Suite 3/7
• Contre qui était dirigée sa révolte ?
Dès lors que cette question est abordée, la polémique a toutes les chances de naître, ou plutôt de renaître.
Khattabi et les siens se sont-ils rebellés contre le pouvoir central d’un makhzen dirigé par le sultan installé à Fez?
La réponse n’est pas évidente : Khattabi n’est pas un Bouhmara, prétendant au trône ! Khatabi n’est pas un Raissouni, chef de tribu devenu brigand. Khattabi n’est pas un « rougui », un rebelle avide de pouvoir personnel.
Le ramener à ce rôle reviendrait à réduire son rôle de libérateur anticolonialiste.
Pour cerner au mieux ses motivations, il faut bien les replacer le contexte historique et politique du Nord du Maroc dans les années qui ont précédé la dissidence du clan KHATTABI.
D’une part, l’autorité du makhzen était nulle dans le Rif, aussi bien sur le terrain qu’auprès des populations. Le seul lien, bien ténu, encore maintenu, est la désignation par le Sultan du Cadi. Se rebeller contre un pouvoir inexistant, qui avait en plus renoncé à ses pouvoirs en signant l’acte de protectorat, n’avait pas de sens politique. Et Khatabi était sauf, sauf un démagogue.
D’autre part, l’Espagne – forte du traité de protectorat – étendait son pouvoir depuis 1912, avec la collaboration des certains notables rifains, dont – il ne faut pas l’oublier – le clan Khattabi.
Mais après des années de protectorat, les promesses de
modernisation du Nord du pays n’avaient pas été tenues par les espagnols.
L’Espagne enlisée dans ses propres problèmes sociaux et économiques, n’a pas répondu aux attentes de ses propres alliés rifains.
Face donc à cette occupation stérile du territoire rifain par les forces militaires espagnoles et en réponse aux exactions dont furent victimes les populations civiles rifaines, Mohamed ben Abdelkrim KHATTABI décide d’entrer en rébellion contre l’occupant espagnol.
La motivation première de son action est donc une volonté de libération des territoires sous occupation espagnole.
La déclaration suivante du leader rifain est claire :
« Nous considérons que nous avons le droit, comme toute autre nation, de posséder notre territoire, et nous considérons que le parti colonial espagnol a usurpé et violé nos droits, sans que sa prétention à faire de notre gouvernement rifain un protectorat ne soit fondée. […] Nous voulons nous gouverner par nous-mêmes et préserver entiers nos droits indiscutables ».
Mohamed ben Abelkrim KHATTABI fut d’abord et avant tout un LEADER ANTICOLONIAL.
Après la mort du patriarche du clan, le cadi Abdelkkrime KHATTABI, empoisonné dans des circonstances troubles, la décision d’entrer en guerre contre l’occupant espagnol était prise par son fils Mohamed, qui s’est évertué à cristalliser autour de sa personnalité charismatique toutes les déceptions des rifains.
C’est donc ce cadre que, en avril 1921, le serment de Al-Qama, prêté sur le Coran par les grands chefs des principales tribus rifaines, a posé les bases du futur combat de Khattabi :
- la défense de la patrie et de la dignité jusqu’au bout.
- l’application des peines religieuses contre quiconque commettait un crime même si c’était un proche parent.
- le rejet des anciennes rivalités et les vengeances familiales.
Que les positions politiques de Mohamed Ben Abdelkrim KHATTABI, vis-à-vis d’une part du makhzen et d’autre part de la monarchie, aient évolué avec le temps et en fonction des événements historiques, cela ne souffre aucun doute. Et l’occasion de revenir sur ce sujet se présentera dans la suite de cette série de billets.
Rappel chronologique :
1919 : Repli du clan Khattabi sur Ajdir.
1920 : Mort par empoisonnement du patriarche, le cadi Khattabi.
Avril 1921 : Serment de Al Qama.
A suivre………..


Si je comprends bien, tu insinue que tout opposant du Makhzen et de son systeme autocratique ne peu etre que “prétendant au trône”, “brigand” ou “un rebelle avide de pouvoir personnel”.
Bravo, Mr. Binaire!
En aucun de tes posts j’ai retrouvé le terme independentiste… ce qualifie de loin ce “Héros”…
@ lixy
Je n’insinue rien du tout. Ce que j’écris a été écrit par des historiens connus et reconnus….Il te suffit juste de te documenter, mon cher ami!
Que je sache ni Bouhmara ni Raissouni ne sont des saints irréprochables!
Tu n’as bien sûr pas remarquer que j’ai fait l’éloge de Cherif Amziane qui lutter lui contre l’occupation espagnole de son “pays”. Mais bien sûr, cela ne compte pas à tes yeux ….Amaziane ne peut être que traître puisqu’il il ne s’est pas attaqué au régime en place! C’est un point de vue….
@ Achakar
Peut-on qualifier de “indépendantiste” un personnage qui a consacré une grande partie de sa vie à travailler avec la puissance colonisatrice. Qu’il le soit devenu, certes, mais ce n’est pas le qualificatif le mieux adapté!
Le 3/4 des personnes au pouvoir ont travaillé avec la puissance colonisatrice dont les signataires du manifeste de l’indépendance, pour ce citer qu’eux!
Notre histoire reste à revisiter, et pas seulement par des historiens qui ne doivent en aucun cas avoir le monopole! L’histoire du Maroc appartient à tous les Marocains, quand je m’assoie à côté de mes oncles, anciens Fidaï qui ont goûté les affres de la torture dans les prisons coloniales, quand j’écoute leurs récits dont les massacres entre Choura et l’Istiqlal, je me dit que toute notre histoire est encore à revisiter…
Merci Hmida pour ces morceaux, même si je ne suis pas d’accord sur tout (Exemple : Raïssouni était-il vraiment brigand ou est-ce la vision coloniale???)
… A suivre
@Hmida:
Bien sur que tu fait l’eloge d’un “Cherif”. C’est ce que tu fait de mieux.
Abdelkrim et fils !
Oui! Nommé par Moulay Al Hassan en 1885 Juge sur les rifains(Béni Ouriaghal) et faire face à Bouhmara en 1909 à Saloine, lorsque Al Makhzen ne fut que vermoulu sous Abdelaziz qui n´avait rien pu faire, dissuader les notables et mettre fin aux rebellions qui déchiraient notre bled, sous le regard gourmands des prédateurs européens.
Abdelkrim avait eu le courage de lutter contre le faux frère d´Abdelaziz en 1909 et contre Schrif Meziane en 1912. Quant à Abdelhafed, il n´avait fait que cause commune avec les prédateurs qui souhaitaient réaliser leurs projets par l´usage de tous les moyens. En même temps, Raisonni et Abdelkrim avaient fait alliance avec les espagnols. Les français ne firent que rêver pour annexer le Maroc et l´Algérie. Sur l´ilot de Nekkour, Mohammed Abdelkrim profita de son amitié avec Francisco Marin et ainsi il déclara sa dissidence contre Fès. Etant le plus instruit de son époque et employé par Candido Labera qui, à travers son journal El télégramme, il va le faire promotionner au sein des espagnols. Le rif malgré sa défaite, il a mis fin aux aspirations des autres colons pour ne pas se comporter comme à l´encontre des algériens. C´est l´occupation de Dar al Bayda, Rabat et Fès qui avaient contraint Abdelkrim à s´incliner vers les espagnols, décidé de défier les gaulois jusqu´à la fin des temps.
Après la chute de Meziane à Wad Kert, Colonel Morales avait semé la zizanie parmi les rifains (tueries pendant les jours des Souks!) La tribu de Béni Ouriaghel fut la plus perdante. Différemment aux français, les espagnols qui avaient profité des conflits des clans, de la Jamaa et du Leff, ils leur manquaient quand même un sultan.
Profitant des accords de 1912 qui réservèrent l´autorité spirituelle au Sultan, les espagnols instrumentalisèrent cette idée pour placer leur propre Khalifa à Tétouan, lui fournissant tous les moyens (cortège) jusqu´à pouvoir prononcer la prière en son nom! Les espagnols vont s´affranchir de cette autorité temporelle et spirituelle de Moulay Al Mahdi en 1913, profitant de cette bénédiction qui fit du Riff un fief entièrement espagnol. Mais leurs armées restèrent dans une situation d´infériorité par rapport aux français ayant l´instrument militaire de leurs grandes conquêtes. En Péninsule, les riches continuèrent à racheter le service militaire de leurs enfants, remplacés par les gueux qui s´exposèrent à mourir pour Alfonso XIII dans une cause qui ne fut pas la leurs et une politique se résumant à la prébende, ne se servant que des auxiliaires recrutés au sein de leurs propres tribus! Les mères en Catalogne protestèrent bloquant les chemins de fer empêchant les trains à conduire leurs fis à la boucherie. A Paris, on avait protesté à l´assemblée nationale, exigeant faire la paix en outre mer. A Tétouan, Damaso Berenguer organisa las fuerzas regulares indigènas qui furent le fer de lance contre leurs frères. Quant à Gomez Jordano, il avait anticipé comment manipuler les marocains et les faire soumettre: (?)
1)Anesthésier les notables par la corruption et les privilèges. 2) des opérations chirurgicales contre la population. 3) soigner les blessures par quelques écoles et dispensaires! Malgré cette astuce, les notables se sont solidarisés contre l´envahisseur. Mais le bras de fer entre allemands et francs, il eut sa majeure répercussion sur le théâtre rifain et l´ensemble des territoires marocains.
Les embarquements des armées espagnoles sur la côte d´Al-Hoceima, ne s´étaient jamais effectués sans dégâts et sur le terrain, les soldats envahisseurs n´étaient que des petits lapins. De Moussa Ibn Nosseir et d´Abdelkrim, los godos gardent de très mauvais souvenirs.
@ lixy
Sombre ignorant, que tu es!
Chérif Améziane n’avait rien d’un CHERIF, il est né au sein de la tribu des Ait bouyefrour ; province de Nador dans le nord-est du Maroc.
Disciple du cheikh Abou lhassan saidali tanouti, il rejoint la ville de fez pour compléter sa formation théorique et satisfaire sa passion pour les études de théologie et de littératures.
Il regagne sa région natale pou exercer dans la magistrature en tant que juge du Chrââ, . Sesualités humaines en ont fait un chef religieux et moral respecté et aimé par les habitants des tribus qui le consultaient pour les problèmes liés à la communauté.
A ce titre, Charif Mohamed Amaziane stimule les sentiments nationalistes et patriotiques des tribus du Rif et apppela à combattre le colonialisme espagnol.
A l’époque, les Espagnols étaient en train de réaliser la ligne de chemin de fer liant Melilla aux mines de fer dans le jbel Ouksen. Il est appeler que ces mines de fer ont été cédées par Bouhmara aux Espagnols moyennant un prix dérisoire. Sous le commandement de Charif Mohamed Amaziane, les Moujahidounes ont réussi, lors de la première attaque lancée contre l’armée du colonisateur espagnol, à endommager la ligne de chemin de fer et à détruire les Installations et les équipements
Avant et après la bataille de KHandaq Ed-Dib, Charif Mohamed Amaziane a dirigé plus de 100 batailles anti-coloniales parmi lesquelles on peut citer : la bataille de Diwana , la bataille de Had Ait Chiker,la bataille de Kebdana ,la bataille de Selouane ,la bataille de Segangan etc.…
Tout en stimulant le sentiment nationaliste des tribus, Charif Mohamed Amaziane était le premier sur le front en première ligne face à l’ennemie. Décédé sur le champ d’honneur lors de la bataille de Hamam, il fut enterré dans sa région natale après avoir été au préalable transféré par les espagnoles à Mellila.
A supposer même que cet homme fût un “chérif”, il mérite tout mon respect et toute mon admiration.
Mais je te comprends : tous les fanatiques – de tous bord – se ressemblent!
@ Aicha
Tu as raison, l’histoire appartient aux peuples. C’est eux qui l’ont subie et très souvent l’ont façonnée.
Pour ce qui est de Raissouni, son cas m’a toujours fasciné mais je n’ai jamais pu me faire une idée nette à son sujet.
Peut-être est-il temps que les “citoyens” se saisissent de l’histroire de ce pays! Une série de billet sur ce personnage ne serait pas malvenu? Tu te portes volontaire?
Je pense que Raïssouni était une espèce de Robin des Bois qui pillaient les riches colonisateurs et protégés au service des populations jbala… Son histoire m’intrigue et me fascine aussi… Mais de là à écrire!!! J’ai un avant-goût avec quelques lecteurs acariâtres et ingrats ici-même, non merci!!! Je ne porte pas une aussi large Qecchaba que toi!!!
Jilali ben Driss Zerhouni a eu un drole de testin il est passé d’un ingenieur de la prestigieuse ecole des ponts et chaussées a l’homme a l’anesse.
@ Aicha
Dans ce cas, je note le sujet sur mon agenda et un jour peut-être….je vérifiai si Raissouni était un Robin des Bois ou bien un simple potentat assoifé de pouvoir et d’argent …..
Quitte à me faire déchirer, autant que ce soit pour des sujets intéressants!
Interessant. Je me rappelles il y a un bon bout de temps que le journal Le Journal avait publié un très bon article historique sur abdelkerim.
http://www.lefigaro.fr/livres/.....islam-.php
L’un des petits enfants de Abdelkrim El Khattabi était avec moi au lycée et d’après ces dires, son père était revenu au Maroc à la demande de Feu Hassan II ; pour parait-il se faire pardonner ce qu’il a fait subir à son grand-père (installé en Egypte)!!!!!!je n’ai pas pu avoir plus de détails!!!!
@ Zfazef
Tu touches là le VÉRITABLE PROBLÈME de Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi.
Il y a toute une série de questions que je tenterai d’approcher, avec beaucoup de précaution, parce que beaucoup d’éléments sont inconnus du grand public.
Mais ce problème mérite d’être abordé par tous les marocains, discuté avec le sérieux voulu, éclairci par les apports de ceux qui savent et réglé pour apaiser l’histoire de notre nation.
Monsieur Zfassef!
Vous dite: un petit fils de Mohammed Al Khattabi a été avec vous au lycée ! Vous voulez dire certainement lycée Ali ben Bar de Taza? Je connais presque toutes les familles des Sheikhs, Caïds et surtout celles qui ont joué leurs rôle contre les espagnols et les français (Mokawama et armée de libération) dans le triangle Al Hoceima, Oujda Taza.
Je crois qu´on vous à mal informé, car Mohammed Abdelkrim, ses enfants et même sa mère (voir son cercueil au bord du bateau qui avait fait escale en Egypte) furent conduits en exil. Ses petits sont nés en Egypte. Le seul qui est retourné une seule fois au Maroc en 1998, pour quelques jours, était Omar. La rivalité entre la tribu des G´zannaya (Caïd Al Madbouh) et Béni Ouriaghel avait permis à Oufkir et Moulay Al Hassan de transformer plusieurs douars d´Al Hoceima comme Ajdir par les espagnols. (on pourrait me courriger!)
”réglé pour apaiser l’histoire de notre nation.” Pour un néophyte qui ne posséde le moindrement les rudiments de la démarche et de la méthode d’étude, sans parler d’analyse, historique, je te trouves trop ambitieux, voire un brin prétentieux. Si tu posséde des scoops que les autres historiens (le livre de Zakia daoud est à ce sujet de loin le plus ambitieux) n’ont pu livrer, je suis preneur quoique débutatif.
Sur l’analyse historique, sorry, tu n’en fait point. L’épopée du Rif et de Abdelkrim n’est pas uniquement le fait d’un seul homme (aussi charismatique soit-il), mais d’une le reflet de ce que Braudel (un vrai historien lui) appelait le moment historique, et d’autre part faisant partie d’un régularité encore plus importante à investiguer: Pourquoi est-ce les tributs berbères qui ont le plus résisté à l’occupation étrangère? Cette résistance était-elle liée à l’état supposé de leurs territoires comme foyers éternels de révoltes et de résistance à l’autorité? ou est-ce, comme le prétendait un ami militant amazigh, le reflet d’un attachement plus fort des amazighs à la terre? Quel est l’impact, par extension, de l’épopée du Rif sur le nationalisme marocain dominé comme l’on sait par la bourgeoisie urbaine? etc. Comme tu peux le constater, ta chronologie que l’on peut trouver dans le premier livre traitant du sujet, ne peut aspirer à l’analyse historique, encore moins à écrire l’histoire qui n’est pas une entreprise collective mais une accumulation faite de travails d’érudits et d’historiens cheveronnés..
PS: par pitié, enléve tes anti-spams ridicules!
@ Fan de …
1/ Tu es entrain de remuer de l’air chaud….Je n’ai aucune prétention de me prendre pour un historien. Et je ne fais d’analyse historique.
Le but de cette série de billets est avant tout de mettre de l’ordre dans ce que je sais et de le partager avec ceux qui veulent bien le lire.
LA A9ALA WA LA AKTAR!
2/ Mon vœu serait que une discussion sereine et utile naisse à ce sujet, entre marocains qui aiment leur pays, qui est le creuset où se sont fondus la civilisation berbère et la civilisation arabe, avec des zestes d’autres civilisations.
PS : J’ai déjà expliqué “l’histoire” de mes anti-spams qui ne sont pas plus ridicules que CJURUUU ou que WSE2223 .
Monsieur Fan (16)
Vous vous referez à l´exposé de Monsieur Hmida ou à mes commentaires concernant le drame du Rif (Abdelkrim), je vous assure que ces coordonnées fournies par Hmida sont vérifiées justes à 100 %