Citoyenhmida se lâche à nouveau….Aurait-il dû le faire?
Les vacances sont là, alors je me lâche à nouveau. Trève de discussions sur la politique…Laissons aller un peu..Suivez moi dans cette petite histoire. J’avais lu ou entendu parler d’une famille qui cachait un secret de famille; j’ai laissé “gambader” (comme dirait Gad El Maleh) mon imagination, qui je le reconnais est très paresseuse. Cela a donné ce texte que je soumets à votre indulgence.
La 407 noire, aux vitres fumées, se rangea le long du trottoir. Une dame, très digne d’allure, en tailleur strict et lunettes noires, en descendit. Sans un regard autour d’elle, elle se dirigea vers la porte de la petite villa qui s’ouvrit immédiatement. Elle devait être attendue. Une heure plus tard, la porte de la villa s’ouvrit, laissant passer la dame au tailleur strict. Voûtée, les épaules comme secouées par des spasmes, elle serrait son sac à main contre elle, comme pour se donner une contenance! Pleurait-elle? Elle s’installa à son volant, ajusta le rétroviseur intérieur, refit rapidement son maquillage, boucla sa ceinture de sécurité et redémarra. Elle revivra la même scène le mois prochain, comme elle la vit le dernier vendredi de chaque mois, depuis bientôt cinq ans. x-x-x-x-x-x-x-x-x Comme après chaque visite à la villa, elle va rouler, sans but, pendant une heure, repassant les images son passé, jusqu’à ce maudit vendredi. Contrairement à son habitude, elle conduira lentement, comme pour mieux dérouler le film de son passé. Son passé…Sans histoire, sans repère…Sauf quelques événements dans une vie….Ce n’est rien, et pourtant! Shams Ad-dha n’a jamais aimé son prénom. Un prénom qui aurait pu lui aller si bien! Soleil de la matinée, mais le soleil d’une matinée d’hiver, lumineuse et glaciale. Petite fille, elle refusait de répondre quand sa mère l’appelait par ce prénom. Elle décida qu’elle serait “Lalla”! Elle ne jouait avec personne, toujours seule avec sa poupée en chiffons, sa “3arroussa”, devenue au fil du temps une véritable loque. Elle l’appelait “Lalla dyali” et la traitait comme une véritable enfant. La dorlotant, la berçant, lui parlant, la caressant. Sa mère ne comprenait pas le comportement de Shams Ad-Doha mais elle n’y accordait pas plus d’importance que cela. x-x-x-x-x-x-x-x-x Elle roulera jusqu’à ne pas savoir dans quel coin de la ville elle se trouve. Elle s’arrêtera alors, comme tous les mois, au premier glacier qui lui semblera convenable. Elle commandera une énorme glace qu’elle dévorera sans en savourer le goût, juste pour sentir le froid lui envahir la bouche et la gorge, juste pour revenir à la réalité. Et sa réalité était platement décevante, jusqu’à ce maudit vendredi. Ni sa scolarité, ni sa vie d’étudiante ne lui ont laissé le moindre souvenir et n’en a gardé aucune attache. Elle a toujours réussi ses examens, sans se forcer. Ses diplômes de droit luit a ouvert les portes du plus grand cabinet d’avocat, sans qu’elle en appelle aux relations de ses parents. Elle y rencontra celui qui va devenir très vite son mari. Elle n’exerça que deux ans dans ce cabinet. Une fois mariée, elle décida de s’occuper de son foyer et de l’enfant qu’elle aura. De son enfant, oui. Elle avait décidé qu’elle n’aurait qu’un enfant. Elle avait eu sa “Lalla dyali”, elle aurait son “Oulidi dyali”. x-x-x-x-x-x-x-x Comme chaque mois, avant de rentrer chez elle, elle fera un détour par le front de mer, elle ralentira devant son ancien immeuble, lèvera les yeux vers la terrasse du cinquième étage, vers l’appartement où elle a vécu vendredi avec son mari jusqu’à ce maudit. Shams Ad-Doha, par la fragilité apparente, avait séduit son mari. Brillantissime avocat d’avocat, homme mûr, calme, il fut vite dépassé par la froideur de sa femme. Epouse parfaite dans son rôle d’hôtesse, elle fut par contre exécrable dans leur intimité. Elle s’était mariée parce qu’il le fallait, parce que c’était la seule manière d’avoir un enfant. Elle eut son enfant, une garçon. Une grossesse normale, un accouchement normal, une première semaine normale. Pour la première fois dans sa vie Lalla était heureuse. Elle souriait, elle parlait, elle vivait. Le bébé tétait avidement le sein de Lalla et Lalla rayonnait de vie! Le bébé dormait et Lalla la regardait et lui parlait pendant des heures, convaincue que le petit la comprenait! Le bébé respirait et Lalla vivait au rythme de ce souffle nouveau! Une première semaine normale, suivie d’un premier mois normal pour une nouvelle maman. x-x-x-x-x-x-x-x-x La bouche encore ankylosée par l’énorme glace, elle reprendra comme d’habitude le chemin de retour chez elle! Depuis cinq ans, elle s’est séparée de son mari et elle vit seule, depuis ce maudit vendredi. Elle revivra cette consultation de routine chez le pédiatre! Prévue depuis une semaine. “Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal chez votre bébé? – Mais, qu’est-ce que mon bébé aurait pu avoir d’anormal, docteur? Vous plaisantez, je suppose? Mon bébé anormal, mais quoi encore? – Je suis très sérieux, Madame! – Et qu’aurait-elle d’anormal, mon fils? – L’avez-vous jamais entendu pleurer justement, votre fils? Shams Ad-Doha reçut cette question comme un coup de poing dans l’estomac. Elle n’avait jamais entendu son enfant pleurer, ni crier! Elle ne s’en était jamais aperçue! Habituée à jouer avec sa poupée de chiffons, elle n’a pas pensé un moment que son bébé pouvait et devait crier, pleurer, bouger, gigoter, sourire. – Non, en effet ! Mais elle n’a pas de raison de pleurer! Je lui donne le sein à l’heure, je le change, je le lave, je lui parle, je ne quitte pratiquement jamais, je le regarde dormir…Docteur, non mais vous délirez. – Je vous assure, Madame, que votre enfant présente un très gros problème… – Non, docteur, mon fils n’a pas de problèmes. Vous êtes incompétent et un prétentieux. Au revoir, monsieur! Sans accorder un regard au praticien et à son infirmière, elle prit son enfant dans ses bras et s’apprêta à sortir : – Madame, je me dois me vous avertir…Votre bébé….. Sahms Ad-Doha se retourna, le fusilla d’un regard méprisant, mais déjà troublé par l’angoisse. – Madame, votre bébé présente tous les symptômes de la maladie de… Mais elle ne l’écoutait plus …Elle avait quitté la salle de consultation. La secrétaire la vit à peine traverser la salle d’attente. Lalla s’engouffra dans sa voiture, posant le bébé directement sur le siège, démarra. x-x-x-x-x-x-x-x-x Elle arrivera au dernier feu rouge avant chez elle, s’engagera dans sa rue…Et comme tous les mois, elle se rangera le long du trottoir à trois cent mètres de chez et se demandera comment elle a atterrit ici, depuis ce maudit vendredi. Durant le trajet du cabinet du pédiatre à chez elle, elle a réfléchi très vite, et très vite elle a trouvé la solution, radicale, chirurgicale et immédiate. Elle demandera le divorce, l’obtiendra sans peine, son mari en sera le premier ravi. Elle achètera une villa, y installera son bébé entouré d’un staff puéri – médical. Elle est suffisamment riche pour cela. Une semaine a suffi pour qu’il soit pris en charge de la manière la plus sûre et surtout la plus discrète. Personne n’a osé lui poser de question. Elle n’aurait pas répondu. Pour ne pas oublier, elle travaillera, elle a retravaillé, elle a travaillé comme une folle. Depuis cinq ans, elle s’arrêtait de travailler juste une après midi par mois. Le dernier vendredi de chaque mois.
