Lue et approuvée par nos éminents journalistes
Ah! Les journalistes marocains soi-disant indépendants ! Spécialistes en investigation, notamment quand il s’agit de « saquer » les ministres, ou mieux quand il s’agit de sermonner – personne n’étant ni se prétendant sacré – le souverain. Heureusement donc qu’ils existent, je vous jure !
Sans eux, nous passerions à côté d’un mine d’informations essentielles à notre connaissance et à notre compréhension de l’histoire récente de notre pays. C’est le cas notamment à propos de la fameuse crise de l’îlôt Laila ou Tourah ou Perejil , selon le point de vue d’où on considère l’évènement!
Dans la même semaine, grâce aux bons soins de MM. Abou Bakr Jamai et Ahmed R. Benchemsi, nous avons pu accéder à des secrets d’alcôve de la diplomatie de notre pays. Nous avons appris que le ministre des affaires étrangères du Maroc était d’une nullité légendaire ! Franchement je n’avais pas besoin de lire « Le Journal » ou « Tel Quel » pour m’en douter : la platitude et la vacuité de ses déclarations sont là pour nous le rappeler! Seul Monsieur Douste-Blazy semble pouvoir l’égaler !
Nous avons également appris que le même ministre n’osait pas déranger le souverain durant son sommeil ni durant ses voyages ! Je me permets de poser à ces imminents journalistes la question de savoir si notre souverain trouve quand même un peu de temps pour « gouverner », lui qui d’après eux semble détenir entre ses mains tous les pouvoirs ! Et si notre souverain n’a pas de secrétariat, ni d’aides de camps, ni de cellule de réflexion ou de crise ? Soyons sérieux, Mesieurs….
Il nous a aussi été rapporté, dans les détails, l’intégralité des conversations téléphoniques et des entretiens officiels qui se sont (nos journalistes n’utilisent même pas le conditionnel) déroulés entre les « responsables » de notre diplomatie et les vrais, les professionnels de la diplomatie internationale que sont les espagnols et les américains ! Je vous dis, c’était comme si nous y étions, il ne manquait que le son !
Sauf que – mais nos grands journalistes ont eu quand même l’honnêteté de le signaler – les dossiers parus dans leurs publications respectives concernant cette affaire n’étaient en fait que des « copier-coller » opérés à partir du livre de Ignacio Cembrero : « Vecinos alejados – los secretos de la crisis entre Espana y Marruecos », assaisonnés de commentaires plus vindicatifs que journalistiques.
Cependant, moi lecteur lambda de ces excellents hebdomadaires, je suis resté sur ma faim ! Soit, il y a crise entre l’Espagne et le Maroc à propos d’un « ridicule caillou » ! Soit la crise a (ou aurait) été géré de manière calamiteuse par notre diplomatie, qui n’en est pas à son premier faux pas – et le terme est faible ! Soit l’intervention USA a été déterminante dans le classement de ce dossier!
Mais, j’aurais espéré que nos imminents journalistes me donnent une réponse à une série de questions, du genre :
- A qui (chez nous ou/en Espagne) cette crise pouvait-elle profiter ?
- Comment se peut-il, qu’au Maorc où TOUT serait décidé au plus haut niveau de l’état, une “bavure” ou une “bravade” de genre a-t-elle été lancée et par qui et surtout pourquoi?
- Pourquoi cette crise a-t-elle éclaté précisément à cette date ?
- Quelles auraient été les conséquences, pour la région, pour le Maroc, pour la monarchie marocaine , si cette crise avait dégénéré ?
- Cette crise aurait-elle éclaté avec un gouvernement espagnol de droite présidé par une autre personnalité que José Maria Aznar ?
- Quel intérêt le Maroc et/ou l’Espagne avaient-il à provoquer cette crise ?
D’autres questions peuvent être soulevées à ce sujet, bien éloignées de l’incompétence réelle ou supposée de nos diplomates !
Espérons qu’un quelconque spécialiste venu d’outre-détroit veuille bien se pencher sur le dossier pour que nos journalistes d’investigation nous sortent un numéro bien « chaud » , avec des révélations inédites dont ils sont friands.
