Arrêtons le massacre!
Pendant les huit premiers mois de 2006, les accidents de la route ont fait 2.372 tués, chiffre en progression de 1,67% par rapport à la même période de 2005. Pour les seuls mois de juillet et août 2006, il a été enregistré 870 tués sur les routes marocaines, représentant une augmentation de 13,8%. Ces derniers semaines, l’hécatombe a continué avec, notamment, deux accidents impliquant des autocars ayant entraîné : • l’un la mort de douze personnes dont huit touristes européens au sud de Marrakech • l’autre, sur l’axe routier reliant Casablanca à Marrakech, la mort de huit personnes. Ces chiffres effarants rendent compte d’une situation d’autant plus dramatique que pour les années 2004 et 2005, la tendance semblait s’orienter vers un recul du nombre des accidents et du nombre des victimes. 
Pour avoir un ordre de grandeur de l’importance des accidents de la circulation dans notre pays, il est intéressant de les comparer aux chiffres des autres pays du Maghreb en les ramenant à des ratios communs.
a) taux de motorisation pour 1000 personnes :
• Maroc : 59
• Algérie : 98
• Tunisie : 117
b) taux d’accidents par mille véhicles :
• Maroc : 26,38
• Algérie : 11.90
• Tunisie : 9.5
c) nombre de morts pour mille accidents :
• Maroc : 72
• Algérie : 97
• Tunisie : 137
d) nombre de blessés par cent accidents :
• Maroc : 75
• Algérie : 152
• Tuninie : 139
Quelques autres chiffres pour l’année 2002 relatifs à des pays que nous connaissons bien vont permettre de nous situer :
a) Parc automobile : (x1.000)
• France : 35.144.
• Espagne : 23.549.
• Turquie : 9.821.
• Maroc : 1.951.
b) Taux de motorisation par mille habitants :
• France : 587.
• Espagne : 567.
• Turquie : 148.
• Maroc : 65.
c) Nombre de tués :
• France : 7.654.
• Espagne : 5.347.
• Turquie : 4.992.
• Maroc : 3.894.
Par ailleurs, la lecture du « Bilan décennal des accidents de la circulation au Maroc » (1995-2004) établi par le Comité national de la Prévention de la Circulation est très utile et pleine d’enseignement, surtout au niveau de la répartition des accidents : a) par âges des véhicules : 76 % des véhicules impliqués dans les accidents ont plus de 5 ans d’âge, DONC SOUMIS AU CONTROLE TECHNIQUE OBLIGATOIRE. b) par catégories de tués : Près de 48 % des tués sont des piétons ou des usagers de cycles avec ou sans moteurs; ces derniers ne portant que très rarement le casque obligatoire et DONC NON SANCTIONNES PAR LES SERVICE DE POLICE. Près de 68 % des tués sont enregistrés hors agglomération. On relève aussi une inadéquation entre l’augmentation en10 ans du parc automobile (43.5 %), de la circulation (55.2 %) et du réseau routier (à peine 16.7%). Toutes ces données m’interpellent mais ce qui m’interpelle encore plus en tant que citoyen qui regarde ce qui se passe autour de lui c’est :
1. l’état lamentable des véhicules automobiles servant au transport public, aussi bien urbain qu’interurbain (grands taxis, autobus et cars)
2. la quantité de ces véhicules qui est fonction du nombre inimaginable d’agréments qui ont été distribués à une certaine époque et qui actuellement servent de rente viagère à leurs attributaires.
3. le laxisme effarant dont font preuve les services de contrôle de ces véhicules.
4. le manque total de civisme qui caractérise le secteur du transport à tous les niveaux (transporteurs, agents publics chargés du contrôle de ce secteur, agents de police et de gendarmerie chargés de sanctionner les contrevenants, et conducteurs –toutes catégories de véhicules confondues – qui affichent le mépris le plus total pour les règles de conduite les plus élémentaires).
5. les campagnes « coup de poing » menées par la police et la gendarmerie et dont l’effet reste plus spectaculaire qu’efficace. 6. la stratégie du gouvernement qui vise à augmenter le montant des amandes qui ne ferait qu’ouvrir la voie à la tentation de corrompre et d’être corrompu.
Mais je crois que la solution à cette « guerre civile » ne peut que les marocains mènent contre eux-mêmes et contre le développement de leur pays, ne peut se trouver que dans une prise de conscience de chacun d’entre nous de la gravité de ce phénomène.
Cette prise de conscience peut être atteinte :
• par une campagne de communication extrêmement violente où les images les plus dures seraient montrées.
• par une action des services publics visant à sanctionner de la façon la plus ferme toutes tentative de corruption, active ou passive, dans ce domaine.
Il y a va de la vie de CENTAINES de nos concitoyens qui pourraient être sauvées!
