Jean-Louis SCHLEGEL (Seuil – 2003)
La lecture de ce petit ouvrage, précis et très bien documenté, nous place devant une réalité que l’actualité et ses relais médiatiques occultent. Pour Jean-Louis SCHLEGEL, l’ensemble des grandes religions du livre (judaïsme, christianisme et islam dans leurs diverses déclinaisons) ont chacune leur intégristes/fondamentalistes qui veulent revenir à l’application originelle des observances religieuses. L’auteur démontre comment les tenants des expressions intégristes/fondamentalistes des trois religions s’accordent parfaitement dans leur rejet des mêmes courants issus de la modernité : • L’autonomie de l’homme qui veut se gouverner selon sa propre raison. • La démocratie qui a instauré la séparation de la religion et de l’état • La sécularisation de la société qui signifie que l’homme, en continuant à être croyant, vit dans une société sans marques visibles de Dieu et sans recours à son nom. • Les droits de l’homme qui affirment la position de l’individu face à l’état et aux pouvoirs en général. • La culture critique qui fait que l’homme « ose penser ». Par ailleurs, l’auteur essaie de nous montrer la perception de la religion par les sociétés occidentales à travers deux exemples caractéristiques. La France, qui est passée avec « bruit et fureur » de la situation extrême « une foi, une loi, un roi » à la séparation de l’Eglise et de l’état, est depuis 1905 sous le régime très spécifiquement français de la « laïcité », sans équivalent dans aucun autre pays. Les Etats-Unis d’Amérique pour leur part connaissent une situation absolument différente. Malgré un « mur de séparation » entre l’état et la religion, Dieu est omniprésent dans la société civile américaine, marquée une pluralité et une liberté religieuses totales. Les états où l’islam est dominant évoluent dans une situation encore plus différente puisque la religion constitue, souvent, le fondement même du pouvoir politique. Pourtant, les réactions de chacun des groupes fondamentalistes/intégristes réclamant de telle ou telle religion se recoupent et se rejoignent, notamment dans leur refus de laisser l’homme se déterminer en dehors de la volonté divine. Mais il faut noter que tous les fondamentalistes/ intégristes n’hésitent pas à faire un « usage sans modération » des techniques modernes tout en faisant appel à la fameuse théorie du « concordisme» pour expliquer certaines innovations en se référant aux textes fondateurs. Ce petit ouvrage n’aborde pas cependant avec assez de profondeur les raisons qui font que le fondamentalisme/intégrisme musulman est plus porté sur la violence que les autres. Il se limite à l’explication « apocalyptique », donc purement religieuse. Je conseille très vivement la lecture de ce livre à tous les musulmans qui refusent de croire en une évolution historique de nos sociétés. Ce que les musulmans vivent à l’aube du XXIème siècle, d’autres religions l’ont vécu et lui ont trouvé des solutions. L’ijtihad doit, à mon humble, se développer dans ce sens !
