelligentes sinon le taux de participation aux prochaines élections pourrait être très bas, par manque d’intérêt des électeurs!
Tellement bas que seuls les islamistes et les déçus de la politique iraient voter et le Maroc se retrouverait – à Dieu ne plaise – dans le cas de figure que l’Algérie en 1992 avec des conséquences que l’on connaît !
