Une plage ballottée entre l’oued et l’océan.
Pour clore ma série de posts sur la côte de Rabat, j’ai choisi les deux plages les plus caractéristiques de la ville, celles qui ont marqué l’histoire, l’imaginaire, la vie, la mémoire de milliers et de milliers d’habitants de Rabat de toutes les couches sociales, de tous les horizons, de toutes les nationalités, de toutes les religions ! Avant de nous rendre prochainement à Skhirat, je vous propose un tour à la plage de Rabat, celle qui est directement en prise avec la ville. Pas besoin de voiture pour y accéder, elle fait partie intégrante de la médina. Toutes les manières d’aborder ce site confirment le même sentiment : Rabat tourne le dos à l’océan et même sa plage ne donne pas tout à fait sur la mer ! Que vous admiriez cette plage du haut de l’esplanade des Oudayas, que vous la viviez de l’intérieur en sirotant un thé sur la terrasse d’un de ses cafés, en vous prélassant sur le sable, en jouant une partie de volley-ball, en barbotant dans l’eau ou que vous la longiez en arpentant la digue, cette impression s’impose à vous! Découverte du haut de la magnifique esplanade qui surplombe l’estuaire, la plage de Rabat semble recroquevillée, coincée entre la digue et la forteresse des Oudayas. Quel contraste avec la plage de Salé, qui – sur la rive droite de l’oued – semble ouvrir ses bras à l’Océan, fière de son passé de ville des corsaires, défenseurs des terres d’islam ! Ce spectacle me rappelle toujours les propos assez cavaliers d’un professeur originaire d’une vieille famille de Salé. Dans ses moments de colère ou d’énervement, il affirmait : « Je suis slaoui, bon nageur, bon pêcheur, et toujours prêt à en découdre !». Jamais un rbati de souche ne ferait allusion à sa relation éventuelle à la mer! Les Rbatis de la médina ont depuis toujours nagé dans le Bourgreg, joué sur le sable qui borde l’estuaire du Bouregreg, plongé à partir des quelques rochers ou de la digue qui borde le Bouregreg et péché l’alose dans le Bouregreg. Comme s’ils craignaient la mer, comme si eux aussi tournaient le dos à l’océan, à l’instar de leur ville. Ainsi en a été de l’ancien port de Rabat ! Les quelques bateaux de pêche qui osaient s’aventuraient sur les vagues de l’Atlantique revenaient vite se réfugier, le soir venu, le long des berges lascives du Bouregreg. Ce port a été vite remplacé par les quais de quelques clubs nautiques, dont les petites embarcations à voile – des moussaillons ou des optimits sans prétention – , avaient bien plus vocation à évoluer sur le plan d’eau calme qui s’étend le long du Bouregreg, loin à l’intérieur des terres. Rabat aurait-il peur de l’océan ? Le tsunami qui a dévasté la sœur jumelle Salé en 1755 aurait-il laissé une trace traumatisante dans le subconscient de la cité de Rabat et de ses habitants ? Seule sur promenade sur la digue rappelle que l’Océan est là, présent, mais snobé, ignoré ou tout simplement craint ! Il faut cependant reconnaître que depuis quelques années, la jeunesse, sous l’effet de mode et surtout grâce à un coup de pouce royal, a commencé à s’intéresser enfin à la mer. La petite plage de Bergama, comme lovée au-delà de la digue juste avant le phare, longtemps délaissée et crainte car supposée dangereuse à cause de la fougue de son ressac, connaît enfin le sort qu’elle mérite. Un club de surf y est installé, attirant beaucoup d’adeptes de ce sport vraiment de mer ! Malheureusement, depuis quelques temps, il parait comme délaissé ! Des problèmes peut-être ? Je ne saurais rien affirmer. Mais tout le charme un peu désuet de cet endroit et de qui l’entoure va bientôt disparaître sous les tonnes de béton et les flots de pétrodollars émiratis pour donner naissance à un projet d’aménagement de cette zone ! Et si le résultat ressemble à la maquette, Rabat deviendra une autre ville.
