Elle s’achève avec un amer arrière-goût d’inachevé….
A titre personnel, le millésime 2007 me laissera de très beaux souvenirs, très émouvants qui touchent ma petite famille. Et très égoïstement, cela compte plus que tout !
Mais en tant que citoyen, elle aura été moins brillante ! L’année 2007 aurait pu, aurait dû être l’année du renouveau de la citoyenneté !
J’aurais espéré assister à un sursaut du sentiment patriotique et à la résurrection de l’amour des marocains pour leur pays ! Que nenni !
Beaucoup de nos compatriotes, en toute bonne foi je suppose, du moins je l’espère, n’ont eu de cesse de démolir systématiquement tout ce que ce qui se fait de bien dans ce pays pour n’en retenir que ce qui est négatif !
D’autres ont exprimé leur dépit à leur manière, en boudant des élections législatives cruciales. Je leur dirais simplement : « Vous avez eu tort ! Regardez où nous a conduit votre mauvaise humeur ! A nous enfoncer davantage dans ce que vous étiez les plus fervents pourfendeurs ! ».
En tant que marocain, cette année ne m’a pas non plus donné des raisons de crier haut et fort ma marocanité !
Des événements parfois dramatiques, parfois lamentables sont venus ternir l’image de mon pays ! Bien peu d’entre nous ont essayé de leur trouver une explication sereine et intelligente ! Chacun sûr d’avoir la vérité à sa porte a voulu nous faire croire qu’il détenait la clef de tel ou tel fait divers, oubliant que le Maroc est, du fait de la mondialisation, de plus en plus exposé aux aléas du monde !
Le temps est loin où la sécheresse était la seule explication à nos crises : aujourd’hui l’effet papillon est tel que des caricatures parues dans des journaux scandinaves peuvent influer sur le prix du pétrole.
Cette année 2007 nous a fait justement connaître un baril du pétrole à presque cent dollars. Je souris tristement en pensant au premier choc pétroler qui a fait passer le baril de 4 à 12 dollars. Et encore à l’époque, il avait fallu une guerre. Aujourd’hui, un simple mauvais rictus du président iranien Ahmadinejai peut faire flamber le cours du baril.
L’année 2007 nous a accoutumé à un cours mondial du blé en constante hausse depuis des mois, comme celui du riz, celui du maïs et celui des oléagineux. Mais ces hausses semblent totalement ignorées de nos compatriotes qui continuent à compter sur la Caisse de compensation et son rôle-miracle, jusqu’au jour où cette même caisse nous implosera à la figure.
L’année 2007 devait être l’année de la remise en question de notre administration, du redressement de notre justice, de notre gouvernance en général, l’année d’un nouveau départ.
Pourtant depuis quelques semaines, je me demande si le Maroc ne serait pas devenu un peuple d’escrocs.
En feuilletant les journaux, on apprend chaque jour qu’un ou plusieurs agents de l’état ont été inculpés pour telle raison, qu’un juge a été mis en cause, qu’un haut fonctionnaire a détourné des sommes astronomiques de deniers publics, qu’un réseau de trafic d’influence a été démantelé au niveau le plus haut de l’état, que des palais royaux ont été l’objet de vols ou que leur gestion a été sujet à des malversations, qu’un enseignant supposé imam respectable a été arrêté pour agression sexuelle sur mineur, qu’un détenu reçoive sa dulcinée dans sa cellule où elle est arrivée dans un sac en plastique ou encore pire que des prisonniers s’évadent des prisons – ce qui est dans la logique des choses après tout – mais que les responsables pénitentiaires ne s’en rendent compte qu’une semaine après – cela dépasse la fiction - !
Chaque jour nous fait découvrir une nouvelle magouille foncière, encore plus plus hallucinante, alors que notre code foncier constitue peut-être le texte de loi le plus perfectionné de notre arsenal juridique. Mais malheureusement, le meilleur texte légistatif peut devenir un chiffon sans valeur si les juges l’ignorent, le négligent ou pire le bafouent !
Tout cela suppose une chaîne de complicité que les plus incorruptibles des enquêteurs seraient bien en mal de dénouer pour trouver tous les coupables !
Faut-il donc arrêter l’ensemble des marocains, administrés et responsables, responsables et élus, porteurs d’uniforme ou simples fonctionnaires, intermédiares ou entrepreneurs ?
L’année 2007 ne nous a même pas donné de petites satisfactions habituelles au niveau du sport : une pauvre médaille d’argent aux Mondiaux d’athlétisme à Osaka ramenée par notre héroïque Hasna Benhassi après un paquet de médailles de pacotille ramassées à Aman lors des championnats arabes. Sinon, rien !
Pour les sports collectifs, à part une difficile qualification des footballeurs pour la CAN 2008, rien ! Mais ce même football a connu des journées noires du fait des hooligans qui ont encore une fois terni un peu plus l’image d’un sport en pleine déconfiture !
En rugby, oubliée la victoire en Coupe d’Afrique il y a à peine deux ans !
Pour le basket, le volley, le hand, mieux vaut se taire ! C’est comme si ces sports étaient inconnus dans notre pays !
Je pourrai continuer ainsi à égrener la litanie de tout ce qui ne va pas ou qui va mal dans notre pays ! Je passerai alors pour un excelent observateur de la société marocaine, objectif et rigoureux !
Je serai applaudi comme l’homme qui ne refuse pas de détourner son regard effarouché et qui ne joue pas à l’autruche, en enfonçant sa tête dans le sable de son égoïsme !
Oui, je pourrais !
Mais je crois en mon pays, je crois en mes compatriotes, je crois en la jeunesse de ce pays, je crois que malgré tout rien n’est perdu !
Pourquoi suis-je donc un éternel optimiste et un doux rêveur ? Tout simplement, parce qu’il me reste un peu des relents des années 60, quand nous croyions dur comme fer en l’histoire et en l’homme. Ce qui arrive au Maroc maintenant a toujours existé. Il y a quelques années encore, personne n’osait en parler, aucun journal n’osait publier la moindre ligne à ce sujet !
Actuellement, tout le monde en parle ! Personne n’est dupe ! Le débat est ouvert et libre, même si les coupables se considèrent encore comme intouchables.
Demain, personne n’échappera à loi ni à la justice : c’est le cours normal de l’histoire. Il faut juste ne pas vouloir aller plus vite que le temps.
C’est frustrant, je l’avoue, mais c’est également inéluctable !
