Quand le syndrome de Beyrouth sévit 23 ans après…..
Ils sont quand même gonflés les américains, avec Dobleyou à leur tête.
Durant tout un mois, alors que le Liban était systématiquement détruit par les bombardements prétendument ciblés de l’aviation israélienne, ils ont freiné des quatre fers pour empêcher le C.S. de l’O.N.U. de décréter un cessez-le-feu.
Ces fins stratèges de la destruction massive des pays qui ne sont pas à leurs bottes voulaient, au préalable, le déploiement d’une force internationale sur le terrain des opérations avant tout cessation de l’agression israélienne.
Si l’on considère les difficultés actuelles que l’ONU rencontre à constituer cette fameuse Finul-bis, à en définir le rôle exact et à mettre sur pied les moyens dont elle pourrait disposer, le Liban aurait complètement été rasé de la carte du Proche Orient avant que cette force d’interposition soit sur place.
Heureusement, un léger sursaut de lucidité de la part des membres du conseil de sécurité a permis de décréter, non pas le cessez-le-feu, mais la cessation des opérations militaires. Et depuis bientôt deux semaines, le bon Kofi Anan se démène pour mettre sur pied sa Finul-bis.
Les militaires français ont, à juste titre, une position très claire à ce sujet : « pas de mandat clair, pas de casques bleus français ». Mme Alliot-Marie, la ministre française de la défense a expliqué que : “La question, c’est pas combien et quand, c’est pour quoi faire et comment. Une mission floue risquerait d’entraîner une catastrophe”,
Serge Sur, directeur du centre de recherche Thucydide (Paris-II) et spécialiste de l’ONU ajoute que « la résolution 1701 de l’ONU renforce et élargit le mandat de la Finul, sans lui donner aucun moyen supplémentaire. Cette force devient un otage”.
Pendant ce temps là, Dableyou, qui devait être tout excité, pendant ces dernières semaines, de voir tous les jours à la télévision des avions bombarder des civils, des missiles tomber sur des immeubles d’habitation, des tanks défoncer des maisons en pisé, fait entendre, depuis quelques jours, sa grogne contre la France. Non seulement elle l’a privé de son spectacle préféré, mais encore elle ne se plie pas à ses exigences en matière de Finul-bis.
Doubleyou aurait voulu que le président Chirac envoie dès le premier jour suivant la cessation des hostilités un contingent français au Liban et le voir sauter sur les mines laissées par Tsahaal, le voir servir de cibles aux tireurs embusqués de Hizbou allah, le voir s’accrocher directement ave les unités israéliennes qui ne voudraient pas quitter leurs positions.
De leur côté, les journaux américains, qui étaient si silencieux pendant l’agression israélienne où le petit Liban se faisait laminer par l’armée la plus puissante de la région, n’hésitent pas à user de l’ironie pour stigmatiser la position française.
Quand le Washington Post du 18 août estime que les conséquences de la décision française étaient “potentiellement désastreuses” pour le Liban, je me demande comment il a qualifié la décision américaine de faire reculer le cessez-le-feu pour ce même Liban.
Pour le quotidien Chicago Tribune, la soudaine prudence française est “inexplicable et inexcusable”. Et l’entêtement stupide des américains à soutenir Israël dans une guerre d’agression contre le Liban doit être qualifié de « explicable et excusable » ou de « inhumain et criminel » ?
Même le New-York Times y va de sa rengaine : il raille les militaires français qui ne veulent pas s’engager dans une situation « aussi dangereuse ». Il oublie que les militaires américains se sont embarqués en Iraq dans une situation beaucoup moins dangereuse et que trois ans après, ils comptent encore chaque jour leurs morts dans cette mésaventure.
Les militaires français n’ont pas voulu cette guerre, ils se demandent pour quelle raison ils iraient faire le ménage dans une région où Israël, sous la triple protection morale, politique et militaire de son mentor américain, a mis à feu et à sang durant 33 jours.
Faut-il rappeler aussi que les militaires tricolores vivent encore sous le coup de ce qu’ils appellent le “syndrome Drakkar”. Ils sont loin d’avoir oublié que le 23 octobre 1983, 58 chasseurs parachutistes français avaient trouvé la mort dans un attentat au camion piégé sur leur cantonnement à Beyrouth, dans l’immeuble Drakkar – attentat attribué au Hezbollah.
Les américains non plus n’ont pas évacué à ce jour les séquelles du syndrome de Beyrouth, avec ses deux versions différentes. La première date du 8 avril1983 avec l’attentat contre l’ambassade des USA et ses 63 victimes. La seconde est survenue quelques mois après, le 23octobre, quand dans l’immeuble du Drakkar, 241 morts américains ont péri avec leurs compagnons français.
Et ce syndrome, les USA veulent l’ignorer ; il leur fait trop mal ; il leur rappelle de trop mauvais souvenirs ; il leur montre du doigt la terrible complexité de la situation au Liban.
Ils n’y avaient déjà à l’époque rien compris et ce n’est pas avec Dableyou, Condie la mal nommée et Rommy le cow-boy qu’ils y comprendront grand-chose à la région. Ils devraient s’inspirer – s’ils arrivent à en saisir le sens – de la phrase du général de Gaule qui avait déclaré : “Je suis venu en l’Orient complexe avec des idées simples”.
P.S. : je viens de lire à l’instant une dépêche annonçant que : « Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a conditionné la levée du blocus maritime et aérien imposé au Liban au déploiement d’une force internationale à la frontière libano-syrienne et dans l’aéroport de Beyrouth, lors d’un entretien mardi avec l’émissaire de l’Onu Terje Roed-Larsen, ». Et si on confiait pour le coup le commandement de cette fameuse Finul-bis à un général israélien, ce serait plus clair !
