Pas d’inspiration…..Mais des archives, oui…..
José Maria Aznar, ancien premier ministre espagnol, autre peti caniche du président Bush, mais moins de panache et de style que l’autre caniche british, a encore sorti dernièrement une de ses bétises habituelles à propos des arabes et des musulmans.
Cela m’a rappelé une tribune libre qu’un hebdomadaire économique national avait eu l’amabilité de publier et que m’avait insprée l’incident de l’ilôt Leila survenu durant l’été 2002.
Je crois que ce texte n’a pas perdu de son actualité et comme le Ramadan ne réussit pas à stimuler sa plume (en fait mon clavier), je vous le propose.
Les crises que traversent périodiquement les relations hispano-marocaines relèvent plus de la psychologie collective que de la politique. En effet, l’histoire commune de nos deux peuples a laissé dans l’inconscient collectif espagnol des stigmates que les siècles n’ont pas réussi à effacer. L’occupation de l’îlot de Torah-Laila n’est qu’un symptôme d’un mal-être qui dure depuis que Tarik Ibn Ziyad a brûlé ses vaisseaux sur le rivage de la Linea.
Les cicatrices historiques, gravées par la civilisation arabo-andalouse, restent encore marquées dans l’intimité de chaque espagnol. A cet égard, Monsieur Aznar devrait s’intéresser à l’étymologie de son patronyme, si peu hispanique mais si phonétique mauresque.
Pour les marocains, cette période est allègrement passée par pertes et profits au compte de notre « glorieux passé » (madhina al majid). Héritiers d’Ibn Khaldoun, nous comprenons les oscillations du balancier de l’histoire. Mais dans l’inconscient collectif de nos voisins, les maures demeurent de potentiels dangereux envahisseurs.
Les espagnols éprouvent encore dans leur chair les meurtrissures infligées Abdelkrim El Khattabi. Ce timide cadi défendait son pays contre un occupant qui vengeait huit siècles d’histoire. Mais, ni les généraux bardés de décorations, ni l’aviation, ni les gaz toxiques n’ont eu raison des maures. Autre page de notre glorieux passé. Autre cicatrice sur la joue des hidalgos, si fiers de leur passé bâti sur la destruction des civilisations millénaires en Amérique dite latine, sur le pillage de richesses appartenant à des peuples qui méprisaient l’or etsur l’exploitation de leurs sols. Mais les Maures ne sont pas les Incas.
Décidément, l’histoire et la géographie n’arrangent les choses entre les peuples de part et d’autre du détroit. Franco a traversé ce fameux détroit, à la tête d’une armée de fiers guerriers, les « mhala » ou « regulares ». Ces mercenaires modernes se sont engagés sous la bannière espagnole à cause de la misère de cette Espagne a imposé au nord du Maroc. Ces troupes ne connaissaient et ne reconnaissaient que leur chef. Et ce chef dont le seul but était le pouvoir a conduit ces troupes à des batailles hispano-espagnoles parfois pas très propres, des batailles où la vie n’avait aucune valeur. Ne nous voilons pas la face, cet épisode de l’histoire des marocains n‚est pas très brillant. Il existe et a laissé des graves lésions dans l’inconscient espagnol. Les Espagnols se sont réconciliés mais ils n’ont oublié que l’histoire de l’Espagne a été encore une fois marquée par le sceau des Maures.
Franco a commencé sa carrière politique au Maroc et c’est le Maroc qui perturbera les derniers jours de sa longue agonie. La Marche Verte, événement historique, a éclipsé la mort du Caudillo . Les franquistes, fascistes de bon ton et colonialistes invétérés, encore nombreux aujourd’hui ne l’ont jamais accepté. Encore une fois, les Maures ont interféré dans leur histoire.
Des raisons beaucoup plus terre à terre, beaucoup plus mercantiles, contribuent à alourdir la rancœur que, inconsciemment, nos voisins du Nord nous vouent. Nous défendons nos richesses halieutiques, dont le Seigneur a bien voulu gratifier ce peuple béni. Les Espagnols prétendent que nous enlevons le pain de la bouche des milliers de pêcheurs andalous prêts à racler le fonds de nos mers pour n’y laisser la moindre sardine ni le plus petit poulpe. Les espagnols ne comprennent pas que la « reconqista » est consommée et que en face d’eux le pays des Maures est un état moderne, structuré, qui veut vivre dans la légalité internationale, qui veut et sait négocier.
Les Espagnols, aujourd’hui européens pleins et entiers, semblent frappés d’amnésie sociologique. Hier encore, ils disputaient aux maghrébins les places de maçons sur les chantiers français ou d’ouvriers agricoles chez les fermes de l’ Hexagone. Nos rues se souviennent des espagnols, sillonnant nos villes du Nord avec des troupeaux de chèvres pour vendre du lait frais. Nos plages méditerranéennes se rappellent des « Pepe » et des « Juanito » tirant la « chebka » avec leurs amis marocains pour se partager la maigre recette d’une pêche encore artisanale. Les coiffeurs de nos villes du nord étaient espagnols, les garçons de café, les colporteurs. Nos vies se croisaient. Le Maroc, protectorat espagnol, était aussi et surtout une terre d’asile pour des centaines de « rouges » venus s’y réfugier fuyant l’oppression franquiste et préférant vivre au milieu des maures. Ces souvenirs font mal aux nouveaux riches que sont devenus les Espagnols grâce aux larges subsides de l’Union européenne. Ils veulent les bannir de leur histoire. Nous autres marocains, ces souvenirs nous donnent espoir : ce qui a réussi à l’Espagne peut aussi nous réussir. Mais les nouveaux européens ne veulent pas que l’histoire retienne qu’ils ont frayé avec des Maures.
Maintenand, ces nouveaux européens plus européens que les fondateurs de l’Europe des « six » veulent dresser un mur entre eux et le sud. Devenir européen n’a pas réussi à guérir l’Espagne du syndrome du Maure.
Nos voisins espagnols occupent, à la suite de bizarres vicissitudes de l’histoire et grâce à d’obscures affaires d’héritage entre familles couronnées européennes, les fameux présides de Sebta, Melilia et autres. Ils croient leur honneur lavé, ils foulent le sol des maures. Mais leur hantise est lancinante : pour quand le réveil des Maures ? Encore une fois, l’histoire a entrelacé nos destins. Nous avons pour nous le temps. Nos voisins du Nord souffriront pendant quelques années de la peur du Maure.
C’est dans ce contexte que la dernière crise de l’ilot Leïla doit être perçue. Théâtralement vécue par l’Espagne qui a tenté de transformer une démarche de simple police du Maroc en événement international, ce ridicule incident a connu la fin qu’il méritait : Jamal, le jeune maure venu de Marrakech, l’a réglé en accostant, au nez et à la barbe de l’armada espagnole, sur le rocher avec son pneumatique armé du seul drapeau marocain. Mais la question demeure cependant : à quand la prochaine poussée de fièvre symptomatique du syndrome du Maure?
