Avant de penser à la révision de la constitution en vue de recadrer les pouvoirs de la monarchie, il conviendrait à mon sens d’être bien plus terre et terre et de revoir dans un premier temps de façon approfondie les pouvoirs de l’agent le plus bas dans l’échelle de l’administration territoriale, à savoir le moqadem.
Cette « institution », dont la naissance se perd dans l’histoire du pays, dispose de pouvoirs énormes, d’autant plus exorbitants qu’ils ont une influence directe et immédiate sur la vie quotidienne de chacun de nos compatriotes.
Pas un papier administratif qui ne soit sans délivré sans la sacro-sainte bénédiction du moqadem !
Du certificat de résidence au certificat de vie, individuelle ou collective !
Ne parlons pas du certificat d’indigence qui permet de aux plus démunis d’entre les citoyens de profiter des miettes d’une hypothétique aide publique ou caritative !
Même le passeport, document important, dont la délivrance définitive donne lieu à une enquête des services de police ou parfois même de la DST, nécessite comme premier document requis le fameux bout de papier portant la signature du moqadem.
Tout comme les autorisations de construire ! Et j’en passe….
Auxiliaire du caïd, qui est le représentant du Wali, donc de l’état, sur le terrain et face à la population, le moquadem se présente en fait comme le symbole du pouvoir face au citoyen.
Plus présent que la police, sans en avoir les pouvoirs, plus présent que la justice sans en avoir l’indépendance supposée, le moqadem n’a pas pour mission d’assurer ou de participer à la sécurité de sa circonscription, ni de régler les ligites survenus entre les habitants.
Le moqadem constitue en fait l’œil du caïd à qui il doit rendre compte de tout, absolument tout, enfin en principe., par l’entremise d’un « bulletin de renseignements quotidien », le B.R.Q. qui serait à l’origine du qualificatif de « Bargag » dont les marocains affublent leur responsable de quartier.
Sa mission consiste à sillonner à longueur de journée les rues, les lieux publics, les mosquées, les marchés, les cafés, pour « prendre la température de la population ».
En France, cette mission de surveillance est confiée à une institution policière, reconnue, constiuée, oarganisée, structurée, les fameux « R.G. » (Renseignements généraux). Chaque pays organise cette mission, importante et délicate, à sa manière, selon ses traditions et son droit.
Selon une enquête du quotidien « Ajoud’hui le Maroc », les qualités requises d’un moqadem serait selon un responsable d’une wilaya de Casablanca : « Proximité, collaboration, dévouement. » Avec ces explications complémentaires : « Proximité des gens, collaboration avec les différents corps d’autorité et surtout dévouement au service de l’Etat ».
Il est remarquable de noter que le problème de la rémunération de ces précieux auxiliaires et les conditions matérielles dans lesquelles ils exercent sont rarement abordées. Le moqadem est payé au Smig et ses conditions de travail sont lamentables (locaux insalubres, mobilier obsolète, transport non remboursé).
Le moqadem, mal payé, mal installé, mal indemnisé, se trouve dans la position parfaite pour monnayer son pouvoir et être un chaînon incontournable de la corruption.
Ainsi cette mission d’observation doublée d’une mission d’autorité, qui a des conséquences directes sur la vie des citoyens comme vu plus haut, est donc faussée par la précarité de la situation des moqadem.
Si nous examinons les conséquences de l’autorité conférée au moqadem et qui ne repose sur aucun fondement juridique, nous arrivons très vite à un constat désastreux.
En effet, les caractéristiques fondamentales de l’action des moqadem sont la totale inefficacité dans le rôle d’observation et les abus les plus flagrants dans sa vocation d’autorité.
Ne pensant qu’à mettre en coupe réglée les circonscriptions sous leur autorité, surtout quand il s’agit d’une population démunie, sans repère et ne connaissant pas ses droits, les moqadem ont fini par complètement délaisser leur mission d’observation.
Sinon comment expliquer, dans les quartiers populaires, la prolifération de réseaux de distribution de drogue, de mosquées clandestines, de lieux de réunions illicites ? Comment expliquer la génération quasi spontanée de bidonvilles nés en quelques jours, de constructions sans autorisation ? Comment expliquer l’ampleur des explosions sociales que certaines villes ont connu et que les autorités publiques ont été dans l’incapacité de prévenir et de contenir ?
Pourtant, en dépit de la catastrophique situation, il n’existe pas à ma connaissance d’étude, du moins publiée, sur l’évaluation exacte de cette institution et la nécessité de son maintien, si l’on excepte quelques articles parus dans la presse : une soi-disant enquête dans LE JOURNAL, frisant la calomnie ; une autre un peu mieux élaborée dans TEL QUEL et celle déjà citée de AUJOURD’HUI LE MAROC.
Le professeur de sociologie Majid Dkhissy, enseignant à l’Université Hassan II de Casablanca, est l’un des rares à aborder ce sujet : «Les Moqadems ne sont pas seulement une sous-catégorie d’agents d’autorité dont le pouvoir a fait ses yeux et ses oreilles et dont il justifie les dérives par la précarité de leur statut. »
Et cet universitaire n’exprime pourtant pas l’avis ni même l’espoir de voir la disparition prochaine de ce chaînon qui lui semble indispensable dans le mode de gouvernance marocain :
« Les Moqadems nous intéressent par leur dimension symbolique : ils constituent le rouage élémentaire de notre système de gouvernement, basé sur une soumission institutionnalisée. »
Et pourtant, il serait aisé d’imaginer une administration locale sans moqadem avec juste :
• des agents d’autorité responsables, compétents, intègres, des agents administratifs bien formés, des dossiers bien rangés. • des élus locaux sérieux, disponibles. • une informatique simple et pratique, basée sur des données élémentaires (n° de la CIN, n° de l’identifiant fiscal). • une coordination efficace entre les différents services administratifs (intérieur, police, justice, fisc).
La véritable réforme serait celle-là, celle qui touche chacun de nous dans sa vie quotidienne la plus basique.

Ci-après un témoignage lors d’une récente polémique avec un moqadem :
http://moidanstousmesetats.blo.....ataaa.html
Je suis de ton avis Hmida, ceux qui pensent que seul un équilibrage constitutionnel résolvera nos problèmes ne mesurent pas l’ampleur de l’enracinement de ce makhzen, avec belle illustration à la base, le moqadem dans ton billet.
Excellente et pertinente remarque Hmida
tu ne crois pas si bien dire, je suis en plein dedans, je dois refaire ma CIN et mon passeport
le moukaddem qui a une copie du contrat de mariage qui lève les yeux pour me demander ” et tu connaîs les noms des parents de ton mari? seb7an allah!” j’ai rien compris, et je n’ai pas cherché à comprendre. il lui suffisait pourtant de lire le contrat, avait-il la flemme? était-ce une question piège? est-il juste crétin?
et le top du top c’est le boulot de mon mari qui reste indéchiffrable et intraduisable en arabe pour ce pauvre moqaddam.
je te passe le certificat de résidence où il n’est même pas foutu de ne pas se tromper, et me coller un deuxième enfant sur le dos, comme s’il était médium
le tout dans des registres noirs, remplis à la main, avec un stylo bic S’IL VOUS PLAIT !!!
toi meme hmida tu es un m’kadem de ton caid ML
Je saisie cette occasion pour remercier le mqadam de mon quartier pour tous les services à but non lucratif qu’il m’a accordé.
Mon remerciement n’est pas du tout ironique. Bien au contraire, je suis très sincère.
De l’extrait d’acte de naissance en version française à l’inscription sur les listes électorales en passant par l’accélération des démarches de mon passeport, mon mqadam était toujours présent et serviable dans la mesure de ce qui lui permet son temps. Et sans contre partie pécuniaire.
Ce qui me rappelle que je lui dois un café du jour où il m’a remit mon reçu d’inscription sur les listes électorales. En plus, c’est lui qui me paie qhiwa dyali.
@ hsi mssi
Le mélange des genres n’est pas du tout ma tasse de thé….Chaque chose à sa place et l’esprit du bloging sera sauf!
@ tous
Des histoires de moqadem, je crois qu’il doit y en avoir de quoi remplir des millions de regsitres noirs..
Qu’il y en ait quelques uns de “valables, certes…mais cela constitue des cas isolés.
Ce que je remets en cause c’est l’institution en tant que telle, pas les personnes qui l’incarnent!
A la place du m’kadem que propose tu ?
Logiquement la disparition de ce corps des M9ADMIN est programmée au moins dans leur aspect actuel. Dans le proche futur où la biométrie fera son entrée pour tous les documents (CNI, passeport..) comment le m9addam gardera tous ses pouvoirs. Rivalisera-t-il avec l’univers le Big Brother miniaturisé avec un dispositif formé de puce, codes barre et RFID..
Logiquement encore, ce corps est appelé à se reformer et se moderniser pour suivre cette mutation technologique qui s’annonce. Par ailleurs, connaissant les particularités de notre Maroc “sédimental” qui accumule les couches tout au long de sa longue histoire, je doute fort que ces nouvelles technologies puissent écarter ce corps qui a son utilité pour le caïd ( surveillance des sacs de ciments et des briques qui rentrent clandestinement dans les maisons, signalement du berrani ( encore avec l’explosion démographique;l’exode rural et la presence de neo citadins dans les grandes villes, cette tache de surveillance du Berrani devient impossible pour le m9addam.
Bref , le Maroc est en mutation permannent où le couple tradition et modernité coexistent, s’affrontent, se complètent.. Ce conflit de normes va s’exacreber dans les années à venir qui necessistera peut-être une réforme de l’administration.
vous oubliez ptr que les m’kadems de nos jours sont en géneral des universitaires,faute de travail ils acceptent de tels postes qui malgés le maigre salaire ils arondent leus fin de mois autrement ,comme bon nombre de nos fonctionnaires .pour ce qui est de la biometrie savez vous que la CIN biometrique ne portera pas la profession! et pour savoir il faut un lecteur connecté a la banque de données de la suretée nationale,donc les voitures des flic doivent etre equipées de cet outil informatique ce qui n’est pas le cas maintenat !!!
les reformes et les lois au maroc on peut les caricaturuser comme une personne qui entre aux w.c sant avoir verifier l’existense de la serrure ,ni du papier hygienique ni de l’eau…il fait ses besoins naturels et ce n’est qu’apres qu’il verifi…
@ al maghribi
L’évolution technoligique, si elle n’est pas accompagnée d’une évolution dans les mentalités,risque de ne pas être d’un grand secours.
Mais ne soyons pas pessimistes, parce qu’il faut bien que le Maroc bouge et nous le ferons bouger avec nos propositions, nos actions et notre volonté de bouger!
Le moquadem a un drôle de métier. La vérité c’est lui qui fait tous dans une arrondissement et c’est lui qui est le moins pays des fonctionnaires. Or à l’excepte du caïd les salaires sont maudite et insuffisants pour faire face à la vie cela on peut le toucher rien que de voir le visage de la plupart de ces fonctionnaires qui sont pales. Pour revenir à notre maquadam. Parmi les fonctions qu’exerce : le rôle facteur, ainsi on ne peut avoir aucun document sans s’approbation.
Certificat de résidence, extrait etc…….. Mais ce qui est plus intéressant dans sa fonction c’est de savoir toutes les événements, activités qui se déroule dans le quartier vu que son salaire est modeste il est apte à fermer l’œil sur les différentes dérives : la construction des bidonvilles ainsi le commerce inégal dans la drogue, les boissons alcoolique etc.…. en recevant un somme d’argent quoi que ce soit sa valeur.
Pour conclure le métier du moquadam est une spécifique marocaine que nous devons la moderniser avec des salaires convenables, des formations et de lutter contre la corruption.