L’art de rater des occasions en or!
J’ai longtemps tenu la V ème république française pour l’exemple type du régime politique viable, sérieux et bien représentatif d’un peuple.
Un président fort, un gouvernement efficace, un parlement assurant l’alternance qui est la marque de toute démocratie, un sénat un peu somnolent qui évite bien des dérapages en fin de compte. Ce système a tenu, s’adaptant à la personnalité de chaque président, mais il a tenu. Nous y avons même observé un phénomène assez rare, mais fort instructif pour les hommes politiques qui l’ont vécu : la cohabitation, encore une spécificité française qui a plus ou moins bien fonctionné !
Mais depuis la réélection de Jacques Chirac avec 82 % des voix, le charme est rompu. Ce régime donne depuis quatre ans des signes d’essoufflement plus qu’inquiétants.
Ainsi, n’importe quel sbire de l’opposition crie à qui veut l’entendre que le président n’a plus aucune légitimité ! Je croyais qu’il était élu pour cinq ans et que la France n’est pas une vulgaire dictature du tiers-monde où la légitimité du président se mesure à l’aune de la sympathie qu’il suscite auprès des autres prétendants au pouvoir.
Mais il faut reconnaître que les gouvernements depuis Raffarin, n’ont épargné à Jacques Chirac aucune épreuve. Devant cette situation assez spéciale, l’opposition socialiste avait toutes les chances de trouver devant elle un boulevard la conduisant droit à l’Elysée.
Mais comme les choses semblent se présenter, je ne parierai pas un franc (encore moins un euro mais ni un dirham) sur les chances du prochain candidat ou candidate socialiste dans l’élection de mai 2007.
En effet, quel que soit le candidat socialiste vainqueur des primaires de novembre prochain, je suis certain qu’il en sortira exsangue !
Je ne porte aucun jugement sur les différents prétendants à l’investiture socialiste. J’observe et je constate.
Laurent Fabius a déjà montré de quoi il était capable pour accéder au pouvoir, pour s’y maintenir et maintenant pour y revenir.
Dominique Strauss-Kahn se veut l’étoffe d’un homme d’état ; il en a la corpulence, le bagout mais en a-t-il la compétence ?
Jack Lang, comme on dit chez « wa man la ya3rifouhou ? » Qui donc ne le connaît pas ? Mais qui en voudrait comme président d’une république, honnêtement ?
Lionel Jospin, l’homme d’action aigri d’avoir échoué, le politicien blessé de ne avoir pas été reconnu, l’enseignant vexé de ne pas avoir été compris, veut tenter de refaire surface. Sa démarche semble relever plus du pathétique que du politique.
François Hollande, l’homme du consensus, l’homme qui ne veut fâcher ni se fâcher avec personne, l’homme qui tient si bien la barre du parti socialiste dans cette difficile traversée du désert qu’est l’opposition, se déclarera-t-il à la dernière minute comme candidat à la candidature ?
Et, comme on dit chez moi, « al maasaal houa el lakhri » ! J’en arrive à Ségolène Royal.
Prénom délicat ! Nom prédestiné ! Allure sympathique ! Carrière politique sans faute ! Ambition affirmée ! Compétence à prouver, mais rien n’est impossible ! Sens de la communication plutôt bien rodé ! Image sans tâche ! Bref, cette dame semble avoir tous les atouts en mains pour représenter la gauche en 2007. Les sondages confirment cette tendance depuis plusieurs semaines !
En effet, Ségolène Royal n’a pas le regard de « killer » politique de Fabius.
Il ne se dégage pas d’elle ce sentiment de suffisance très « DSKanien».
Elle a l’air plus sérieuse et plus crédible que Jack Lang, il faut l’avouer.
Son grand rival Lionel Jospin lui enviera toujours son aisance comme ne lui pardonnera jamais d’avoir maintenu sa candidature au SG du parti, face à lui.
François Hollande est-il l’homme politique qu’il est actuellement par le fait de Ségolène Royal ? La question peut se poser également dans l’autre sens. Mais la réponse ne concerne que les intéressés.
Pourtant, après les petites phrases assassines, les croche-pieds médiatiques, les peaux de banane à huis clos, les surenchères des uns et des autres, les déclarations tonitruantes, l’humour mal placé, les attaques personnelles, les piques misogynes plus stupides qu’efficaces, les allusions pernicieuses, les plans, les promesses, les envolées lyriques, bref les magouilles en toutes sortes, en novembre prochain il n’en restera qu’un seul ou une seule face à son destin national.
Comment les prétendants éliminés pourraient-ils se retrouver, de façon crédible, autour d’un projet commun, à soutenir celui ou celle qui durant des mois ils se sont appliqué à démolir ?
C’est le jeu démocratique. Mais ce jeu n’a qu’un seul objectif : gagner les élections ! Et je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de parvenir à l’Elysée. Peu importe le candidat, il faut que tous soient derrière lui, pour le faire gagner : les américains ont en donné le meilleur exemple avec Georges W. Bush….
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy fourbit ses armes, depuis des mois, tissant ses réseaux, installant ses obligés, devenant chaque jour plus présent, voyageant à l’étranger, se faisant un nom, se donnant une carrure et une image, enfin se préparant à gagner l’élection présidentielle au profit de la droite !
