……Ils ont la « trottoirénite »
De Casablanca à Oujda, de Tanger à Marrakech, de Figuig à Agadir, en passant par les communes les plus petites ou les plus reculées, force est de constater que les élus locaux marocains ont le même « souci » : les trottoirs de leur commune. Mais il faut dire que ce « souci » tourne à l’obsession, à la paranoïa, à la psychose, à la hantise….
En effet, il ne se passe pas une année sans que chacune des 1560 communes que compte le Maroc entame des travaux de réfection, de consolidation, de démolition, d’entretien de ses trottoirs. C’est à croire que la vue d’un dallage datant de plus de douze mois rend nos élus locaux complètement hystériques. A constater leur acharnement à décarreler puis recarreler les trottoirs, on serait enclins à penser qu’ils éprouvent une volupté certaine à respirer l’air de leur commune, mélangé à la poussière et au ciment. La même volupté que les « chmakrya » qui peuplent ces trottoirs ressentent quand ils sniffent leur chiffon imbibé de « silition ».
Leur allergie congénitale envers des trottoirs utilisables par les citoyens – transmise de conseil communal en conseil communal depuis 1963, malgré les réformes, malgré des alternances, malgré les alliances – confine au grave traumatisme. Je connais certaines communes qui, dès que la réfection totale des trottoirs d’une avenue est achevée, se lancent déjà dans le colmatage des premières fissures apparues. L’essentiel est que le trottoir soit « sous » chantier…..
Pire ! Le remplacement systématique des fameux blocs parallélépipédiques de pierre qui bordent les kilomètres de trottoirs à travers le Royaume. Ces blocs, constitués d’un matériau supposé inusable – c’est de la pierre de taille, celle qui, il y a des siècles et siècles, a permis sous d’autres cieux de sculpter des menhirs – ces blocs dont le rôle premier est de servir de support éternel à nos trottoirs mais qui finalement sont surtout destinés à user la tranche de nos pneus, ces blocs sont périodiquement déchaussés et remplacés par d’autres. Tout aussi inusables ! La question que je voudrais poser à nos élus locaux concerne la destination donnée aux anciens blocs ? Sont-ils recyclés dans d’autres trottoirs ? Je ne le pense pas ! Sont-il introduits dans la construction de quelques bâtiments communal ? Je ne pense pas qu’ils soient faits pour cela ? Sont-ils revendus ? Personne n’en voudrait, ils sont par nature et par destination spécifiquement taillés par être des « bordure s de trottoirs » ! Sont-ils tout simplement jetés quelque part ? Je n’ai jamais eu l’occasion de voir nulle part un « cimetière de bords de trottoirs».
Autre phénomène qui me préoccupe dans cette affaire, c’est qu’il s’agit d’une véritable épidémie qui touche tout le territoire et qui sévit toute l’année….Nos élus locaux, étant en principe des personnes saines de corps et d’esprit, nous sommes en droit de nous interroger sur les raisons profondes de cette épidémie et de sa persistance. Est-elle sciemment entretenue pour cacher un phénomène plus grave ? Sert-elle à créer l’illusion que nos élus s’agitent, bougent, travaillent pour leurs électeurs?
Dans ce cas, pourquoi ne pas construire une bonne fois pour toutes des trottoirs, destinés à vivre 10 ans ou plus et passer à autre chose : des maisons de jeunes, des bibliothèques, des marchés municipaux, des théâtres, des foyers pour jeunes filles…..Bref, ciment pour ciment, carrelages pour carrelages, chantiers pour chantiers, budget pour budget, dépenses pour dépenses, pourquoi ne pas consacrer ce ciment, ces carrelages, ces chantiers, ces budgets, ces dépenses à des bâtiments destinés à recueillir ces jeunes et moins jeunes qui justement ne trouvent d’autre refuge que les trottoirs

[...] le doigt dans l’œil : Ils croyaient que NOUS, simples marocains, savons voler ou Planer. Certains ont même diagnostiqués une maladie propre à nos élus : La fameuse « trottoirénite » [...]