Quand Kadhafi piège Sarkozy
Je n’ai aucune sympathie particulière ni pour l’homme Nicolas Sarkozy, le président français, ni pour le colonel Maamar Kadhafi, le guide de la révolution libyenne.
Mais la visite du leader libyen en France m’a permis de savourer – avec un arrière goût de cynisme de ma part, je dois l’avouer – la victoire personnelle d’un chef d’état africain sur un homme d’état européen.
Le renard du désert a piègé de la manière la plus belle le chasseur de contrat.
Le citadin habitué aux appartements cossus et aux couverts d’argent a voulu rouler dans la farine le bédouin frustre et mal embouché, en lui permettant de planter sa tente en plein Paris.
Durant cette visite, deux civilisations s’affrontaient, deux visions du monde s’opposaient, deux personnalités se défiaient. A propos de tout !
D’abord des droits de l’homme !
La pauvre Rama Yade, essayant de sauver la face de la France, se fait tancer vivement par un Nicolas Sarkozy obnubilé par les milliards de dollars promis.
L’Elysée prétend que le sujet a été abordé avec Kadhafi. Le président libyen prétend que : « LA ! » (Non !). Et comme disait un avocat facétieux : « Prouvez-moi le contraire ! ».
Pire encore : Kadhafi enfonce le clou en accusant la France de ne pas respecter le droit dans ses propres banlieues.
Au passage, les députés français – toute tendances confondues – tentent de protester mais finalement Kadhafi est bien reçu au palais Bourbon, peut-être pas dans l’hémicycle, juste dans un salon du président de l’ Assemblée Nationale : mais c’est toujours çà de pris.
A propos de contrats qui devaient être faramineux !
Sarkozy, ne pouvant trouver d’issue française au problème du pouvoir d’achat de ses compatriotes, prétend que les contrats libyens créeront «30 000 emplois sur cinq ans» !
C’était aller vite en besogne ! Selon Libération, « le seul contrat commercial ferme signé (en dehors des 21 Airbus qui de toute façon auraient été vendus) était à mettre à profit d’Areva pour du matériel de transmission et de distribution d’électricité, pour un montant de 300 millions d’euros ». Bien loin des premiers 10 milliards annoncés par Sarkozy !
Les cinq jours à Paris auront constitué pour le leader libyen un véritable festival de provocation, une opération de communication hautement réussie. On aura parlé de lui, il aura été vu à la télévision, il aura serré des mains et il répartira aussi bédouin qu’il est arrivé, aussi guide la révolution et surtout aussi hermétique aux sirènes occidentales sur les droits de l’homme.
Sarkozy a dû se faire tout petit et se contenter finalement de « dire au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l’Homme ».
