Car sans ressources, sans sponsor, pas d’actions !
La société civile au Maroc a connu ces dernières années un très bel essor et le nombre d’associations s’est multiplié de façon remarquable. Mais il semble que depuis quelques temps nous assistons à un double mouvement dans l’action associative.
Les grandes associations, celles qui sont présidées par les grands noms de l’establishment, et plus encore celles reconnues d’utilité publique, déploient une activité parfois intense, en tout cas bien médiatisée. Elles disposent de ressources financières stables, prodiguées par de grandes entreprises. Certaines d’entre elles se targuent même de vouloir faire « certifier » leur activité, comme n’importe quelle entreprise industrielle ou commerciale.
«Absolument personne ne peut être contre le renforcement de l’amélioration qualitative de l’action associative !», déclare un membre du Carrefour associatif en affirmant qu’au niveau de l’action associative il faut « améliorer le savoir-faire et pousser au professionnalisme ».
Ceci s’avère peut-être pour les grandes associations qui brassent des budgets de milliards. Mais la situation est différente pour les petites associations, qui sont très proches du terrain, dont l’action est limitée dans l’espace, dans le temps et aussi dans la volonté même de leurs dirigeants. Mais cette action n’en demeure pas moins essentielle pour la vie de la société.
Si la lutte contre le Sida doit être menée par une ONG telle que celle dirigée par le Docteur Himich, la transmission du message au niveau d’une école rurale ne peut se faire que par une structure locale, plus proche des habitants, plus crédible à leurs yeux aussi.
Certaines activités ponctuelles, très ciblées, mais ayant un impact certain sur la vie des citoyens bien que ne nécessitant des budgets symboliques, quelques milliers de dirhams, ne peuvent être menées que par des petites associations.
Il semblerait que ce genre d’activités connaissent une nette régression.
Il y a quelques années nous avions droit, par exemple, à des soirées de gala organisées par les associations d’étudiants de grandes écoles ! Ces soirées étaient bien entendu sponsorisées par telle ou telle grande marque.
Les associations de parents d’élèves organisaient des cérémonies de distribution de prix à la fin de l’année scolaires : des prix offerts par les banques de la place, ou par les représentations régionales de tel ou tel établissement public.
Des associations de jeunes connues, à l’échelle internationale, avaient pour objectif la réalisation chaque année d’actions caritatives ponctuelles, allant de la distribution de lunettes de vue à la remise de fournitures scolaires, passant de la kermesse en faveur d’écoliers de quartiers défavorisés à la dispense de cours d’informatique.
Toutes ces activités demandaient un budget certes restreint mais que les cotisations des membres n’arrivaient pas toujours à combler. Le recours au don et au sponsoring était chose courante et normale.
Or, depuis quelques temps, les ressources extérieures de ces associations se sont taries sous l’effet de plusieurs éléments :
1. Les contraintes administratives sont telles qu’il existe peu de structures associatives en règle avec l’administration, notamment au niveau de la domiciliation, de la compostion du bureau ou même du changement de présidence.
2. Les finances des associations sont soumises à un contrôle plus strict. Dans certains cas, ce contrôle se justifie sans aucun doute possible. Parfois, il est superfétatoire sinon pénalisant.
3. La fiscalité des dons favorise les grandes associations et notamment celles d’utilité publique.
4. L’excuse, sûrement spécieuse, fournie par les éventuels donateurs ou sponsors qui prétendent que la totalité de leur budget « dons » est remise à la Fondation Mohamed VI. Argument d’autorité derrière lequel doivent se défiler un certain nombre de refus.
Les responsables des petites associations se posent la question de savoir s’il est encore intéressant de continuer à s’engager dans l’action associative, en dehors du circuit « officiel ».
Va-t-on assister à la sclérose du mouvement associatif, dont le moteur est le bénévolat, la disponibilité et l’abnégation, au profit d’une vie associative centralisée et monopolisée – d’autres auraient utilisé le qualitatif « makhzannienne » – qui finira par connaître les mêmes avanies que les partis politiques ?
